Des plantes nordiques dans la capitale : la tourbière de la Mer Bleue

Pas moyen d’échapper au soleil sur les passerelles de la tourbière de la Mer Bleue. Le feuillage des bouleaux à papier et des mélèzes rabougris n’offre pas beaucoup d’ombre. Aussi j’avoue que je m’inquiétais un peu quand on m’a demandé de diriger une excursion de botanistes amateurs, les Field Botanists of Ontario, par un chaud et humide samedi de mai, alors que la température devait atteindre un sommet de 31 °C.

Mes inquiétudes se révélèrent tout à fait infondées : les participants n’en étaient pas à leur première sortie et se sont présentés bien équipés pour passer la journée au soleil. Ils ont bien profité de leur promenade, décidés qu’ils étaient à braver la chaleur pour découvrir les plantes uniques en leur genre de la Mer Bleue, dont beaucoup ne se rencontrent normalement que dans la forêt boréale et certaines, en Arctique.

Une tourbière.

Située dans la Ceinture de verdure d’Ottawa, la tourbière de la Mer Bleue figure parmi les zones humides d’importance internationale en vertu de la Convention de Ramsar. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

La Mer Bleue est une grande tourbière située à l’extrémité est d’Ottawa. C’est mon site favori quand je souhaite un dépaysement botanique. L’aire de conservation autour de la tourbière est sillonnée de sentiers qui traversent des forêts d’érables (Acer sp.) et de peupliers faux-trembles (Populus sp.) et des vieilles plantations de pins rouges (Pinus resinosa). Une passerelle conduit les visiteurs au cœur de la tourbière. C’est dans ce milieu acide, semblable aux environnements du Nord, comme ceux de la baie d’Hudson, que l’on peut admirer les plantes nordiques.

Collage : un rossilis à feuilles rondes, la tête d’un mélèze, une aronie à fruit noir en fleurs.

Les plantes de la Mer Bleue offrent une vaste variété de formes et de tailles, comme le rossolis à feuilles rondes, Drosera rotundifolia (en haut à gauche), les grands mélèzes laricins, Larix laricina (à droite) dressés telles des sentinelles au-dessus des buttes, ou les taches colorées de l’aronie à fruit noir, Aronia melanocarpa (en bas à gauche). Images : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Dans la tourbière, l’épinette noire, Picea mariana, et les landes (des buissons faisant partie de la famille du bleuet) sont communes, mais ce sont les sphaignes, Sphagnum sp., et d’autres espèces de mousse qui dominent le paysage bosselé de monticules.

Collage : images de sphaigne et de mousses (aulacomnie et polytric commun).

Les sphaignes, Sphagnum sp. (en haut à droite) jouent un rôle de premier plan dans l’écosystème des tourbières, mais il existe un éventail d’autres mousses à la Mer Bleue, notamment l’aulacomnie, Aulacomnium sp. (en bas à droite) et le polytric commun, Polytrichum commune (à gauche). Images : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

La linaigrette dense, Eriophorum vaginatum, évoque les cariçaies arctiques tandis que l’andromède glauque, qui porte de délicates fleurs roses, a récemment été découverte pour la toute première fois dans l’archipel arctique du Canada. (Ces liens mènent à des sites en anglais.)

Collage : fleurs de lignettes denses, carex oligosperme, carex maigre.

Les carex (famille des cypéracées) sont communs sur les buttes – les monticules secs à l’intérieur de la tourbière – de la Mer Bleue. Notre groupe a pu observer : la linaigrette dense, Eriophorum vaginatum (en haut à gauche), le carex oligosperme, Carex oligosperma (à droite) et le carex maigre, Carex exilis (en bas à gauche). Images : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Collage d’images de fleurs : andromède glauque, cassandre caliculé, bleuet du Canada.

Les plantes de la famille des bleuets (les éricacées), que l’on voit ici, se sont adaptées aux milieux acides, comme les tourbières. Parmi les espèces communes à la Mer Bleue figurent l’andromède glauque, Andromeda polifolia (en haut à gauche), le cassandre caliculé, Chamaedaphe calyculata (en haut à droite) et le bleuet du Canada ou bleuet fausse-myrtille, Vaccinium myrtilloides. Images : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

La Mer Bleue est un site exceptionnel de la capitale nationale et un trésor botanique de la région. La prochaine fois que vous êtes dans les environs et avez envie d’une petite excursion nordique, imitez nos intrépides botanistes et visitez la tourbière.

Une étendue de quenouilles.

Les quenouilles à feuilles larges, Typha latifolia, sont nombreuses dans les plans d’eau autour de la tourbière. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Des petits champignons parmi des débris végétaux.

Les champignons orange fluorescents, Mitrula sp., ponctuent les zones humides de la tourbière de la Mer Bleue. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Merci à Scott Redhead pour l’identification du champignon Mitrula et à Cassie Robillard pour son aide (et son enthousiasme) concernant les mousses.

Texte traduit de l’anglais.

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