Le Musée canadien de la nature comme pôle d’information sur les espèces rares

Bien des chemins dans l’identification et la protection d’espèces canadiennes en voie de disparition mènent au Musée canadien de la nature. Certains jours, le carrefour devient très achalandé! Une des principales raisons de cette situation est les nombreux liens qui unissent le musée au Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (ou COSEPAC).

Vous avez peut-être déjà entendu parler du travail du COSEPAC sans le savoir. Environ deux fois par année, des histoires sont relayées par les médias à propos des plus récentes espèces à figurer sur la liste des espèces menacées ou en voie de disparition au Canada, signalant ainsi que le COSEPAC a évalué un autre lot d’espèces sauvages.

Jennifer Doubt observe l’image grossie d’une plante à l’écran.

Jennifer Doubt, la conservatrice en botanique du musée, examine une plante dans le laboratoire de botanique du musée. Doubt, une spécialiste des mousses et des bryophytes, partage son expertise à titre de membre du COSEPAC. Image: Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

D’un commun accord, les spécialistes du comité décident d’abord quelles espèces sont les plus susceptibles d’être en voie de disparition. Ensuite, une fois que les meilleurs renseignements disponibles sur ces espèces ont été compilés, ils appliquent des critères spécifiques pour évaluer l’état de l’espèce (p. ex. disparue, en voie de disparition, non en péril), conformément à la Loi canadienne sur les espèces en péril.

Trois caribous de Peary dans la toundra.

À la réunion du COSEPAC de l’automne 2015, le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi) a été reclassé comme « menacée » en raison de préoccupations incessantes sur le bien-être futur de l’animal. Image : © Musée canadien de la nature.

Quel est le rôle joué par le musée dans cette démarche? Pour commencer, le Musée canadien de la nature est l’un des partenaires fondateurs. Certains de ses scientifiques ont été des pionniers du COSEPAC et se sont impliqués à fond dans son organisation avant même la première réunion formelle en 1978.

Par ailleurs, les collections d’histoire naturelle comme la nôtre fournissent des données probantes sur la répartition d’espèces particulières vivant à des endroits et à des périodes spécifiques. Les chercheurs à la recherche de nouveaux renseignements sur des espèces rares comparent souvent l’état actuel de la situation avec celle du passé, en ayant recours aux données de l’histoire et des collections. Donc, parmi les visites et les demandes que nous, en tant que conservateurs de musée, accueillons chaque jour, il y a celles provenant d’enquêteurs sur les espèces rares : des chercheurs à la recherche d’indices.

Un homme dans un ruisseau tenant un équipement de pêche électrique.

Le scientifique du musée Claude Renaud, un expert en lamproies, a agi à titre de représentant sur le COSEPAC. Il a compté sur son expertise pour rédiger un rapport sur l’état de la lamproie brune. Renaud était coprésident du sous-comité sur les poissons d’eau douce pour le COSEPAC de 1999 à 2007. Image: Noel Alfonso
© Musée canadien de la nature.

Comme récompense à leurs travaux d’enquête, ces chercheurs obtiennent de nouvelles informations. Dans le cas du COSEPAC, cette information se retrouve dans un « rapport de situation » qui résume les connaissances sur l’espèce et les menaces à sa pérennité. Cette information peut provenir de découvertes sur le terrain, de collections, de publications ou de conversations avec divers experts. Les auteurs de ces rapports de situation sont des étudiants de 2e cycle, des experts amateurs, des universitaires, des scientifiques du gouvernement…et des experts de musée comme les nôtres.

Deux hommes regardent une carte dans une petite embarcation.

Le biologiste du musée André Martel (à droite) et Mark Graham, vice-président, Recherches, étudient une carte de la rivière des Outaouais en 2014. Ils repéraient un site de plongée pour dénicher des populations d’obovaries olivâtres (Obovaria olivaria), une espèce ajoutée récemment à la liste des espèces en voie de disparition par le COSEPAC. Image : Jacqueline Madill © Musée canadien de la nature. En mortaise : Très peu de gens ont la chance de voir l’obovarie olivâtre dans son habitat comme on la voit ici : partiellement enfouie dans le sable de la rivière des Outaouais. Image: André Martel © Canadian Museum of Nature.

Les experts du musée siègent également sur les sous-comités de spécialistes des espèces du COSEPAC (SSE). Les membres du sous-comité aident à identifier et à proposer des espèces pour évaluation et à rédiger avec un soin minutieux les rapports de situation. Il y a dix sous-comités portant sur les arthropodes, les mammifères marins, les oiseaux, les plantes, etc.

On dénombre 31 votes autour de la table du COSEPAC, et chaque vote peut être partagé par jusqu’à deux spécialistes. Quand vient enfin le temps de se rencontrer — habituellement deux fois par année — pour discuter des données dans les rapports de situation et les appliquer, la table est bien encombrée! Même si les membres du COSEPAC appartiennent parfois à des organismes provinciaux ou territoriaux de protection de la faune, des entités fédérales (comme notre musée) ou d’autres groupes, personne ne représente formellement une organisation ou région. Le COSEPAC est chargé de fournir des conseils impartiaux : ne sont permises que les interprétations objectives des preuves et du cadre d’évaluation.

Une photo d’un groupe d’environ 30 personnes dehors sur une plage.

En mai 2002, les spécialistes du COSEPAC (y compris les scientifiques Claude Renaud et Lynn Gillespie et l’associé de recherche Eric Haber du musée) se sont réunis pour la réunion du 25e anniversaire à White Point Beach Resort en Nouvelle-Écosse. © Musée canadien de la nature.

Deux spécialistes du Musée canadien de la nature partagent un vote à la table du COSEPAC. Actuellement, il s’agit de Bob Anderson, Ph. D., notre zoologiste qui dirige le Centre de découverte et d’étude des espèces du Musée, et moi, la conservatrice en botanique. Lorsque nos mandats seront échus, d’autres experts du musée auront leur tour. C’est un travail exigeant, comme il se doit pour toute décision importante. Et chaque minute qu’on y consacre en vaut vraiment la peine!

Dans un blogue ultérieur, je vous raconterai l’histoire d’une espèce rare fascinante sous le radar du COSEPAC : la tortule méridionale.

Texte traduit de l’anglais.

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