Expédition dans l’Arctique : il faut s’adapter à tout, même aux glaces inattendues en juillet!

Dans l’Arctique, le climat dicte tout. Tout chercheur travaillant dans cette région aura une anecdote à raconter sur une intempérie qui a chamboulé ses plans, parfois de façon spectaculaire. C’est précisément ce qui s’est passé lors de notre expédition botanique dans l’Arctique en juillet.

En collaboration avec des collègues d’Environnement Canada, nous avions prévu de visiter plusieurs petites îles au nord de la baie d’Hudson pour y étudier les eiders et les plantes. Au début de juillet, nous devions quitter Cape Dorset, le village le plus près de la zone d’étude, pour parcourir ces îles en bateau. Mais pendant la majeure partie du mois de juillet, il a été impossible de naviguer autour de l’île Dorset et dans le nord du détroit d’Hudson en raison de la quantité excessive de glace.

Une barque et une motoneige reposent sur la glace de mer.

Une barque et une motoneige sur la glace au quai de Cape Dorset, sur l’île Dorset, au Nunavut. En raison du printemps et de l’été froids, la glace n’a pas fondu, empêchant les gens du coin et les scientifiques d’accéder aux camps d’été situés le long de la côte. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Comme il y a des plantes à étudier où qu’on se trouve dans l’Arctique, nous sommes en général capables de demeurer productifs malgré les aléas du climat. De fait, dans la plupart de nos expéditions précédentes, nous avons profité de ces moments pour collecter des plantes dans les localités qui nous servent de point de départ vers des destinations plus éloignées et c’est exactement ce que nous avons fait cette année. Une partie de notre mission consistait à collecter des plantes vasculaires sur l’île Dorset et l’île Malik voisine. Et nous avons eu amplement le temps de le faire en attendant que la glace fonde.

Vous pouvez voir le paysage de l’île Dorset ainsi que le sud de l’île de Baffin, où nous avons aussi collecté des plantes cet été. Le printemps et l’été froids ont retardé la fonte des glaces et l’apparition des plantes. Certaines d’entre elles commençaient à fleurir à la fin de notre saison de collecte en juillet. Vidéo : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Nous avons passé 13 jours à explorer la diversité botanique des environs de Cape Dorset et à collecter des plantes sous un ciel loin d’être estival. Les températures ont rarement excédé 5 oC, il restait beaucoup de neige en plusieurs endroits et un épais brouillard ou de la pluie nous accompagnait presque tous les jours.

Un homme portant un fusil en bandoulière et un sac à dos, devant un plan d’eau gelé et un village en arrière-plan.

Jeff Saarela dans le parc territorial Mallikjuaq, sur une île située en face de Cape Dorset. Les membres de l’équipe de botanique doivent s’équiper de fusils de chasse pour leur protection lorsqu’ils travaillent dans des régions fréquentées par les ours blancs. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

En raison des conditions peu favorables, la croissance des plantes était très en retard même pour cette région arctique. Beaucoup des fleurs les plus hâtives, comme la saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia), et les diverses espèces de saules arctique (Salix spp.) n’avaient pas commencé ou commençaient à peine à fleurir, ce qui représente un bon deux semaines de retard par rapport à la floraison normale selon les membres de la collectivité.

Des fleurs de saxifrage à feuilles opposées.

La saxifrage à feuilles opposées, Saxifraga oppositifolia, l’emblème floral du Nunavut, est une des premières plantes à fleurir dans l’Arctique. Cette année, en raison du printemps et de l’été froids, elle n’a fleuri qu’à la mi-juillet sur l’île Dorset, environ deux semaines plus tard qu’à l’habitude. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Pendant la première semaine, nous avons collecté des plantes dont la plupart étaient à un stade de croissance auquel on ne les collecte généralement pas et auquel les botanistes de terrain n’ont souvent pas l’occasion de les observer. Beaucoup des plants collectés présentaient des feuilles persistantes, les pédoncules des fleurs et les fruits de l’été précédent, ainsi que les boutons préformés l’été dernier à la base des plants qui se développeront cette année en pousses et en fleurs.

Ces boutons préformés constituent une adaptation à l’environnement extrême de l’Arctique, qui permet à la plante de se développer rapidement dès la fonte de la neige et les hausses de température. Au bout de deux semaines, le temps s’était légèrement réchauffé et la végétation reprenait vie, surtout sur les pentes exposées au sud qui recevaient plus de soleil.

Collage : des renoncules des neiges fleuries poussant sur un talus et un plan détaillé des fleurs.

La renoncule des neiges, Ranunculus nivalis, est une plante à floraison hâtive qui préfère les habitats humides et transformés, comme la bordure des routes ou les rives des ruisseaux. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

On collecte des plantes à l’île Dorset depuis près d’un siècle, le premier ayant été l’explorateur arctique Dewey Soper dans les années 1920. Toutefois, la flore de cette île n’a jusqu’à présent jamais fait l’objet d’une analyse et d’une publication scientifiques. Nous ne pouvions donc pas savoir si la collecte de plantes y était représentative de la diversité biologique de l’île. Grâce à nos travaux de terrain, nous pouvons maintenant établir que nos prédécesseurs avaient fait un inventaire exhaustif des plantes de la région.

Un homme collecte des plantes au milieu de collines arctiques portant des plaques de glace.

Jeff Saarela collecte des spécimens de plantes dans le parc territorial Mallikjuaq. Le parc est situé sur l’île Mallik, à côté de l’île Dorset, où nous habitions. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Les 310 nouvelles plantes collectées cette année viennent enrichir la collection et comprennent certaines espèces qui n’ont jamais été relevées dans l’île Dorset, dont des carex, Carex rupestris, C. rariflora et C. supina; des airelles, Vaccinium vitis-idaea; des diapensies, Diapensia lapponica; et des arméries arctiques, Armeria maritima.

Nous pourrons déterminer le nombre précis d’espèces connues de l’île après une étude minutieuse des nouvelles plantes recueillies et un examen des collections existantes. Une synthèse de toutes les données floristiques de la région fera l’objet d’une publication scientifique, qui constituera une nouvelle référence pour l’étude de la diversité végétale de l’île Dorset et les futures explorations de la région. Les plantes que nous avons collectées serviront aussi à notre projet de la Flore arctique du Canada et de l’Alaska.

Une dizaine de renoncules des neiges sont disposées sur une feuille de papier.

Des spécimens de renoncules des neiges, Ranunculus nivalis, prêts pour le pressage et le séchage. On traite ainsi toutes les plantes collectées sur le terrain afin d’obtenir des spécimens secs et plats. Ceux-ci seront ensuite conservés dans l’Herbier national du Canada, au Musée. Image : Roger Bull © Musée canadien de la nature

Bien que nous n’ayons pas fait ce que nous avions prévu de faire, nous avons tiré parti de la situation pour que notre expédition soit fructueuse. Et puis, il y a un avantage à collecter des plantes dans des conditions climatiques exécrable sous les 5 oC : il n’y a pas de moustiques!

Texte traduit de l’anglais.

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