Ma visite dans un sous-sol de New York

Mettre ses restes de repas dans le congélateur est le meilleur moyen de les conserver pour un usage ultérieur. Conserver les échantillons au froid demeure aussi la meilleure méthode de préserver les molécules d’ADN. Pour apprendre les techniques de pointe de préservation des échantillons de tissus destinés à l’analyse ADN, je me suis rendu dans un sous-sol de la ville de New York.

L’American Museum of Natural History [Musée américain d’histoire naturelle] domine la rue Central Park West à New York. Derrière sa majestueuse façade de granit, on expose des créatures de toutes sortes. Déambuler dans ce musée, un des plus grands du monde, est une riche expérience où l’on rencontre des animaux, des plantes et des minéraux de toute la planète.

Vue extérieure de l'entrée du musée.

La grande entrée de l’American Museum of Natural History sur Central Park West à New York, aux États-Unis. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Collage : Un crâne de dinosaure articulé, un éléphant naturalisé, des squelettes sur pied de mammifères.

Dinosaures, éléphants, primates ne sont que quelques-unes des créatures exposées à l’American Museum of Natural History. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Les coulisses du Musée recèlent toutefois beaucoup plus que ce qu’on peut admirer dans les impressionnantes expositions. Comme le Musée canadien de la nature, l’American Museum of Natural History (ou simplement l’AMNH) abrite d’énormes collections d’animaux, de plantes, de fossiles et de minéraux. Les scientifiques du Musée, et ceux du monde entier, utilisent ces collections pour mieux comprendre la diversité de la vie sur Terre.

Les chercheurs ont de plus en plus recours à l’information contenue dans les molécules d’ADN pour étudier la biodiversité. Idéalement, on prélève les molécules d’ADN à partir de tissus collectés spécialement à cette fin. Ces échantillons reçoivent une attention particulière et doivent être conservés dans des conditions déterminées afin de préserver les précieuses informations moléculaires. Le FROID en est le maître mot : un froid beaucoup plus intense que celui de votre congélateur.

À la recherche de congélos ultrafroids, je quitte les expositions pour emprunter une porte brune des plus banales et descendre une volée de marches conduisant au sous-sol. Je chemine dans un labyrinthe de corridors et d’ateliers pour aboutir à la collection cryogénique Ambrose Monell.

Julie Feinstein, la gestionnaire de la collection, garde jalousement les vastes cuves d’acier inoxydable isolées qui contiennent quelque 100 000 échantillons de tissus. Vingt centimètres (8 po) d’azote liquide dans le fond de chaque réservoir permettent de conserver les échantillons au froid : à −160 °C. À cette température, la plupart des mouvements moléculaires cessent, ce qui prévient la dégradation des échantillons. L’information de l’ADN est ainsi conservée à perpétuité.

Une rangée de réservoirs en métal le long d'un mur.

Ces cuves servent à entreposer les échantillons de tissus à −160 °C. À cette température, l’ADN des tissus se préserve. Image: Roger Bull © Musée canadien de la nature

Collage: Deux personnes travaillant dans la collection.

À gauche : Une technicienne de la collection Ambrose Monell de l’AMNH récupère un échantillon pour l’envoyer à un chercheur. À droite : Julie Feinstein, gestionnaire de la collection, tient un casier de congélation très froid. Images : Roger Bull © Musée canadien de la nature, © AMNH/R. Mickens

Comme les autres collections du Musée, la collection cryogénique n’est pas un assemblage statique d’objets mis sous clef pour l’éternité. Les spécimens entrent et sortent, certains arrivant avec des chercheurs de retour du terrain, d’autres envoyés pour étude à des scientifiques du monde entier.

Il faut un soin particulier pour suivre adéquatement les entrées et les sorties des spécimens ainsi que les données qui y sont associées. J’ai passé deux jours à étudier ce travail minutieux en observant Svetlana et Nisa, les techniciennes de la collection. Ces travailleuses de première ligne orchestrent avec brio le ballet incessant des échantillons qui sont préservés dans de petits tubes de polypropylène marqués de code à barres.

Collage : Mains qui manipulent des flacons de tissus.

Les échantillons de tissus sont préservés dans de petits tubes portant une étiquette avec code à barres. Ces tubes sont rangés dans des boîtes, elles-mêmes placées dans les casiers du congélateur. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Le froid est essentiel à une bonne collection de tissus, mais l’organisation l’est également. C’est là un des nombreux enseignements que j’ai tirés de mon séjour dans ce sous-sol de New York.

Cette visite s’inscrit dans un processus de cueillette de renseignements qui débute à peine. Le Musée canadien de la nature serait un lieu tout désigné pour une collection cryogénique de tissus.

Mais avant de faire entrer des cuves de congélation dans notre édifice des collections et de la recherche, nous devons connaître à fond le meilleur moyen de mettre sur pied et de gérer une telle collection. Si tout se passe comme prévu, nous aurons les congélateurs les plus froids et les mieux organisés du pays !

Texte traduit de l’anglais.

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