Des armoires, encore des armoires… Se préparer pour accueillir des collections de la Commission géologique du Canada

Je suis dans l’entrepôt no 2 de l’Édifice du patrimoine naturel à Gatineau, au Québec, là où le Musée canadien de la nature conserve ses immenses collections. Tout autour de moi s’empilent 225 armoires de métal. Ce sont des armoires Lane. Il a fallu cinq camions pour les transporter des États-Unis jusqu’ici. Cet entrepôt qui paraissait immense lorsqu’il était vide est maintenant si plein qu’on ne voit plus les murs!

Un homme debout dans un entrepôt entouré de hautes piles de boîtes.

Le gestionnaire de l’entrepôt Stéphane Gratton a organisé le transport des 225 armoires des camions à l’entrepôt du Musée. Image : Kathlyn Stewart © Musée canadien de la nature

Peinture de Sir William Logan.

William Logan, 1856
Peint par George Theodore Berthon
Don de la Commission géologique du Canada
Musée canadien de l’histoire, 2007.171.223, IMG2008-0209-0057-Dm

Ces armoires extrêmement robustes à dix étagères chacune mesurent 74 x 76 x 81 cm (29 x 30 x 32 po). Elles sont spécialement conçues pour contenir des spécimens d’histoire naturelle. Elles abriteront des dizaines de milliers de fossiles et de minéraux. D’où viennent ces spécimens et pourquoi se retrouvent-ils au Musée? Pour répondre à ces questions, nous devons prendre un peu de recul.

En 1842, la Commission géologique du Canada, premier centre scientifique du pays, voyait le jour. William Logan, son premier directeur, entretenait un ambitieux projet pour cet organisme : celui d’effectuer une évaluation géologique de tout le territoire national. Peu de temps après, plusieurs géologues, dont Logan lui-même, sillonnèrent le pays pour cartographier les formations géologiques et collecter des échantillons de roches, de minéraux et de fossiles.

Cette période d’exploration permit de recueillir tant de spécimens que Logan créa un musée de géologie à Montréal afin de les conserver et de les montrer au public. La Commission et le musée finirent par déménager à Ottawa et, en 1911, leurs magnifiques collections furent conservées dans le nouvel Édifice commémoratif Victoria, où on pouvait les présenter à un vaste auditoire.

Un trilobite fossilisé.

Un trilobite, Olenoides serratus, provenant des schistes de Burgess, une formation qui date du Cambrien supérieur moyen. Les schistes se trouvent dans le parc national Yoho, en Colombie-Britannique. Ce spécimen est exposé dans la salle W. E. Logan de la Commission géologique du Canada, à Ottawa. Image : Jean Dougherty © Commission géologique du Canada

Le nouveau musée et ses collections séduisirent immédiatement le public. Ce succès donna lieu à un accroissement des collections, mais dans un espace toujours plus restreint. En 1959, la Commission déménagea son personnel et ses collections dans les locaux qu’elle occupe encore aujourd’hui, rue Booth. Même si le Musée national des sciences naturelles avait été séparé de la Commission géologique du Canada en 1927, les deux entités étaient restées jusque-là dans le même édifice. (Le Musée national des sciences naturelles a été le précurseur du Musée canadien de la nature.)

Ce déménagement imposa un partage des collections de spécimens géologiques et de fossiles entre la Commission et le Musée. Il aurait été intéressant d’entendre les discussions qui ont conduit à la décision finale : la plupart des roches, des minéraux, des fossiles d’invertébrés et de plantes iraient à la Commission, tandis que les collections de botanique, de zoologie et de fossiles de vertébrés ainsi que les collections culturelles resteraient au musée.

Three mollusc fossils and a leaf fossil.

Plant and mollusc fossils collected by G.M. Dawson in the 1880s. Image: Jean Dougherty © Commission géologique du Canada

Chapeautées par Ressources naturelles Canada, les collections de la Commission sont actuellement conservées dans les locaux de la rue Booth. Pour diverses raisons, on a récemment décidé d’abandonner ces locaux. À la fin de 2013, le ministère des ressources naturelles a indiqué au Musée canadien de la nature qu’on songeait à lui confier les collections de minéraux et de fossiles d’invertébrés. On a élaboré un protocole d’entente selon lequel le Ministère et le Musée collaboreraient en vue de s’assurer que les collections de géologie du Canada sont conservées et gérées conformément aux normes modernes.

Un groupe de personnes debout.

Le groupe de travail pour le transfert des collections de la Commission géologique du Canada (CGC) au Musée canadien de la nature. À l’arrière, de g. à d. : Kathy Stewart, chercheuse et chef de la section de paléobiologie au Musée; Ann Therriault, gestionnaire des collections de matériel géologique, CGC; Scott Ercit, chercheur et chef de la section de minéralogie du Musée; Kieran Shepherd, conservateur de la collection de paléobiologie du Musée. À l’avant : Cathryn Bjerkelund, chef de la sous-division Géologie et métallogénie, division du Canada central, CGC; Michelle Coyne, conservatrice des collections de matériel organique pour la CGC; Shannon Asencio, chef du service des collections et de la gestion de l’information au Musée.

Puis les choses se sont accélérées, un groupe de travail a été formé. Dès la première réunion, il est apparu clairement que le personnel de la Commission était attaché à ses collections et qu’il était réticent à s’en départir. Mais il était aussi évident que les locaux dont disposait la Commission présentaient des défaillances qui mettaient en péril les collections. Doté de voûtes de collection beaucoup plus récentes à Gatineau, le Musée offrait des conditions de conservation bien supérieures. L’idée de transférer au Musée au moins une partie des collections de la Commission, sous forme de prêt ou de façon permanente, prit forme.

Le groupe de travail se réunit maintenant fréquemment en vue de définir les étapes à prendre pour ce transfert. La tâche est de taille, puisque les collections de minéraux et de fossiles d’invertébrés de la Commission occupent quelque 2600 armoires, soit beaucoup plus que ce que le Musée est en mesure d’accepter. Le groupe se concentre maintenant sur le nombre plus réaliste de 500 armoires, qui contiennent des collections types et plusieurs collections orphelines ou en danger.

Des boîtes empilées dans une salle.

La réception des 225 armoires vides, provenant des États-Unis, est la première étape en vue du transfert. Nous déménagerons ensuite des premiers spécimens, l’équivalent de 35 armoires, et les rangeront soigneusement ici, au Musée canadien de la nature. Image : Kathlyn Stewart © Musée canadien de la nature

Nous célébrons maintenant la première étape du transfert : la réception des 225 armoires Lane, dont il a été question au début. Le prochain exercice consistera à empaqueter, transporter et déballer environ 35 armoires de spécimens, dont certains extrêmement fragiles, et de les ranger dans les nouvelles armoires du Musée. Cet essai préliminaire nous permettra d’estimer le nombre de personnes et la quantité de temps et de ressources nécessaires au projet

Nous vous tiendrons au courant de son déroulement…

Texte traduit de l’anglais.

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