La saga des baleines : Le sauvetage d’une collection scientifique par le Musée

Le sort d’un grand nombre d’espèces repose sur notre compréhension de leur situation passée et présente et des difficultés environnementales auxquelles elles font face. Pour les scientifiques, l’étude des collections d’histoire naturelle des musées est une façon de les mieux comprendre et de recueillir des données brutes extrêmement précieuses.

À titre de conservateur des vertébrés au Musée, je supervise les collections nationales de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et de poissons. Parmi tous ces animaux figurent d’exceptionnels spécimens de baleines et d’autres mammifères marins qui représentent les principales espèces des eaux canadiennes.

Un technicien debout derrière des étagères tenant un crâne de baleine.

Le technicien Alan McDonald au milieu d’ossements de baleines conservés dans la salle des gros squelettes du Musée. Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature

Cette collection contient un ensemble de spécimens provenant de la Station de biologie arctique du ministère des Pêches et des Océans, qui a fermé en 1992. On estime à 21 000 le nombre de spécimens stockés dans de gros barils et entreposés dans nos réserves depuis plus de trois décennies. On ne détient pas d’information pour la plupart d’entre eux.

Gros barils de métal sur des étagères.

Contenus dans plus de 130 gros barils scellés, les ossements de baleine n’ont jamais été accessibles à la communauté scientifique jusqu’à ce que le projet de sauvetage commence. Image : Kamal Khidas © Musée canadien de la nature

La collection recèle de précieux renseignements sur une foule de sujets : données historiques sur l’occurence et la migration des baleines, effets des changements climatiques sur la biodiversité marine, changements dans la croissance et le développement des cétacés, données historiques sur la pollution, etc. Et cette collection revêt un intérêt encore plus grand en raison du moratoire international sur la chasse à la baleine signé par le Canada en 1986, donc il y a presque 30 ans.

Avec cela en tête, j’étais déterminé, quand je suis entré à l’emploi du Musée en décembre 2006, à sauver cette fabuleuse collection riche en données scientifiques.

Quand j’ai appris l’existence de cette collection, j’en ai tout de suite saisi l’intérêt exceptionnel. C’est une collection unique au monde de par la période et la région qu’elle représente. Les membres du personnel des collections des vertébrés avaient entrepris un inventaire en 1993 et 1998, mais n’ont pu mener à bien leur projet ni rendre les données plus accessibles pour diverses raisons, notamment : le danger qu’impliquait la manipulation de grandes quantités de préservatifs cancérigènes en l’absence d’un équipement adéquat, des données incomplètes (p. ex. sur le contenu de chaque baril), le manque de ressources.

Un gros plan sur des ovaires de baleines dans un baril.

Un gros baril contenant des ovaires a été ouvert au laboratoire en vue de transférer son contenu dans d’autres récipients. Les échantillons étaient en bonne condition même si on ne les avait pas vérifiés depuis longtemps et que la concentration de préservatif était dangereusement faible. Image : Philippe Ste-Marie © Musée canadien de la nature

Fondée en 1948, la Station de biologie arctique dépendait à l’origine du Conseil de recherches sur les pêcheries du Canada et servait à étendre les recherches océanographiques à l’est de l’Arctique. Pendant plus de 44 ans, on y a collecté des milliers de spécimens de mammifères marins dans presque tout l’Arctique canadien. À cette époque, les scientifiques profitaient des activités de chasse à la baleine pour constituer leurs collections de recherche. La plupart des échantillons donnés au Musée ont été collectés dans les années 1960 et 1970 dans le nord de l’Atlantique et dans l’Arctique.

Il m’a fallu quelques années pour réfléchir au moyen de compléter la documentation, d’accéder aux échantillons et de surmonter toutes les difficultés qui pouvaient m’empêcher de réaliser ce projet resté en suspens depuis plus de deux décennies. J’ai beaucoup appris sur cette collection, sur les gens qui y ont travaillé, sur ses hauts et ses bas et sur le sort peu glorieux qui lui a échu.

