Sous la surface : la recherche hors des sentiers battus

Le Canada figure parmi les pays les plus urbanisés de la planète… Nous vivons pour la plupart en ville. Même s’il nous arrive de nous aventurer hors des zones construites pour jeter un coup d’œil aux plantes et aux animaux dans leur environnement, notre immersion dans la nature demeure superficielle. Nous suivons les sentiers des parcs et des aires protégées, nous pagayons sur un lac ou une rivière, nous campons, voilà en gros à quoi se résument nos activités hors des centres urbains.

J’ai la chance de travailler avec des gens qui sortent régulièrement des sentiers battus pour s’enfoncer dans le monde de l’histoire naturelle à la recherche de nouvelles espèces. Un des moyens de s’immerger, littéralement, est la plongée sous-marine.

La tête d’un plongeur qui nage dans l’eau.

Mark Graham durant une récente excursion de plongée sous-marine. Image : Jacqueline Madill © Musée canadien de la nature

La plongée sous-marine est un sport dont les réalités pratiques sont très éloignées de l’idée parfois romantique qu’on s’en fait. La plupart des gens qui réussissent la formation ne plongeront jamais plus. Ceci en raison de plusieurs facteurs, notamment le sentiment de claustrophobie, les combinaisons de néoprène très serrées qui limitent les mouvements, les ceintures de lestage et autres équipements lourds. Si vous faites partie des rares élus qui surmontent ces incommodités, vous deviendrez complètement accros à ce monde sous-marin.

La plongée à des fins de recherche ajoute à l’expérience. Comme dans toute activité scientifique, il s’agit d’utiliser cette méthode d’observation pour faire la lumière sur une question. L’objectif n’est pas de plonger dans des sites familiers pour y observer de beaux spécimens mais, peut-être, de plonger en compagnie d’André Martel, Ph. D., qui s’intéresse à l’histoire naturelle des moules d’eau douce, et surtout des plus rares d’entre elles.

Un homme en habit de plongée et une femme portant des bottes se tiennent dans l’eau peu profonde, près d’un bateau amarré.

Le chercheur André Martel et l’assistante de recherche Jacqueline Madill en bordure de la rivière des Outaouais, où ils étudient les populations de moules d’eau douce. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

André Martel établit son scénario de recherche en prenant en considération le substrat du lit (sable, roche, etc.), les courants, la profondeur, les études précédentes et le savoir local. Puis il étale ses cartes et, comme un prospecteur à la recherche d’un trésor, pointe son doigt et déclare : « Je crois qu’on trouvera des moules ici. » C’est là que le plaisir commence pour les plongeurs. Comment obtenir un bateau sur le site? Existe-t-il des dangers naturels ou anthropiques? Où obtenir la permission? Etc…

Les mains d’une personne qui écrit sur une carte topographique.

Site de plongée marqué sur une carte de la rivière des Outaouais. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

Lors de ses récentes expéditions dans la rivière des Outaouais, André Martel souhaitait plonger dans des sites éloignés, à cinq mètres de profondeur, sur un lit de sable et dans de forts courants. Pour un plongeur, cela implique de se lester davantage pour rester au fond, de nager dans les algues jusqu’à ce qu’il découvre du sable, d’allumer sa lampe torche car il fait noir sous les trois mètres et de s’accrocher au fond pour ne pas être emporter par le courant.

Comme il s’agit d’une activité de recherche, il faut aussi transporter des sacs de collecte, des calepins pour consigner les observations et un cadre tubulaire rigide d’un mètre carré pour évaluer la densité animale (soit le nombre de moules par m2). Super!

Un groupe d’elliptios de l’Est au fond d’une rivière.

L’elliptio de l’Est, Elliptio complanata, une moule d’eau douce indigène au Canada. Images : André Martel © Musée canadien de la nature

Que voit un plongeur dans les sombres profondeurs de l’Outaouais? Dans le cercle de lumière que jette sa lampe sur le lit sableux, il peut apercevoir quelques moules comme l’elliptio de l’Est qui est commun. Ce bulldozer des rivières ratisse lentement le lit de son pied musculeux et mélange les nutriments dans les quelques centimètres superficiels de dépôts.

De temps à autre, le passage d’un achigan ou d’un esturgeon cause un moment d’excitation muette même si les plongeurs « crient » dans leur appareil de respiration « As-tu vu? » Puis il y a l’émoi des découvertes, comme celle de la rare obovarie olivâtre. Quoi de plus gratifiant pour un plongeur scientifique que de trouver quelque chose que personne n’a vu auparavant en se fondant uniquement sur un raisonnement logique et un peu de chance!

Mais après l’euphorie de la découverte vient le travail le plus dur. Jusqu’où s’étendent ces populations? Comment cette nouvelle information s’intègre-t-elle aux efforts de conservation? Et, comme dans la plupart des expéditions, nous conservons quelques beaux spécimens dans les collections nationales afin que d’autres chercheurs puissent les étudier.

Deux personnes examinent des moules sur la berge d’une rivière.

On identifie chaque spécimen et on rapporte des échantillons pour une analyse ADN en laboratoire et leur intégration dans la collection nationale. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

Il existe un monde merveilleux au delà de notre habitat purement citadin et les musées d’histoire naturelle ont pour rôle de nous le faire découvrir. L’exposition Voix de l’Arctique, qui ouvrira en décembre au Musée, vous immergera par exemple dans l’histoire naturelle du Grand Nord.

Restez à l’affût, vous repérerez peut-être les bulles de nos plongeurs dans un lac ou une rivière près de chez vous!

Texte traduit de l’anglais.

Cet article, publié dans Recherche, Sur le terrain, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s