Matière à réflexion : les fossiles de poissons et l’évolution du cerveau humain

Je me trouve au Kenya où je poursuis mon étude sur les poissons fossiles. Comme je l’ai écrit dans mon billet précédent de l’Éthiopie, l’étude des poissons fossiles de l’Afrique de l’Est est très révélatrice de la nature de l’environnement dans lequel vivaient nos ancêtres humains les plus reculés.

Entrée du Nairobi National Museum, qui comprend une cour intérieure et une sculpture à l’avant.

Entrée principale du Nairobi National Museum. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

En connaissant les préférences d’habitat des espèces qu’on trouve dans les restes fossiles, on peut reconstituer les types de lacs, de rivières, de ruisseaux et d’autres cours d’eau qui parsemaient jadis la corne de l’Afrique il y a 2 à 4 millions d’années.

Ces fossiles pourraient également révéler jusqu’où remonte l’exploitation du poisson comme ressource chez les Hominines. Les Hominines forment un groupe qui comprend les humains modernes ainsi que tous nos plus proches parents, à la suite de la scission évolutionnaire qui s’est produite entre les chimpanzés et les humains il y a plus de 7 millions d’années.

Le tête d’un poisson monté sur un mur.

Tête d’une perche du Nil (Lates niloticus) montée au Musée d’histoire naturelle d’Addis Abeba en Éthiopie. Ces poissons peuvent atteindre une taille assez importante, allant jusqu’à 2 mètres de longueur, et sont toujours consommés de nos jours dans de nombreux pays. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Je me trouve actuellement au Nairobi National Museum, le musée phare des musées nationaux du Kenya. J’ai passé une semaine à examiner des fossiles de poissons collectés en 2014 au site de Kanapoi, situé au sud du lac Turkana dans le nord-ouest du Kenya.

Vue des arbres dans une cour intérieure, entourée d’un bâtiment aux murs blancs.

Une cour intérieure de la Direction de la recherche et des collections au Nairobi National Museum. Les fossiles de poissons font partie des collections paléontologiques conservées au troisième étage, surplombant cette cour. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Âgés d’un peu plus de 4 millions d’années, ces fossiles sont antérieurs d’au moins 1,5 million d’années à l’apparition du plus ancien membre de notre genre. Comme on peut le constater par les photos présentées ici, ces fossiles représentent un assemblage diversifié qui est très intéressant, ne serait-ce que du point de vue paléontologique. Quelle est leur pertinence pour l’évolution humaine?

Des os de poisons fossiles.

(À gauche) Fragments de crâne d’un membre du genre des poissons-chats Clarotes. La texture distinctive sur la surface extérieure est caractéristique de ce type de poisson-chat, qui est toujours représenté par deux espèces modernes en Afrique. (À droite) Vertèbres de la perche du Nil (Lates niloticus), une espèce de poisson encore présente dans les eaux de l’Afrique de l’Est. Images: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Dans le domaine de la paléoanthropologie, le moment où nos ancêtres ont commencé à consommer du poisson et d’autres animaux aquatiques comme source de nourriture fait l’objet d’un débat de longue date. Jusqu’à récemment, des preuves solides de la consommation de poissons par l’homme ne remontaient pas au-delà de 50 000 années; la pêche active à une échelle le moindrement appréciable n’est bien documentée dans les vestiges archéologiques que depuis les derniers 10 000 ans.

Des dents de poisons fossiles.

(À gauche) Les dents de poissons fossiles sont parmi les éléments les plus utiles pour établir un diagnostic. Les dents qu’on voit ici sont celles de Gymnarchus, un genre de poisson représenté aujourd’hui par le poisson-couteau africain. (À droite) Ces dents en forme de lames appartiennent à une espèce du genre Hydrocynus qui est un parent des poissons-tigres africains modernes. Ces espèces modernes sont célèbres pour leur férocité et ont été observées en train de sauter hors de l’eau pour attraper des oiseaux en plein vol. Images: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

En 2014, cependant, une étude a fourni des preuves de la capture et de la consommation de poissons et de tortues sur le site kenyan de Koobi Fora, qui remonte à environ 1,95 million d’années.

Dans les études paléoanthropologiques, on propose que l’intégration du poisson dans l’alimentation des premiers homininés soit à l’origine de la tendance évolutionnaire vers l’agrandissement du cerveau qui caractérise la lignée humaine. Ceci s’explique en partie par le fait que le poisson est riche en acide docosahexanoïque, une substance qui joue un rôle important dans la chimie et le fonctionnement du cerveau.

Un village traditional de Kenya.

Un village luo dans les « Bomas of Kenya », un musée extérieur où des représentants des tribus du Kenya ont construit des bâtiments selon les conceptions traditionnelles. L’enclos sert à confiner le bétail pendant la nuit. Mon guide, un membre de la tribu Kikuyu, m’a affirmé que les Luos sont connus pour produire les gens les plus intelligents du Kenya, ce qu’il attribue à leur régime de poisson! Les Luos habitent sur les berges du lac Victoria et sont une des quelques tribus qui incluent le poisson régulièrement dans leur alimentation. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Le rôle et les effets du poisson dans l’alimentation des premiers Hominines demeurent l’objet d’un vif débat, mais toute preuve d’une consommation précoce de poissons par des ancêtres humains aidera à compléter les pièces du puzzle. Le matériel que j’ai étudié cette année ne fournit pas une telle preuve. À l’avenir, toutefois, nous serons peut-être en mesure de cibler des sites susceptibles de nous fournir les indices nécessaires.

Entre-temps, l’analyse complète des données que j’ai recueillies au cours des dernières semaines va me tenir occupé et je vous tiendrai au courant des résultats dans un autre billet sous peu.

Texte traduit de l’anglais.

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