Formidables dinosaures : À problème semblable, solution semblable

Dans mon dernier billet, je vous parlais de l’arrivée prochaine de Formidables dinosaures au Musée canadien de la nature. Aujourd’hui, c’est avec plaisir que je vous annonce l’ouverture de cette exposition itinérante, qui restera à l’affiche du 11 juin au 5 septembre 2016.

Cette exposition présente des dinosaures de l’hémisphère Sud, dont beaucoup apparaîtront étranges à nos yeux de Nord-Américains. Il y a 145 millions d’années, au cours du Jurassique, l’ancien supercontinent de la Pangée se fractura en deux pour former la Laurasie au nord et le Gondwana au sud. Formidables Dinosaures raconte l’évolution des dinosaures du Gondwana, alors que ce supercontinent continuait de se fragmenter en ce qui est aujourd’hui l’Amérique du Sud, l’Afrique, Madagascar, l’Australie et l’Antarctique. Pendant les 80 millions d’années qui ont suivi, les populations de dinosaures se sont isolées de plus en plus à mesure que les diverses masses dérivaient, de sorte que leur évolution a pris des avenues fort différentes.

Illustration de la Terre présentant les continents rapprochés l’un de l’autre.

La carte de la Terre telle qu’elle était il y a 150 millions d’années, alors que la Laurasie et le Gondwana commençaient à se séparer. Image : © Ron Blakey et Colorado Plateau Geosystems, Inc.

Cette situation a fait en sorte qu’un vaste éventail de créatures arborant une diversité inimaginable de traits adaptatifs les plus bizarres a vu le jour. Pour autant, il existe tout de même des analogies entre ces formes méridionales et celles d’Amérique du Nord. Dans de nombreux cas, des animaux au lien de parenté éloigné ont une apparence semblable dans les deux moitiés du globe, un peu comme les loups placentaires d’Amérique du Nord et les loups marsupiaux australiens de l’ère moderne.

Prenons par exemple l’Austroraptor sud-américain et l’Utahraptor nord-américain. Les deux sont aussi massifs qu’un gros ours, pourtant leur grande taille est apparue au fil de l’évolution de façon indépendante, peut-être en réponse à la présence de proies de plus en plus grosses sur les deux continents. Leur ancêtre commun le plus ancien avait la taille d’un chien, rien donc de très terrifiant. Mais de par leur grande taille, leur rapidité et leurs griffes de tueurs, Austroraptor et Utahraptor étaient sans doute redoutés à leur époque (et peut-être encore un peu aujourd’hui!).

Collage de deux photos de squelettes de dinosaures.

Austroraptor (à gauche) et Utahraptor (à droite) sont des dinosaures de type raptor ayant un lien de parenté éloigné, pourtant ils ont tous deux acquis une taille imposante de façon totalement indépendante. Images : Jordan Mallon, Jim Kirkland © Musée canadien de la nature

Un autre exemple de convergence évolutive est le cas du tyrannosauridé nord-américain Daspletosaurus et de l’abélisauridé sud-américain Carnotaurus. Ces deux prédateurs étaient immenses (plus de 9 m de longueur), avaient d’énormes crânes renforcés pour mordre les proies et de minuscules membres avant. De fait, leurs bras sont si petits que beaucoup de paléontologues pensent qu’ils n’avaient aucune utilité. Il semble que, de façon indépendante, ces deux prédateurs aient concentré leur force de frappe dans leur crâne et que les bras qui leur servaient autrefois à saisir les proies aient fini par s’atrophier en raison de leur inactivité. Utilise tes membres ou perd-les!

Collage de deux photos de squelettes de dinosaures.

Carnotaurus (à gauche) et Daspletosaurus (CMNFV 8605, à droite) vivaient à des milliers de kilomètres et des millions d’années l’un de l’autre, mais ces deux dinosaures sont parvenus, au fil de l’évolution, à une structure anatomique convergente avec un crâne énorme et des bras atrophiés. Images : Jordan Mallon © Musée canadien de la nature

Examinons finalement le cas de l’hadrosauridé nord-américain Edmontosaurus et du sauropode sud-américain Nigersaurus. Appartenant à des branches éloignées de la famille des dinosaures, ces deux animaux ne se ressemblent guère. Mais à y regarder de plus près, ils possèdent tous les deux un museau extraordinairement large qui leur permet de brouter des plantes basses. Dans le cas d’Edmontosaurus, le museau est un bec corné alors que, chez Nigersaurus, c’est un ensemble de dents droites en forme de crayon. Avec leur face pointée vers le sol, ces deux herbivores pouvaient facilement raser de vastes étendues d’herbe en un rien de temps, ce qui constitue certainement un avantage adaptatif appréciable étant donné le corps énorme qu’ils devaient nourrir.

Collage de deux photos de crânes de dinosaures.

Un même comportement alimentaire qui consistait à brouter des herbes basses a conduit à l’apparition, de façon indépendante, d’un museau carré à la fois chez le sauropode Nigersaurus (à gauche) et chez l’hadrosauridé Edmontosaurus (CMNFV 2288, à droite). Images : Jordan Mallon © Musée canadien de la nature

Voilà une exposition tout à fait exceptionnelle ! Vous ne pourrez, nulle part ailleurs dans l’hémisphère Nord, admirer une telle collection d’animaux étranges. Si vous vous trouvez dans l’Outaouais cet été, ne manquez surtout pas Formidables dinosaures. Il vous faudra peut-être attendre encore une ère géologique avant de revoir pareil spectacle.

Texte traduit de l’anglais.

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