Troquer mon presse-spécimen contre une combinaison spatiale

Paul Sokoloff devant une fusée installée sur une pelouse.

Voyager dans l’espace est un rêve que je nourris au grand jour depuis longtemps. Je serai sur la terre ferme durant mon séjour à la station de recherche, mais il n’est pas interdit de rêver! Image : Warren Cardinal-McTeague © Musée canadien de la nature

L’espace fascine. Qui d’entre nous n’a pas rêvé de se trouver un jour en apesanteur au delà de la Terre et de voyager vers d’autres planètes? Je fais assurément partie de ceux qui ont grandi dans l’admiration d’Alastair Reynolds, Neil DeGrasse Tyson et Jean-Luc Picard et qui sauteraient sur l’occasion de boucler sa ceinture dans une navette et d’être propulsé hors de l’atmosphère.

Au fil des ans, bien des choses relevant de la science-fiction sont devenues réalité (avez-vous vu l’imprimante 3D que l’on vient d’envoyer à la Station spatiale internationale?). Il existe un grand nombre de chercheurs, d’entrepreneurs, d’éducateurs et d’astronautes canadiens qui participent à la communauté spatiale mondiale et, très bientôt, je serai fier de me considérer dans mon modeste rôle comme un des leurs!

À compter de la semaine prochaine, je ferai partie de la 143e équipe à occuper la station de recherche de la Société Mars située dans le désert au sud-ouest de l’Utah, aux États-Unis. Ce séjour de deux semaines figurera certainement parmi mes plus belles vacances!

L’équipe internationale de six personnes à laquelle j’appartiendrai effectuera une simulation de recherche dans l’espace. Non seulement le paysage ressemble-t-il à celui de Mars, mais nous vivrons et travaillerons en autonomie, comme si nous étions vraiment sur Mars.

Plusieurs petites constructions et des VTT dans un paysage désertique et escarpé.

La station de recherche de simulation martienne dans le désert au sud-ouest de l’Utah. Ce cylindre blanc de 8 m de diamètre sera ma maison et mon bureau pendant les deux prochaines semaines. À partir de la gauche : l’observatoire, l’habitat et la serre. Image : Bandgirl807 © Bandgirl807 (Wikimedia Commons license CC-BY-3.0)

L’habitat lui-même, un gros cylindre blanc à deux étages, sorti tout droit des planches à dessin de la NASA, répond aux spécifications de la planète rouge : entièrement étanche, il abrite un labo-atelier, un coin repas et les lits de l’équipage, le tout compris dans 8 m de diamètre! On obtiendra des légumes frais de la serre, appelée GreenHab, spécialement conçue pour les organismes les plus importants que nous aurions à emporter dans l’espace : les plantes!

Et surtout, nous serons totalement isolés du reste du monde. Un des aspects les plus importants de ce camp de simulation est de savoir comment maintenir le moral et le bien-être psychologique de l’équipage pendant de longs séjours sur la planète rouge.

Collage : Un camion et une douzaine de VTT dans un paysage désolé, deux abris temporaires.

Le projet Haughton-Mars de l’Institut Mars sur l’île Devon en 2008. Comme d’autres projets de simulation, ce projet d’exploration de l’Arctique canadien contribue à préparer l’exploration de mondes nouveaux. Image : Marisa Gilbert © Musée canadien de la nature

C’est ainsi que nous effectuerons nos activités quotidiennes en mode « simulation ». Les projets de recherche et de génie auxquels nous participerons (on m’a attribué les rôles de biologiste et d’agent de sécurité) seront supervisés par l’équipe de contrôle de mission, et les conversations se feront avec un délai de 20 minutes. Après tout n’est-ce pas le temps que prennent les ondes radio pour voyager de Mars à la Terre?

À chaque sortie (ou activité extravéhiculaire!), nous devons revêtir notre scaphandre spatial afin de simuler le travail de terrain avec l’encombrant équipement dont seraient chargés les astronautes sur Mars. Ces marches seront des moments précieux, car le temps passé à l’extérieur sera strictement contrôlé. Sur Mars, l’absence de la magnétosphère signifie que l’équipage s’expose à de fortes radiations lorsqu’il se trouve à l’extérieur. Nous respecterons le seuil de rem artificiellement imposé dans notre simulation.

Vue aérienne du site du projet Haughton-Mars.

Le site du projet Haughton-Mars de l’île Devon, au Nunavut, en 2008. Image : Martin Lipman © Martin Lipman

Une simulation comme celle-ci est plus fructueuse en conditions extrêmes : plus elles se rapprochent de celles des déserts glacés de Mars, mieux c’est! Bien que le désert de l’Utah ressemble à Mars, il existe au Canada des sites parmi les plus similaires à la planète rouge! Deux projets de recherche sur Mars ont élu domicile au cratère Haughton de l’île Devon au Nunavut : le camp de recherche Flashline de la Société Mars et le projet Haughton-Mars de l’Institut Mars.

Notre paléontologue Natalia Rybczynski a dirigé l’équipe qui a découvert Puijila darwini dans le même cratère. Elle racontait récemment qu’elle avait effectivement rencontré des membres de l’équipe FMARS s’affairant sur le terrain dans leur scaphandre spatial en faisant de leur mieux pour ne pas s’apercevoir de la présence de ces interlopes (ah!, quand on simule…).

Une construction circulaire sur pilotis avec deux VTT dans un paysage aride.

La station de recherche Flashline au cratère Haughton à l’île Devon au Nunavut en 2009. Image : Brian Shiro © Brian Shiro (Wikimedia Commons license CC BY-SA 3.0)

Me connaissant, si j’allais à FMARS et y rencontrais Natalia en train de travailler, je ne pourrais m’empêcher de lui faire de grands signes enthousiastes. Je pourrais aussi faire semblant qu’elle est martienne et aller à sa rencontre pour un premier contact, tout cela, bien entendu, pour le bien de l’humanité.

Texte traduit de l’anglais.

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3 commentaires pour Troquer mon presse-spécimen contre une combinaison spatiale

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  3. Ping : La flore « martienne » : une vie extrême dans des environnements extrêmes | Le blogue du Musée canadien de la nature

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