Un album botanique de Catharine Parr Traill en voie de restauration

Dans un musée, les spécialistes de la restauration ont la chance de travailler avec toutes sortes d’objets et d’artéfacts. Ils les préparent en vue de leur exposition ou réparent les dommages dus à l’usure du temps. Cet automne, j’ai eu le grand plaisir de réaliser les travaux de restauration d’un album botanique de Catharine Parr Traill.

L’Herbier national du Canada qu’héberge le Musée canadien de la nature contient la plus grande collection d’albums de Catharine Parr Traill. Riche de centaines de spécimens botaniques, cette collection donne un condensé des plantes ayant existé au XIXe siècle et figure parmi les plus anciennes du Musée.

Une photo ancienne de Catharine Parr Traill avec, en dessous, des salutations écrites de sa main.

Catharine Parr Traill, pionnière et botaniste de la première heure, a quitté son Angleterre natale pour le Canada en 1832. Elle s’est éteinte en 1899 à Lakefield, en Ontario, à l’âge de 97 ans. Image : © Domaine public

Ces albums ont suscité un vif intérêt ces dernières années quand on a réévalué le rôle historique de Catharine Parr Traill en tant que scientifique et pionnière. Le livre Sisters in the Wilderness écrit par Charlotte Grey a aussi fait connaître au grand public les deux sœurs, Catharine Parr Traill et Susanna Moodie, et leur incroyable histoire où se mêlent science et survie.

Pour moi, cette collection a une résonnance toute personnelle, puisque j’ai effectué mes études postsecondaires à l’université Trent et au collège Fleming de Peterborough, en Ontario, au cœur même de la contrée de ces deux femmes d’exception. Dans mes jeunes années, mes lectures sur les deux soeurs ont alimenté ma passion pour le monde naturel.

Préservation des albums et des herbiers centenaires
Les albums et les herbiers de Catharine Parr Traill ont attiré l’attention du service de restauration au cours des dernières années en raison de leur extrême fragilité et du danger de détérioration qui les menaçait à chaque fois qu’on les consultait. Certains spécimens se détachaient, tandis que d’autres subissaient une pression de la reliure lorsqu’on tournait les pages, ce qui risquait de les abîmer. Le service de restauration du Musée canadien de la nature a donc entrepris un projet de longue haleine consistant à stabiliser ces précieux documents afin qu’on puisse les consulter et les étudier sans risque.

Le personnel a cerné les besoins de la collection et élaboré un protocole de restauration. Comme il s’agissait d’un travail long mais pas très compliqué pour des spécialistes, il a été décidé de confier le traitement des herbiers et des albums à des étudiants en restauration qui, comme moi, effectuent un stage dans le cadre de leur programme de formation.

Collage : une page d’un herbier avant et après un traitement de conservation.

Une page d’un album de Catharine Parr Traill avant et après restauration. Image: Erika Range © Musée canadien de la nature

En tant que stagiaire, j’ai été chargée du nettoyage et de la réfection des pages ainsi que de la stabilisation des spécimens afin que les livres puissent être manipulés sans inconvénient. Il existe aussi un projet de numérisation de la collection : l’éventuelle diffusion en ligne de photographies de haute résolution permettrait en effet de rendre la collection plus accessible tout en minimisant la manipulation des originaux et donc leur détérioration.

Pour restaurer ces documents, il faut évaluer soigneusement les opérations requises pour stabiliser chacune des pages. Les travaux de restauration doivent toujours être réversibles au cas où on trouverait de meilleures solutions dans l’avenir. Cela signifie qu’il faut faire d’innombrables essais en vue de parvenir à la combinaison d’adhésifs et de matériaux qui convient le mieux aux besoins.

J’ai ainsi beaucoup travaillé pour obtenir la formule d’adhésif fournissant la juste quantité de solidité sans endommager le spécimen. Nous utilisons un produit contenant 4 % de méthylcellulose pour coller les feuilles qui se soulèvent et de petites bandes de papier pour les tiges. Ces bandelettes ne mesurent que de 1 à 1,5 mm de largeur!

Collage d’images : des adhésifs en pot et des bandelettes de papier japonais sur table; des spécimens d’herbier renforcés vus en plan détaillé.

Le matériel utilisé durant mes tests sur les adhésifs et les papiers japonais (en haut) et, en plan rapproché, les nouvelles bandelettes qui retiennent les spécimens dans les pages des albums. Images : Erika Range © Musée canadien de la nature

On les fabrique en enduisant un papier japonais d’adhésif spécial qui peut être réactivé avec de l’éthanol une fois sec. On découpe ensuite les lanières quand le papier a séché, puis on les réactive avec de l’éthanol juste avant de les coller sur la page. L’éthanol permet de limiter la quantité d’eau introduite, car elle pourrait laisser des marques sur le vieux papier ou l’endommager. On parvient ainsi à améliorer à la fois la stabilité du document et son aspect esthétique.

Rencontre des descendants de Catharine Parr Traill
Une des plus belles journées de cet automne a été l’accueil de la famille du petit-petit-petit-neveu de Catharine Parr Traill au Musée canadien de la nature. Il est rare que les restaurateurs aient l’occasion de rencontrer les créateurs des objets qu’ils tentent de préserver, aussi la rencontre des descendants de Catharine Parr Traill a-t-elle été un moment précieux.

Des personnes examinent un livre ouvert sur une table.

Des descendants de Catharine Parr Traill ont visité les collections du Musée canadien de la nature cet automne. J’ai pu leur montrer le travail de conservation effectué sur les albums de leur aïeule. Image : Dan Smythe © Musée canadien de la nature

Les membres de la famille sont venus au Musée pour voir nos albums ainsi que la première édition de Canadian Wildflowers, conservée dans la collection des livres rares. Ils ont offert au Musée canadien de la nature l’histoire familiale qu’ils avaient compilée.

Dans le cadre de la visite, je leur ai présenté mon travail de restauration visant la stabilisation des albums. Ils étaient heureux de lire les inscriptions manuscrites de leur ancêtre et ont apprécié nos efforts en vue de préserver ce patrimoine. Ce fut un moment très émouvant dont je me souviendrai longtemps.

Texte traduit de l’anglais.

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