Des poissons et des hommes…une étude de poissons fossiles en Éthiopie

Personne ne sera étonné d’apprendre que ce musée connaît ses poissons. Avec des experts comme Brian Coad et Noel Alfonso, et des collections mondialement réputées, l’ichtyologie se porte très bien ici au musée. Pour certains d’entre nous, toutefois, le perfectionnement de nos connaissances sur nos amis aquatiques est une entreprise plus récente.

Ce qui explique pourquoi je me retrouve à écrire ce blogue à Addis-Abeba, après une semaine de recherches au Musée national d’Éthiopie. Je suis en Afrique de l’Est pour étudier des poissons vieux de 3 à 4 millions d’années associés à certains des premiers ancêtres humains.

Le terrain principal du Musée national d’Éthiopie dans la capitale d’Addis-Abeba.

Le terrain principal du Musée national d’Éthiopie dans la capitale d’Addis-Abeba. Le bâtiment jaune à gauche renferme l’entrée au bâtiment principal de la recherche et des collections où tous nos travaux ont été effectués. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Une mosaïque au-dessus de l’entrée principale du Musée national d’Éthiopie.

Au-dessus de l’entrée principale du Musée national d’Éthiopie se trouve une magnifique mosaïque représentant des objets qui reflètent le patrimoine national, dont les os de Lucy au centre. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

En tant que spécialiste en zooarchéologie, je tente de comprendre comment les gens interagissaient avec les animaux dans le passé. J’analyse les os trouvés sur des sites archéologiques pour découvrir des indices sur la nature de la relation homme-animal. Dans des billets antérieurs, j’ai parlé de mon travail en Syrie et de mon souhait de réintroduire la recherche en zooarchéologie au Musée canadien de la nature.

En Syrie, j’ai exploré les façons dont la gestion des ressources animales—la viande, le lait, la laine—a évolué du cinquième au troisième millénaire av. J.-C. Cette période de temps comprend l’émergence des premiers centres urbains du monde. Une économie de plus en plus complexe axée sur les denrées animales était l’un de plusieurs facteurs qui ont contribué à l’essor et au succès des villes.

La plupart des os d’animaux que j’ai identifiés en Syrie, cependant, appartenaient à des mammifères. Comment en sommes-nous arrivés à parler de poissons? Eh bien, avec la situation politique qui a cours actuellement en Syrie, il n’est plus possible d’y faire des recherches sur le terrain et j’ai dû me trouver une autre piste de recherche.

Scott Rufolo assis à une table, examinant des poissons fossiles.

Le Musée national d’Éthiopie a terminé la construction d’une nouvelle installation d’entreposage et de recherche en 2010. Je me trouve ici dans l’une des salles d’étude, pour étudier les poissons fossiles. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

C’est là que Kathlyn Stewart, directrice de la section de paléobiologie du musée et experte en poissons fossiles, a fait son entrée en scène. Elle m’a fait une offre que je ne pouvais refuser : la rejoindre pour un projet sur les poissons fossiles en Afrique de l’Est. Me voici donc en Éthiopie, après plusieurs mois de préparation à me renseigner sur la structure squelettique et l’histoire évolutionnaire des poissons.

Dans le cadre d’une collaboration avec Alison Murray de l’Université de l’Alberta, j’ai examiné des fossiles de poissons-chats et de ménés récupérés de plusieurs sites situés dans le bassin de la rivière Awash en Éthiopie orientale. Nous avons traité plus de 700 spécimens et nous croyons même avoir identifié une voire deux nouvelles espèces. Même si ce n’est pas à proprement parler un projet zooarchéologique, il a une pertinence particulière sur le plan humain.

Des amoncellements de poissons fossiles sur une table.

De nombreux poissons fossiles sont de petits fragments qui doivent être triés. Dans cette photo, on voit le contenu d’un grand sac de restes fragmentaires partiellement triés en matières identifiables et non identifiables. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Ces poissons fossiles ont jadis partagé le paysage avec les premiers hominidés, la famille de primates à laquelle appartient la célèbre Lucy (Australopithecus afarensis) et toute sa parenté, y compris les humains modernes dont nous sommes. Les poissons fossiles révèlent beaucoup de choses sur les cours d’eau et l’environnement de l’ancien temps, fournissant davantage de détails sur le monde dans lequel nos ancêtres vivaient.

(à gauche) Vitrine avec les restes du squelette de Lucy. (à droite) La mâchoire et du crâne partiel de Lucy.

Vitrine au Musée national d’Éthiopie avec les restes du squelette de Lucy, un membre de l’espèce des premiers hominidés Australopithecus afarensis remontant à 3,2 millions d’années. Longtemps considéré comme l’ancêtre de la lignée humaine moderne, A. afarensis parcourait ce qui est maintenant l’Éthiopie, le Kenya et la Tanzanie il y a entre 3,6 et 3,0 millions d’années. En bas à gauche: gros plan de la mâchoire et du crâne partiel de Lucy.
Images : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

En un sens, je suis donc passé à l’observation des débuts de la relation humaine avec les poissons. Historiquement les humains ont depuis longtemps établi un rapport avec les animaux à nageoire qui habitent les eaux de la Terre, d’abord comme voisins dans un milieu sauvage, puis dans un ensemble complexe d’interactions qu’on connaît aujourd’hui (les poissons comme animaux de compagnie, nourriture, activité récréative, etc.).

Les premiers hominidés ont certainement vu des poissons au cours de leur vie. Nul doute que ceux-ci ont été rapidement considérés comme une source de nourriture. Or qu’en savons-nous exactement?

Une vitrine avec un crâne partiel d’un des premiers hominidés.

Lucy, découverte en 1972 à Hadar dans la région d’Afar en Éthiopie, n’est aucunement le seul fossile représentatif de son espèce. Au centre de cette vitrine, on peut voir une réplique du crâne partiel de Selam, souvent appelé le « premier enfant ». Découverte au sud d’Hadar sur le site de Dikika en 2000, Selam est morte à l’âge de trois ans, et ses restes sont toujours à l’étude. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Exactement à quel moment nos ancêtres ont commencé à manger du poisson régulièrement fait l’objet d’un vif débat, dont je discuterai dans mon prochain billet. Je pars maintenant pour le Kenya pour étudier d’autres poissons fossiles, alors rendez-vous à Nairobi!

L’épine de nageoire d’un poisson-chat fossile.

Les restes de poissons sont parfois petits, mais n’en demeurent pas moins distinctifs. Voici une épine de nageoire pectorale de Clarias, un genre de poisson-chat répandu dans les fossiles est-africains. On peut voir la surface articulaire à gauche, où l’épine se rattache au corps, ainsi que les vives dentelures qui ornent la surface externe. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Texte traduit de l’anglais.

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