Le basalte, source de beauté et d’étonnement!

La suite des aventures minéralogiques au Cambodge. Suivez les scientifiques du Musée Paula Piilonen et Glenn Poirier dans leur quête de minéraux pour poursuivre leur recherche.

Dans la province de Ratanakiri et dans beaucoup d’autres régions du Cambodge, un sol orange-rouge riche en fer et en aluminium, que l’on nomme latérite, couvre le sol.

Collage de photos : Route de terre ocre traversant une campagne. Plan rapproché d’une botte de marche couverte de poussière ocre.

La poussière de latérite couvre les routes de la région. Elle teinte aussi de rouge tous nos vêtements. Certains jours, je me demande si je suis bronzée ou tout simplement sale! ☺ Images : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

La latérite se forme dans les climats tropicaux sous l’effet d’une altération chimique intense et étendue de la roche sous-jacente, en l’occurrence du basalte.

Plan rapproché d’une forme ronde dans une roche, au-dessus d’un marteau de géologue.

Météorisation in situ (réaction d’éclatement) de basalte qui forme la latérite. Images : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Quand elle est mouillée, la latérite peut être coupée en blocs et servir à la construction d’édifices. Quand elle durcit, elle prend la consistance de la roche. Tout comme beaucoup d’autres temples de la période angkorienne (IXe et Xe siècles) du Cambodge et de la Thaïlande, le complexe Angkor Wat a des fondations de briques de latérite sur lesquelles on a ajouté un revêtement de grès plus esthétique.

Portion d’un ancien temple de pierres.

Les fondations internes du temple Banteay Srei à 23 km au nord d’Angkor Wat (Xe siècle) sont en briques de latérite. Images : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Comme les dépôts de latérite dans cette région peuvent atteindre 50 m d’épaisseur, il est difficile de trouver des affleurements de la roche sous-jacente. C’est pourquoi nous concentrons nos efforts sur les sites les plus favorables comme les chutes, les abords des cours d’eau, les champs de rochers au pied des talus et les carrières.

Femme debout à côté d’une petite chute.

Paula Piilonen près de la cascade Katieng, province de Ratanakiri, Cambodge. La cascade passe par-dessus une coulée de basalte. Image : Glenn Poirier © Musée canadien de la nature

Aujourd’hui, nous avons visité une de ces carrières au nord de Ban Lung et du bureau d’Angkor Gold. On y exploite le basalte, la roche que nous étudions, pour la construction des routes. Après avoir jeté un coup d’oeil dans les piles de cailloux aux abords de la carrière près d’un concasseur, nous avons rencontré un travailleur qui nous a fait comprendre avec force gestes (il ne parlait pas anglais et nous ne comprenons pas le khmer) que nous pouvions entrer dans la carrière elle-même.

Plan large d’une carrière de basalte.

Carrière de basalte à 4 km au nord de Ban Lung, province de Ratanakiri, Cambodge. Image : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

Au fond de la carrière, nous avons fait une découverte étonnante : bien que les blocs les plus gros soient forés et jetés dans le trou (les explosifs n’étant pas permis), le gros du travail pour réduire les rochers en fragments d’environ 30 à 60 cm s’effectue À LA MAIN. Chaussés de tongs, les travailleurs se tiennent debout sur l’amoncellement de roches et cognent avec une masse. Une journée de travail doit être éreintante!

Chargés dans un camion à benne, les morceaux ainsi obtenus vont alimenter le concasseur situé en haut de la carrière, où ils sont réduits en matériaux de remblayage pour les routes (de 15 à 30 cm).

Collage de photos : Un homme tenant une masse s’apprête à frapper une des nombreuses pierres amoncelées à côté de lui. Deux concasseurs de pierres au-dessus de montagnes de roches.

À gauche : Un ouvrier de la carrière casse des pierres. Son seul outil, une grosse masse. Le fruit de son labeur est ensuite transporté aux concasseurs de roches, à droite. Images : Paula Piilonen © Musée canadien de la nature

La visite de la carrière s’est révélée une expérience géologique enrichissante. La section à travers les dépôts volcaniques était un véritable livre ouvert montrant distinctement trois écoulements de basalte. Nous avons pu étudier la paroi et y prélever des échantillons, ce qui nous a fourni d’importantes données sur la géologie de la région. Il n’est nulle part ailleurs possible d’observer plusieurs coulées fraîches en un même site.

Après avoir collecté 15 kg de roche, nous avons quitté la carrière avec le sentiment d’une matinée bien remplie.

Texte traduit de l’anglais.

A propos Paula Piilonen

A mineralogist with the Research Division at the Canadian Museum of Nature.
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