Un clam minuscule vit dans des étangs à sec chaque été

De Shan Leung et James Darling

La sphaerie de Herrington, Sphaerium occidentale, est l’un des plus petits mollusques bivalves du Canada. Ce clam, qui ne mesure que 7 mm, est plus petit qu’un ongle.

C’est aussi le seul bivalve à vivre exclusivement dans les mares vernales, ces petits étangs temporaires qui se forment au printemps, mais sèchent au milieu ou à la fin de l’été. Pendant qu’elles existent, ces mares abritent plusieurs espèces amphibies ou résistantes à la sécheresse, comme des têtards, des salamandres, des larves d’insectes, des branchipes et des puces d’eau.

Cette mare se forme chaque printemps et disparaît chaque automne.

Cette mare se forme chaque printemps et disparaît chaque automne. Elle se trouve sur la propriété du Musée à Gatineau (secteur Aylmer), au Québec. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

Cette année, en qualité de stagiaires d’été, nous enfilons nos bottes de caoutchouc et nos vêtements à l’épreuve des moustiques et partons à la recherche de ces minuscules clams. Nous travaillons sur la propriété de 76 hectares où est situé l’édifice des collections et de la recherche du Musée. Nous accompagnons Noel Alfonso, ichtyologiste et chef du Programme de surveillance environnementale du Musée canadien de la nature, et André Martel, un des grands malacologues du pays.

Nous voulons estimer la densité de population de ce clam dans les mares vernales qu’on trouve sur le terrain du Musée canadien de la nature. Pour ce faire, on a divisé les plans d’eau en quadrats et on y a prélevé des échantillons. Selon les résultats préliminaires, on compterait 200 de ces petits animaux dans chaque mètre carré d’un plan d’eau, ce qui est énorme!

Noel Alfonso (à gauche), Shan Leung (au milieu) et James Darling examinent le fruit de leur collecte.

Noel Alfonso (à gauche), Shan Leung (au milieu) et James Darling examinent le fruit de leur collecte. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

La vie dans les mares vernales n’est pas de tout repos pour la sphaerie de Herrington. Elle doit d’abord survivre à l’assèchement annuel de son habitat. Pour ce faire, ce clam, qui est le plus amphibie des bivalves, passe la majeure partie de l’année enterré (bien que la boue dans laquelle il s’abrite puisse rester humide le reste de l’été).

Deuxièmement, les nouvelles générations doivent se disperser d’une manière ou d’une autre pour être en mesure de coloniser de nouvelles mares. Comment s’y prennent-elles? Cela demeure un mystère… Une explication possible : elles utilisent la voie des airs.

La sphaerie de Herrington n’a pas d’ailes, mais ses larves peuvent se promener à dos de canard ou d’autres espèces de sauvagine ou même sur un gros insecte. Une fois arrivée dans un nouveau plan d’eau, la larve devient adulte et peut, même si elle est seule, se reproduire de façon clonale (par un processus nommé parthénogénèse) et coloniser ainsi son nouvel habitat.

La sphaerie de Herrington, Sphaerium occidentale, à cinq étapes de développement. Elle peut vivre plusieurs années et hiverne donc plusieurs fois dans sa vie.

La sphaerie de Herrington, Sphaerium occidentale, à cinq étapes de développement. Elle peut vivre plusieurs années et hiverne donc plusieurs fois dans sa vie. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

Malgré tous leurs inconvénients, les mares vernales comportent au moins un avantage, et il est de taille : ces plans d’eau temporaires des zones tempérées n’abritent pas de poissons, qui sont les principaux prédateurs de ces mollusques. Ainsi, elles constituent un havre de paix pour les sphaeries de Herrington, qui y sont à l’abri de leurs pires ennemis.

Nous nous réjouissons à l’idée d’en apprendre davantage sur ces petits clams au cours de l’été!

Texte traduit de l’anglais.

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