Un p’tit mammouth, ça trompe, ça trompe, Deux gros mammouths, ça trompe énormément

Avec l’ouverture récente des Jardins des paysages du Canada dans la cour du Musée, les visiteurs du Musée canadien de la nature peuvent découvrir quelques communautés de plantes qui caractérisent notre Grand Nord. En se promenant dans ces jardins, ils risquent toutefois de faire une rencontre incongrue : trois mammouths laineux!

Trois sculptures de mammouth de Sibérie dans un parc.

Installés dans la cour du Musée depuis 1987, ces sculptures de mammouth laineux ont une histoire intéressante qui est l’objet du présent blogue. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

De nos jours, aucun mammouth ne sillonne plus la toundra ou les terres boisées canadiennes. On est donc en droit de se demander ce que font ces animaux dans les Jardins des paysages du Canada. Ces modèles grandeur nature se trouvent dans une zone bien particulière : au milieu d’eux des plantes qui représentent les espèces poussant jadis dans la steppe à mammouths, un écosystème de l’âge glaciaire ressemblant à la fois à la toundra et à la steppe. On a mis au jour une des plus riches séquences de fossiles de ce biome préhistorique dans le territoire du Yukon, qui était bien différent il y a 25 000 ans.

L’ombre d’un mammouth de Sibérie à côté d’une platebande de plantes.

Les plantes de la section de la steppe à mammouths sous le soleil matinal. La platebande est partiellement cachée par l’ombre d’un mammouth laineux mâle toujours aux aguets. Récemment plantées, les herbes et les fleurs ne sont pas encore bien établies. En se développant, elles finiront par occuper l’espace à l’arrière où poussent actuellement des graminées ornementales et des mauvaises herbes locales. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Alors que la majeure partie du Canada reposait sous une énorme calotte glaciaire, une partie du Yukon demeurait libre de glace et abritait une mosaïque végétale composée de prairies, de toundras rocheuses et d’arbustaies arides.

Une carte montrant les zones de végétation pendant l’âge glaciaire.

Cette carte du monde montre les zones de végétation primaire pendant le dernier maximum glaciaire (25 000 – 18 000 ans). Les calottes apparaissent en gris, avec les zones environnantes représentant les régions plus humides (rose pâle) et plus sèches (bleu foncé) de la steppe à mammouths. Cette steppe qui s’étirait de l’Europe et l’Asie jusqu’en Amérique du Nord par isthme paléogéographique de Béring représente le plus grand biome terrestre de l’âge glaciaire. Credit : Nicolas Ray and Jonathan M. Adams (CC BY 3.0).

Dans cet environnement plus froid, plus sec et doté de sols plus profonds, le tapis de mousse qui court aujourd’hui sur les toundras était largement absent tout comme l’étaient les arbres de taille appréciable. Les graminoïdes (graminées et carex) et les plantes herbacées non-graminoïdes basses y régnaient en maîtres. Ici et là, quelques îlots d’arbustes ligneux et des peuplements isolés d’arbres rabougris émaillaient le paysage.

Une représentation artistique d’animaux dans une steppe à mammouths.

Une reconstitution artistique d’une steppe à mammouths dans le nord de l’Espagne. Le paysage et les animaux ressemblaient à ceux que l’on aurait trouvés en Amérique du Nord, mis à part le rhinocéros laineux (Coelodonta antiquitatis), dont l’aire de répartition se limitait à l’Eurasie. Les énormes glaciers de l’âge glaciaire ont modifié les régimes des vents et les taux d’humidité atmosphérique et favorisé l’apparition d’une zone qui était plus sèche que la toundra actuelle et plus froide pendant l’hiver que les steppes d’Asie centrale. Durant cette période, le Yukon connaissait des hivers glaciaux mais moins neigeux. En revanche, les étés étaient souvent plus chauds, avec moins de nuages et une plus grande épaisseur de sol dégelé au-dessus du pergélisol. Cela permettait une saison de croissance plus longue et une couche de sédiments plus épaisse dans laquelle les plantes pouvaient s’enraciner. Credit : Mauricio Antón (CC BY 2.5)

Les graminées omniprésentes et les riches herbes non-graminoïdes nourrissaient les immenses troupeaux de gros mammifères herbivores comme le cheval du Yukon (Equus ferus lambei), le bison des steppes (Bison priscus) et bien entendu le mammouth laineux (Mammuthus primigenius).

Un paveau d’Islande.

Les séquences de fossiles de la steppe à mammouths ont permis d’identifier plus de 250 espèces de plantes, dont ce magnifique pavot d’Islande (Papaver nudicaule) de notre jardin. Les plantes herbacées non graminoïdes comme celles-ci étaient très présentes dans le paysage. Plus nourrissantes que les autres herbes, elles ont permis à une large diversité de grands herbivores de prospérer pendant l’âge glaciaire. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Ces éléphants laineux ont joué un rôle de premier plan en tant qu’espèce clef de voûte, c’est-à-dire un animal dont le comportement influe considérablement sur la structure de l’écosystème. Les habitudes alimentaires et les déplacements du mammouth sur le territoire ont vraisemblablement contribué à créer les conditions nécessaires au maintien de la steppe à mammouths comme environnement distinct. Le mammouth laineux peut donc véritablement être considéré comme le jardinier de la steppe !

Un p’tit mammouth, ça trompe, ça trompe
Deux gros mammouths, ça trompe énormément
Les herbes aux longs fils, c’est bien difficile,
Mais c’est bien plus bon que la mousse de tonton

Un deschampsie du bassin du Mackenzie

Les mammouths broutaient des plantes graminoïdes comme cette deschampsie du bassin du Mackenzie (Deschampsia cespitosa), dont des restes ont été extraits du tube digestif d’une momie gelée de mammouth. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

En tant que musée d’histoire naturelle, nous avons une perspective très vaste et notre regard englobe tant le présent que le passé et l’avenir. Cette reconstitution de la steppe à mammouths met en évidence l’aspect dynamique et la constante évolution des écosystèmes. En connaissant mieux l’histoire du milieu naturel et en s’interrogeant sur son devenir, le visiteur des Jardins des paysages du Canada appréciera davantage nos campagnes modernes.

Photo d’une steppe actuelle en Russie.

La steppe à mammouths a disparu avec la calotte continentale à la fin de l’âge glaciaire. Pourtant certains environnements actuels lui ressemblent beaucoup. C’est le cas de cette steppe de haute altitude dans la république de Touva de la fédération de Russie. Credit : Butorin (CC BY 4.0)

Texte traduit de l’anglais.

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