Une famille renoue avec un brin de son histoire grâce à nos collections en ligne

Qu’ont en commun un éleveur de poulets des années 1940, le premier ornithologue du Musée Percy Taverner, une ornithologue amatrice actuelle et les collections en ligne du Musée? Chacun de ces fils sert à tisser l’histoire que voici.

Un homme et trois femmes regardent un tiroir de collection ouvert contenant des spécimens de Petits-Ducs maculés.

Le responsable des collections de zoologie, Michel Gosselin, montrant des Petits-Ducs maculés, Megascops asio, aux filles de la famille Macartney – Elizabeth Smith (à gauche en noir), Jane Burgess (à droite en rouge) et Margaret Joyce (non visible). Image : Susan Goods © Musée canadien de la nature

Quand nous avons lancé la base de données des collections en ligne du Musée en 2014, nous savions qu’elle serait très utilisée notamment par les scientifiques et les étudiants. Mais n’importe qui pouvait la consulter et y faire des découvertes. Cet accès libre à nos collections en ligne nous a fourni un autre exemple de la diversité des Canadiens engagés à bâtir les collections scientifiques nationales du Canada.

Sachant que je travaillais au Musée canadien de la nature, une ornithologue amatrice m’a un jour mentionné que son père avait donné un hibou au Musée lorsqu’elle était enfant. Sa famille exploitait à l’époque une ferme familiale en Ontario. Linton et Evelyn Ruth Macartney n’étaient toutefois pas des éleveurs de poulets comme les autres. Ils détenaient tous les deux un diplôme universitaire et ne manquaient aucune occasion d’instruire leurs enfants. Il pouvait arriver, par exemple que le père rassemble ses enfants pour observer la dissection qu’il pratiquait sur un mouton en vue de déterminer la cause de sa mort.

Une saisie d’écran.

Le registre de la collection en ligne à l’origine de cette histoire. Image : © Musée canadien de la nature

Quand la collection du Musée devint accessible en ligne, Jane Burgess (une des filles de Linton) chercha le dossier du don de son père et eut le plaisir de le trouver. Elle constata une anomalie : on y mentionnait l’espèce Otus asio, l’ancien nom scientifique du Petit-Duc maculé (aujourd’hui Megascops asio), plutôt que le Harfang des neiges qu’elle et les autres enfants de la famille avaient en mémoire.

Une coupure de journal.

La coupure de l’Ottawa Journal du 28 janvier 1947 décrivant l’incident. Image : © Domaine public

Une photo d’archives montrant un homme qui tient par les ailes un Grand-Duc d’Amérique mort.

Linton Macartney tenant le « mauvais génie des bois » (Grand-Duc d’Amérique, Bubo virginianus) qui menaçait ses poulets. Image : Evelyn Macartney © Evelyn Macartney

Cette révélation alimenta les discussions familiales et chacun commença à fouiller dans les albums de photos et les dossiers de la famille. On finit par exhumer quelques photos et un article de journal jauni qui apportèrent quelques renseignements supplémentaires.

De fait, en 1947, on avait découvert dans le poulailler familial un hibou sur le point de festoyer. Au collège, Linton Macartney avait gagné un exemplaire du livre publié en 1934 par Percy A. Taverner et intitulé Birds of Canada. Il se souvenait d’un passage :

« Le Grand-Duc d’Amérique est le mauvais génie des bois. Volant en silence parmi les feuillages des sombres forêts, […] il règne sur tout ce qu’il survole. Dans la nature, il ne craint aucun ennemi sauf l’homme et tous les petits animaux se terrent au son feutré de son ample vol. » (Traduction libre)

Une page d’un livre.

Le passage concernant le Grand-Duc d’Amérique tiré de Birds of Canada de P. A. Taverner, 1934 (Bulletin nº 72, Biological Series nº 19, Musée national du Canada, Ottawa). Image : © Musée canadien de la nature

Étant donné cette effrayante description et le fait que les poulets étaient son gagne-pain, il pensa qu’il valait mieux tuer ce hibou. Il communiqua avec Taverner, qui promit de venir jeter un coup d’œil à l’oiseau le lendemain.

Mais, me direz-vous, l’oiseau de cette photo est un Grand-Duc, les enfants se souviennent d’un Harfang des neiges et le dossier en ligne montre un Petit-Duc maculé. Que s’est-il exactement passé?

C’est là que les choses se compliquent. Le Grand-Duc d’Amérique ne s’est jamais rendu dans les collections du Musée. Peut-être Taverner est-il venu identifier l’oiseau à la ferme, mais en 1947 cela faisait longtemps qu’il était à la retraite. On ne peut que spéculer. Peut-être le Musée possédait-il suffisamment de spécimens de cette espèce provenant de cette région. Ou peut-être l’ornithologue a-t-il gardé l’oiseau pour lui.

Et qu’en est-il du Harfang des neiges? Le souvenir d’un grand hibou trouvé pendant l’hiver s’est-il mué en Harfang au fil du temps? L’histoire s’est répétée pour faire partie du folklore familial. Rien dans les dossiers n’indique qu’un Harfang aurait été donné par Macartney. Toutefois, un M. Curtis de la même région aurait, en 1945, collecté un Harfang des neiges. Or Murray Curtis était un naturaliste du coin que connaissait bien la famille. Serait-ce de cet oiseau dont se souviennent les enfants?

Les mains d’une femme tiennent un spécimen de Petit-Duc maculé auquel est attachée une étiquette de collection.

Le Petit-Duc maculé, Megascops asioi, donné par Macartney. Spécimen de collection : CMNAV 39812. Image : Susan Goods © Musée canadien de la nature

Et le Petit-Duc maculé? Nous savons avec certitude que Macartney a donné ce spécimen. Pendant une visite dans les collections pour voir le fameux oiseau, une de ses filles s’est rappelée qu’effectivement un Petit-Duc avait un jour réussi à entrer dans le poulailler. Étant donné les événements précédents et son contact avec Taverner, la famille a certainement compris l’intérêt de donner ce spécimen au Musée.

Jane a conservé cet amour pour la nature; ornithologue amatrice enthousiaste, elle transmet sa passion à ses petits-enfants.

Plusieurs spécimens de Petits-Ducs conservés dans le tiroir d’un cabinet de collection.

Un tiroir de Petits-Ducs dans les collections du Musée. Image : Susan Goods © Musée canadien de la nature

Les 10 millions de spécimens d’histoire naturelle que conserve le Musée appartiennent à tous et font partie de notre patrimoine. Mais pour la famille Macartney, un petit oiseau rangé dans un tiroir revêt une signification toute particulière.

Texte traduit de l’anglais.

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