L’histoire de la funeste expédition de Franklin racontée au Musée

Comme de nombreux musées, le Musée canadien de la nature recèle dans ses réserves des collections méconnues du public et parfois même du personnel lui-même.

Un morceau d'os percé de trous destinés à recevoir des poils.

Artéfact NgLj-2:358 : la tête d’une brosse à dents en os. Les trous retenaient autrefois les soies de sanglier. Cet objet et tous les autres présentés ici ont été mis au jour en 1992 à l’île King William au Nunavut. Plusieurs membres de l’équipage ont séjourné à ce site et au moins onze d’entre eux y ont péri. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

Ayant une formation à la fois en archéologie et en paléontologie, j’ai la responsabilité de la collection d’archéologie que le Musée conserve temporairement au nom du gouvernement du Nunavut. Peu de gens sont au courant de cette entente, mais pas pour longtemps je crois…

Un bouton blanc à quatre trous et un autre de métal foncé.

Deux boutons. Celui de gauche (NgLj-2:351b) est en os. Celui de droite (NgLj-2:376), en métal doré, appartenait à un uniforme d’officier. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

La récente découverte d’un des navires de l’expédition Franklin, qui a fait les manchettes au Canada et à l’étranger, procure à la collection d’archéologie du Nunavut hébergée au Musée une occasion d’occuper le devant de la scène.

Fragment de canif.

Fragment d’un manche d’un canif comportant une partie en os et une écaille en métal qui soutenait la lame (NgLj-2:387). Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

Avec la permission du gouvernement du Nunavut, nous ouvrons dans notre musée cette semaine une petite exposition qui met en évidence les objets de la collection d’archéologie associés à cette funeste expédition.

Cette entreprise de la Marine royale britannique débuta à Greenhithe, en Angleterre, en mai 1845 avec l’appareillage de deux navires, les HMS Erebus et Terror. Elle s’est terminée de façon tragique en 1848 avec l’abandon des bateaux prisonniers des glaces au large de l’île King William, dans l’actuel Nunavut, et la disparition de l’équipage tout entier.

Un fourneau à pipe craqué et usé.

Fourneau en bois d’une pipe à tabac (NgLj-2:329) avec des traces de peinture blanche encore visibles. Ce type de pipe, courant dans les années 1840 et 1850, devait être un objet prisé des marins, à qui on interdisait de jurer et de s’enivrer, mais qui pouvaient s’adonner au plaisir de fumer. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

L’histoire de ces explorateurs partis à la découverte des voies maritimes formant le passage du Nord-Ouest sous la direction de Sir John Franklin (1786–1847) a longtemps fasciné les passionnés de l’Arctique et de son histoire.

Beaucoup considèrent la disparition de Franklin et de ses hommes comme un des chapitres captivants de l’histoire du Canada. Le mystère entourant la lutte de ces hommes contre le froid, la faim, la maladie et l’empoisonnement au plomb a frappé les esprits. Bien des questions restent sans réponse : où sont les navires? Qu’est-il arrivé aux membres de l’équipage qui ont quitté les navires? Où est enterré Franklin? À quoi est dû l’empoisonnement au plomb? Ces hommes ont-ils été acculés au cannibalisme?

Un morceau de cuir plat.

Une semelle de chaussure de cuir usée portant les marques de couture à la machine (NgLj-2:393). Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

La découverte le mois dernier de l’épave du HMS Erebus dans la baie de la Reine-Maud répond à une partie de ces questions. Divers scientifiques et historiens tentent d’élucider les points encore obscurs en s’aidant des découvertes archéologiques. Les conclusions de ces études nous éclairent sur le sort probable de l’équipage, mais suscitent de nouvelles interrogations et incertitudes.

Un morceau de corde.

Un petit morceau de corde à deux brins torsadés (NgLj-2:345a) comportant chacun trois fils. Ce type de corde servait à divers usages, notamment à l’amarrage des bâches. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

On peut explorer les mystères de l’expédition de Franklin dans l’Arctique avec la version revisitée et mise à jour de l’exposition du Musée des sciences et de la technologie du Canada Prisonniers de la glace : la découverte du navire de Franklin, qui dévoile les faits motivant la mission, son échec et la longue recherche d’indices concernant le sort de l’équipage.

Au Musée de la nature, deux vitrines contenant des artéfacts laissés par les hommes de l’expédition viennent compléter l’exposition du Musée des sciences et de la technologie.

Un morceau de bois cylindrique avec un bout fendu.

Ce morceau de bois provient des objets laissés sur les lieux par l’équipage de Franklin et récupérés par des chasseurs inuits qui l’ont sculpté pour en faire un indicateur de phoque (NgLj-2:330a). Après avoir attaché l’objet à un support, ils le laissaient flotter dans un trou de respiration et attendaient le phoque en observant le mouvement du bouchon : s’il se mettait à bouger, cela les avertissait de l’approche de l’animal. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

Je vous invite à venir au Musée canadien de la nature pour examiner des objets personnels et des pièces d’équipement qui procurent un regard intime sur l’expérience tragique de ces hommes. Les photos accompagnant le blogue vous en donneront un avant-goût.

Texte traduit de l’anglais.

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