En octobre 2012, la dernière étape dans ma quête de gérer cette collection et de la rendre plus accessible, m’a conduit à la Smithsonian Institution à Washington, où j’ai rencontré James (Jim) Mead, un chercheur qui avait travaillé à la Station de biologie arctique dans les années 1970 et collecté beaucoup de ces échantillons. Il m’a gentiment proposé de consulter ses notes de terrain. Charles Potter, le gestionnaire des collections de mammifères marins de la Smithsonian, m’a fait part de faits intéressants sur cette collection. Avec ces renseignements et du financement, j’étais en mesure de superviser le tri, la documentation et la conservation de ces précieux échantillons.

Deux membres du personnel, portant un masque et une tenue de protection, sont penchés au-dessus de réservoirs d’acier contenant des spécimens.

Le personnel de la section de zoologie des vertébrés effectue l’inventaire et le transfert d’échantillons de baleines dans des contenants plus faciles à manipuler : des réservoirs d’acier inoxydable de 95 litres (25 gallons) et des bocaux de 18 litres (5 gallons) remplis d’une solution à concentration d’alcool adéquate. Image : Kamal Khidas © Musée canadien de la nature.

Une fois réglé le problème des données non confirmées, les échantillons ont été transférés dans des contenants plus petits, où ils pourront un jour être accessibles aux chercheurs. J’espérais trouver des spécimens en bonne condition dans les barils et ils l’étaient! Nous avons ainsi pu rassembler des milliers de restes squelettiques et anatomiques.

Jusqu’à présent, nous avons regroupé quatre grands sous-ensembles d’échantillons : 1) diverses parties de l’appareil auditif comprenant des bouchons de cérumen provenant de 2942 cétacés ainsi que divers os de 1357 individus; 2) un ensemble de foetus de diverses espèces de cétacés à différents stades de leur développement; 3) une série d’organes anatomiques comprenant des ovaires, des cerveaux, des coeurs et des yeux; 4) des parties diverses, notamment des échantillons de peau avec cicatrices, de nageoires et de queues.

Quelques foetus de baleines dans un contenant d’acier inoxydable.

Parmi les échantillons les plus surprenants : une collection de foetus qui a été regroupée et organisée en conformité avec les normes du Musée. Image : Philippe Ste-Marie © Musée canadien de la nature

La collection représente de nombreuses espèces de mammifères marins, notamment sept espèces de baleines, ainsi que de nombreux phoques et dauphins. Le rorqual bleu de la galerie Eau Bleue RBC du Musée est également présent dans la collection de la Station biologique arctique.

Le travail n’est pas encore terminé. Il reste encore beaucoup à faire pour mettre en valeur cette exceptionnelle collection. On doit transférer de nombreux spécimens dans des récipients et des liquides préservatifs adéquats et on doit diffuser les données rattachées aux spécimens dans un portail Web.

Rangées de boîtes de chaussures contenant des membranes tympaniques de baleines.

Une collection de membranes tympaniques de baleines rangées dans des boîtes dans la collection des vertébrés après classement et vérification des données. Image : Kamal Khidas © Musée canadien de la nature

On peut maintenant utiliser la plupart de la collection à des fins de recherche, d’enseignement et d’éducation. On peut le faire en combinaison avec d’autres échantillons de la collection des vertébrés du Musée, mais aussi avec ceux de la collection de paléontologie. Le personnel de cette section traite environ un millier de parties squelettiques de baleine (la plupart représentant une baleine boréale qui vivait dans diverses zones de l’Arctique il y a 4000 ou 5000 ans). Ainsi la collection de baleines du Musée canadien de la nature est vraiment stupéfiante non seulement par la diversité de ses spécimens et de ses échantillons, mais aussi par la longue période de temps qu’elle englobe.

Texte traduit de l’anglais.

Cet article, publié dans Animaux, Arctique, Collections, Eau, Recherche, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour La saga des baleines : Le sauvetage d’une collection scientifique par le Musée

  1. C’est bien mais en attendant les japonais continuent le massacre des baleines et ne parlons pas des millions de requins massacrés chaque année et rejetés a la mer une fois leurs ailerons tranchés …!!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s