Science citoyenne dirigée par le Musée canadien de la nature et Sentinelle Outaouais

Par Jacqueline Madill et Meaghan Murphy

Attention ! La moule zébrée pourrait se trouver tout près de vous. D’inquiétants signalements de cette espèce envahissante dans la rivière des Outaouais ont motivé la création d’un programme de surveillance citoyenne dans le bassin versant de l’Outaouais.

Une vingtaine de moules zébrées dans la paume d'une main.

Quelques moules zébrées prélevées dans la rivière des Outaouais au lac Deschênes. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

On a signalé à André Martel, Ph. D., du Musée canadien de la nature, la présence de moules zébrées (Dreissena polymorpha) dans un nouveau site de la rivière des Outaouais. Le chercheur a confirmé l’arrivée de cette moule envahissante au lac Deschênes sur les bateaux et les ancres. On espérait préserver de l’invasion ce secteur situé en amont d’Ottawa.

De nombreuses moules zébrées fixées à une grosse moule qui repose au fond de la rivière.

Vue sous-marine d’une moule indigène d’eau douce en train de succomber sous le poids des moules zébrées fixées sur elle. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

En réponse à cette découverte, Sentinelle Outaouais et le Musée canadien de la nature ont conjugué leurs efforts pour mettre au point un programme de surveillance de la moule zébrée destiné à des bénévoles qui résident le long de la rivière des Outaouais.

Groupe de personnes sur un quai sur la rivière.

Des citoyens-scientifiques fraîchement émoulus : les bénévoles qui surveilleront les populations de moules zébrées dans la rivière des Outaouais.

Le 10 juillet 2015 se tenait la séance de formation du programme de surveillance à l’Ottawa Rowing Club dans le cadre de la réunion annuelle de Sentinelle Outaouais sur la surveillance de la rivière. La chercheure du Musée Jacqueline Madill a appris à une quarantaine de bénévoles comment distinguer la moule zébrée de nos espèces indigènes d’eau douce et de mer et comment exécuter des relevés à partir des berges. Nos moules indigènes possèdent des caractéristiques qui sont importantes même si elles ne permettent pas de les identifier : les moules marines sont succulentes, tandis que celles d’eau douce sont d’excellents organismes de filtration de l’eau.

Deux femmes près de la rivière tenant un bloc de ciment.

Meaghan Murphey (à gauche), de Sentinelle Outaouais, et Jacqueline Madill du Musée tiennent un bloc de ciment destiné aux bénévoles. Image : Joe Ryan © Musée canadien de la nature

André Martel et Jacqueline Madill ont mis au point un collecteur de moules zébrées très simple, qui permettra de se faire une idée des modes de colonisation de cette espèce. Il s’agit tout bonnement d’immerger un bloc de ciment. À la fin de l’été, on compte le nombre de moules adultes qui s’y sont fixées. On peut ainsi établir des comparaisons entre plusieurs sites du bassin versant grâce à l’aide des nombreux volontaires. Un excellent exemple de science citoyenne !

La moule zébrée a fait son apparition dans les Grands Lacs en 1986 avec le ballast des navires venus d’Europe. Sa larve véligère flotte au gré des courants après le frai. Une femelle produit jusqu’à un million de larves en un seul été.

Une femme assise à une table tenant un spécimen.

Une femme assise à une table tenant un spécimen.

En deux ou trois semaines, les moules zébrées s’attachent par des fils soyeux, dont l’ensemble s’appelle byssus, à n’importe quel substrat, qu’il s’agisse d’une roche, de plastique, d’un coquillage et même d’une autre moule zébrée. Dans la rivière, les larves se déplacent dans une seule direction et les secteurs de la rivière des Outaouais situés en aval sont menacés.

Une moule de 1,5 mm et une autre de 5 mm.

Photographies au microscope montrant des moules zébrées nouvellement fixées à un substrat par leur byssus. Le spécimen de gauche a élu domicile sur un tampon à récurer (recouvert d’algues vertes). Celui de droite, plus vieux, se déplace sous la lame pendant qu’on l’observe au microscope. On peut discerner les fils blancs du byssus. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

Pour se propager en amont ou dans un autre cours d’eau, la moule zébrée a besoin de l’aide des humains. Et c’est là que nous intervenons. Cette moule voyage bien sur les bateaux, les remorques ou la végétation coincée dans les moteurs et elle peut survivre hors de l’eau pendant des jours. Il faut nettoyer tout ce qui peut transporter la moule zébrée d’un plan d’eau à un autre.

Grâce aux citoyens-scientifiques qui surveillent sa distribution et sa progression et à tous les gens qui nettoient leurs embarcations, on peut prévenir la progression de cette espèce envahissante en amont. Concentrons-nous sur les secteurs les plus menacés du bassin versant.

La vigilance est de mise, car nous ne disposons d’aucun moyen de se débarrasser de cette espèce indésirable une fois qu’elle est établie quelque part.

Texte traduit de l’anglais.

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2 commentaires pour Science citoyenne dirigée par le Musée canadien de la nature et Sentinelle Outaouais

  1. Par curiosité, qu’est-ce qui rend la moule zébrée si indésirable ? Merci !

    • nature dit :

      La moule zébrée ne constitue pas un problème dans son aire d’origine, dans le sud de la Russie. C’est le zoologue allemand Peter Simon Pallas qui le premier a décrit cette espèce en 1769 à partir de spécimens issus des fleuves Volga, Dniepr et Oural. Dans son habitat indigène, la moule zébrée a des prédateurs et des maladies qui régulent sa population.

      Le problème en Amérique du Nord, c’est qu’elle est envahissante et que sa population ne peut être maîtrisée. Une seule femelle peut produire jusqu’à un million de larves qui croissent à un rythme effarant, décimant des populations entières d’animaux d’eau douce, obstruant les conduits et autres structures que l’on construit. En Amérique du Nord, les mesures prises pour enrayer ce problème se sont révélées inefficaces.

      Voici quelques organisations d’Amérique du Nord qui ont suivi la progression de la moule zébrée et ses effets dans certaines régions :
      http://www.noaa.gov/features/earthobs_0508/zebra.html (en anglais seulement)
      http://nature.ca/fr/recherche-collections/scientifiques/andre-martel
      http://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/especes/envahissantes/moule-zebree.jsp
      http://www.rpq.ca/nouvelles/la-menace-de-la-moule-zebree/
      Et voici la publication scientifique la plus récente de A. L. Martel, Ph. D., et de son équipe. D’autres suivront très bientôt.
      Martel, A. L., Pathy, D. A., Madill, J. B., Renaud, C. B., Dean, S. L. et S.J. Kerr (2001). Decline and regional extirpation of freshwater mussels (Unionidae) in a small river system invaded by Dreissena polymorpha: the Rideau River, 1993-2000. Revue canadienne de zoologie 79 : 2181-2191. (En anglais seulement)

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