Découvertes d’espèces au Musée canadien de la nature en 2014

Bob Anderson dans un paysage montagneux, tenant son équipement de collecte.

L’auteur lors d’une expédition au Venezuela visant à collecter de nouvelles espèces de charançons à des fins d’identification. Image : Steve Ashe © Musée canadien de la nature

Quand j’étais petit, un de mes premiers livres portait sur les animaux de la ferme : j’y apprenais comment les reconnaître, comment ils s’appelaient et, bien sûr, quel cri ils faisaient. Quand on y réfléchit, on passe sans doute les trois premières années de notre vie à apprendre comment s’appellent toutes les choses qui nous entourent et, souvent par tâtonnement, lesquelles on peut manger. Certaines ont mauvais goût, ce sont celles que votre mère éloigne de vous avant que vous ne puissiez en croquer un morceau, et quelques-unes sont bonnes. Dans la vie de tous les jours, il importe que chaque chose ait un nom.

Sur le plan scientifique, ce n’est pas très différent. Une des activités les plus importantes des scientifiques du Musée canadien de la nature est de décrire et de nommer des espèces. Cette discipline scientifique s’appelle la taxonomie. Plutôt que de donner des noms simples et communs aux espèces, nous utilisons un système mis au point en 1758 par le botaniste suédois Carl Linné. Il s’agit d’un système binomial, c’est-à-dire qui comprend deux noms : le premier est celui du genre, ou groupe, auquel appartient l’espèce, tandis que le second est le nom de l’espèce elle-même.

Un portrait de Carl Linné.

Carl Linné. Le système d’appellation scientifique qu’il a mis au point a passé avec succès l’épreuve du temps : on l’utilise depuis 257 ans. Image : Domaine publique

Le principal avantage de ce système est qu’il n’existe qu’une seule combinaison possible d’un nom de genre et d’un nom d’espèce. Il ne peut ainsi y avoir aucune confusion sur une espèce donnée et donc sur son lieu d’origine et son comportement. Par exemple, si je dis « Acer saccharum », on saura qu’il ne peut s’agir que de l’érable à sucre, une espèce indigène de l’est de l’Amérique du Nord, connue pour son feuillage d’automne flamboyant et comme source principale de sirop d’érable. Il en va ainsi de toutes les espèces : un nom, une espèce. En sachant le nom scientifique d’une espèce, on peut accéder à toutes les données disponibles à son sujet.

Chaque année, les scientifiques du Musée effectuent des recherches dans le monde entier dans le but de découvrir et de nommer de nouvelles espèces. Il peut s’agir d’espèces animales, végétales, minérales ou fossiles.

En 2014, les scientifiques du Musée ont contribué à la découverte de :

  • 33 nouvelles espèces de charançons
  • 1 nouvelle espèce d’amphipode
  • 1 nouvelle espèce de diatomée
  • 1 nouvelle espèce minérale
  • 3 nouvelles espèces de reptiles fossiles
Un spécimen de diatomée.

Une diatomée marine aux formes étranges : Entomoneis calixasini. Image : Michel Poulin © Musée canadien de la nature

Michel Poulin et ses collaborateurs ont découvert Entomoneis calixasini, une diatomée marine formant de curieuses arabesques. Ils l’ont collectée dans des carottes de sédiments profonds de la mer Marmara.

Ed Hendrycks a décrit Ptilohyale brevicrus, un amphipode marin découvert dans la zone intertidale parmi les algues, les galets et le sable au large de la Corée du Sud.

Joel Grice a décrit une nouvelle espèce minérale, la telluromandarinoïte, collectée dans la province de Coquimbo dans les Andes chilienne à environ 640 km au nord de Santiago.

Un spécimen de charançon préparé.

Tylodinus rufus, une des 32 nouvelles espèces de charançons du genre Tylodinus provenant du Chiapas, au Mexique. Image : Robert S. Anderson © Musée canadien de la nature

En plus d’une espèce, Sphenophorus spangleri, que j’ai nommée à Sinaloa, au Mexique, j’ai fait équipe avec un étudiant au doctorat mexicain, Jesus Luna Cozar, pour décrire 32 nouvelles espèces de charançons appartenant au genre Tylodinus que nous avions collectées au fil des ans dans l’État du Chiapas. La plupart provenaient de la couche de feuilles mortes, mais d’autres ont été collectées sur des champignons noirs à l’aspect croûteux qui vivaient sous de gros rondins de bois en train de pourrir. Luna Cozar s’est chargé du volet « appellation » du projet et a nommé une espèce en mon honneur.

Xiao-Chun Wu a décrit trois nouvelles espèces de reptiles fossiles, dont la plus intéressante est sans doute Atopodentatus unicus, un nouveau genre marin et une nouvelle espèce du Trias en Chine qui présente un trait adaptatif jamais vu auparavant : un mode d’alimentation très spécialisé par filtration.

Des fossiles craniaux et post-craniaux préparés.

Le reptile fossile Atopodentatus unicus. Observez les dents longues et fines très spécialisées servant à un mode d’alimentation par filtration. Image : Xiao-chun Wu © Musée canadien de la nature

Les scientifiques ont nommé quelque 1,5 million d’espèces jusqu’à présent, mais il en reste encore beaucoup à découvrir. Parfois, on peut trouver de nouvelles espèces dans les vastes collections de notre propre musée ou dans celles des nombreux autres établissements dans le monde, mais la façon la plus enivrante de le faire est indéniablement en la trouvant soi-même sur le terrain. Vous apprendrez beaucoup sur nos expéditions dans nos précédents blogues; lisez-les.

Et souvenez-vous, la vache fait « meu », les pommes ont bon goût et vous ne devez pas manger de terre.

Découvertes d’espèces au Musée en 2014

Crustacés
Ptilohyale brevicrus

Diatomées
Entomoneis calixasini

Reptiles fossiles
Atopodentatus unicus
Funlusaurus luanchuanensis
Largocephalosaurus qianensis

Minéraux
Telluromandarinoïte

Charançons
Sphenophorus spangleri
Tylodinus andersoni
Tylodinus branstetteri
Tylodinus buchanani
Tylodinus coapillensis
Tylodinus complicatus
Tylodinus dominicus
Tylodinus elongatus
Tylodinus exiguus
Tylodinus gibbosus
Tylodinus immundus
Tylodinus intzin
Tylodinus ixchel
Tylodinus jonesi
Tylodinus kissingeri
Tylodinus kuscheli
Tylodinus leoncortesi
Tylodinus lum
Tylodinus mutabilis
Tylodinus noctis
Tylodinus pappi
Tylodinus parvus
Tylodinus pinguis
Tylodinus porvenirensis
Tylodinus pseudocavicrus
Tylodinus pusillus
Tylodinus rufus
Tylodinus rugosus
Tylodinus sepulturaensis
Tylodinus spiniventris
Tylodinus triumforium
Tylodinus variabilis
Tylodinus wibmeri

Texte traduit de l’anglais.

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