Une mine d’information sur une plaque de verre : les photos historiques

Pour notre plus grand bonheur, les chercheurs qui sont sur le terrain prennent des photos. Beaucoup de photos. Roger Bull, assistant de recherche principal au Musée dans la section de botanique, estime à 6000 le nombre de photographies qu’il a prises cet été lors de l’expédition de son équipe au Nunavut. Certaines servent à documenter les spécimens et leur habitat. D’autres sont de simples photos de voyage.

Vue panoramique de deux lieux de recherche. Une image en couleur datant de 2014 et une seconde en noir et blanc datant de 1915.

2014 : vallée du fleuve Coppermine au Nunavut où ont été collectés des plantes vasculaires, des mousses, et des lichens. 1915 : carrière et chemin menant aux bad-lands de l’Alberta où ont été trouvés des fossiles de dinosaures. Image actuelle : Roger Bull © Musée canadien de la nature. Image d’époque : C.M. Sternberg and G.F. Sternberg © Domaine public.

Les premiers collectionneurs n’agissaient pas différemment. Ils tentaient, eux aussi, d’immortaliser leur expérience, mais ne disposaient pas du luxe d’aujourd’hui. Les appareils photo numériques minuscules et les cartes mémoire contenant des milliers d’images n’existaient pas. À l’époque, les plaques de verre étaient le support le plus utilisé pour les négatifs.

Deux mains vêtues de gants tiennent une plaque de verre.

Négatif sur plaque de verre provenant des archives photographiques du Musée. Image : Susan Goods © Musée canadien de la nature.

Au début du XXe siècle, le chasseur de fossiles Charles H. Sternberg et ses trois fils, en particulier George, ont pris de nombreuses photographies lors de leurs collectes au Canada pour le compte de la Commission géologique du Canada (prédécesseur du Musée).

Photo d’époque en noir et blanc. Sur les lieux de fouilles paléontologiques, des explorateurs emballent des restes de dinosaures.

1915 en Alberta, les fils Sternberg emballent un spécimen de Lambeosaurus. Image : C.M. Sternberg © Domaine public.

Même si les négatifs sur papier argentique à la gélatine ou sur rouleau de pellicule en celluloïd se répandaient à cette époque, plusieurs, comme les Sternberg, préféraient les plaques de verre. On craignait que la pellicule de cellulose ne puisse fournir une surface absolument plate et rigide au plan focal de l’appareil, ce qui était absolument nécessaire pour obtenir une bonne définition de l’image. L’inflammabilité et l’instabilité chimique de cette matière à base de nitrate inquiétaient également.

Quatre plaques de verre de 8 X 10 pouces (environ 20 X 25 cm) pèsent un peu plus d’un kilo. Imaginez la charge que pouvaient représenter des centaines d’entre elles, en plus du matériel nécessaire à l’expédition.

Les négatifs sur plaque de verre des Sternberg, ainsi que ceux des premiers conservateurs du Musée, comme Taverner et Macoun, sont maintenant archivés au Musée dans un environnement à température et à degré d’humidité contrôlés.

Ces documents photographiques constituent une précieuse source d’information pour les chercheurs d’aujourd’hui. Les premiers chasseurs de fossiles ne prenaient pas toujours des notes de terrain très détaillées. Or on peut tirer des renseignements intéressants de l’époque des dinosaures en sachant où ces fossiles ont été trouvés.

Photo d’époque en noir et blanc. À l’aide d’une poulie, trois hommes chargent deux gros paquets dans une petite chaloupe sur la berge d’une rivière. Deux chevaux attendent sur la rive.

Chargement de portions d’un squelette de dinosaure pour le transporter sur une rivière en Alberta. Image : C.M. Sternberg © Domaine public.

Les anciennes photographies illustrant les fouilles et la mise au jour des spécimens fournissent des indices que l’on ne pourrait obtenir autrement.

Jordan Mallon, Ph.D., se spécialise par exemple en taphonomie des dinosaures, c’est-à-dire qu’il étudie ce qui arrive à l’animal après sa mort. La disposition des fossiles de dinosaures dans le sol et le type de roche dans lequel ils se trouvent peuvent aider les paléontologues à reconstituer les circonstances de la mort de ces animaux, leurs conditions de vie, l’environnement dans lequel ils évoluaient et d’autres données biologiques. Jordan Mallon utilise certaines de ces photographies historiques pour tenter de déterminer la position des ankylosaures lors de leur découverte et plus particulièrement s’ils étaient à l’endroit ou à l’envers. Une fois ces faits établis, il vérifie plusieurs hypothèses pour expliquer le phénomène.

Photo d’époque en noir et blanc. Sur les lieux de fouilles paléontologiques, restes d’un dinosaure et outils de recherche.

Un spécimen partiellement enveloppé. Formation d’Oldman, Alberta 1915. Image : C.M. Sternberg © Domaine public.

Un autre inconvénient des notes de terrain incomplètes, c’est qu’on ignore le site exact où ont été trouvés beaucoup des premiers dinosaures. Les photographies donnent des indices qui permettent de mieux circonscrire la zone de collecte.

Photo d’époque en noir et blanc. Vue panoramique d’une gorge sinueuse et de sa rivière.

Panorama de l’endroit où un spécimen de dinosaure a été découvert en Alberta. Image : C.M. Sternberg and G.F. Sternberg © Domaine public.

Comme le fait remarquer Darren Tanke du musée de paléontologie Royal Tyrrell dans son intéressant blogue sur les sites de fouilles « perdus », le paysage de l’Alberta a moins changé qu’on le croirait en un siècle. En comparant les formations géographiques sur les photos des Sternberg à celles d’aujourd’hui, on peut déterminer exactement les sites de collecte. (Pour connaître les autres indices qu’utilise Darren Tanke pour repérer les anciens sites de fouilles, voir (en anglais seulement) http://traumador.blogspot.ca/2009/01/darren-tankes-lost-quarry-project-part.html)

Photo d’époque en noir et blanc. Sur les lieux de fouilles paléontologiques, restes d’un dinosaure.

Crâne d’un Centrosaurus, sur le terrain en 1921. Notez la silhouette du photographe et de son appareil photo à gauche au bas de l’image. Image : C.M. Sternberg © Domaine public.

La collection de photographies du Musée contient plus de 275 000 articles non numériques, dont une infime partie de négatifs sur plaque de verre. Parmi les autres médias figurent des diapositives sur verre, des négatifs et des positifs sur pellicule, des épreuves et des pellicules audiovisuelles.

Nous travaillons à un projet de numérisation visant à rendre ces images plus accessibles et à réduire la manipulation de ces fragiles négatifs sur plaque de verre. Les images numériques sont cataloguées dans une base de données dans le but de les rendre un jour accessibles en ligne.

Un homme numérise des photos sur plaque de verre.

Dennis Bason, un de nos dévoués bénévoles, joue un rôle de premier plan dans ce projet en numérisant soigneusement chaque négatif et en les plaçant dans de nouvelles enveloppes et boîtes d’archive. Image : Susan Goods © Musée canadien de la nature.

Texte traduit de l’anglais.

Cet article, publié dans Collections, Fossiles, Histoire, Les outils du métier, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s