À la recherche de moules perlières dans la rivière Rideau pendant les jours les plus chauds de l’été

par André Martel et Jacqueline Madill

Durant les jours les plus chauds de l’été, ma collègue Jacqueline Madill et moi-même avons mis notre équipement de plongée libre afin d’observer des moules d’eau douce indigènes (Unionidae) dans des rapides et des sites de forts courants de la rivière Rideau.

Un plongeur examine la rivière à travers un grand cadre qu’il tient dans l’eau.

Équipé d’un tuba, le scientifique André Martel, Ph.D., cherche des moules d’eau douce indigènes (de la famille des Unionidae) dans la rivière Rideau en Ontario. Il utilise pour l’échantillonnage un quadrat de 71 cm x 71 cm (0,5 m2). Image : Jacqueline Madill © Musée canadien de la nature

Entre 1999 et 2001, le Musée canadien de la nature a dirigé le Projet de biodiversité de la rivière Rideau qui a réuni une équipe pluridisciplinaire en collaboration avec des universités, des agences gouvernementales et autres. L’équipe des moules a sélectionné et décrit huit habitats propices aux moules indigènes entre Smiths Falls et Ottawa : Old Slys, Kilmarnock, Andrewsville, rapides Burritts, deux sites près de l’île de Manotick, Billings Bridge et la Côte-de-sable. Cet été, nous revisitons ces endroits.

Vue de la rivière Rideau.

Billings Bridge est reconnu comme un site privilégié pour les moules d’eau douce dans la rivière Rideau. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

Cela soulève la question suivante : Puisque nous avons fait une recension en 1999 et 2000, pourquoi en faire une autre? Certains endroits étaient des hauts lieux de diversité et d’abondance de moules perlières indigènes, surtout dans les sites en amont qui n’ont pas subi les effets de l’invasion de la moule zébrée. Nos moules perlières indigènes représentent de bons indicateurs de la salubrité de l’environnement. En  2016, nous évaluerons la salubrité de la rivière Rideau en étudiant ces populations de mollusques et en faisant état des effets de l’invasion de la moule zébrée, et peut-être d’autres facteurs de stress, au cours des 16 dernières années.

Une moule dans la main d’une personne.

Une elliptio de l’Est vivante (Elliptio complanata, famille des Unionidae) dans la rivière Rideau à la hauteur du quartier Côte-de-Sable. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

L’Amérique du Nord possède la faune de moules d’eau douce la plus riche au monde (300 espèces et sous-espèces). Au cours du siècle dernier, les populations de moules ont malheureusement décliné dans le monde entier. La pollution de l’eau, la dégradation des zones riveraines et humides, les retenues d’eau (barrages), l’envasement et les écoulements d’origine agricole, industrielle et urbaine sont autant de facteurs qui ont contribué au déclin des moules d’eau douce.

En Amérique du Nord, l’agent de stress le plus récent est l’introduction de la moule zébrée. Cette espèce envahissante est originaire de la région ponto-caspienne en Europe de l’Est et en Asie.

Un plongeur soulève des moules situées à l’intérieur d’un cadre posé au fond de la rivière.

Plongeant en apnée, André Martel soulève doucement les moules du lit de la rivière. Notez que les moules indigènes (famille des Unionidae) sont couvertes par de nombreuses moules zébrées (famille des Dreissenidae). Image : Jacqueline Madill © Musée canadien de la nature

La moule zébrée a eu des effets rapides depuis nos derniers sondages dans la rivière Rideau. En 2001, nous avions découvert que toutes les espèces de moules indigènes avaient disparu du secteur de la baie Mooneys de la rivière Rideau en une période de 8 ans (voir Martel et al, 2001). Alors que nos moules indigènes vivent partiellement enterrées dans les sédiments, la moule zébrée se fixe à n’importe quel objet dur : roches mais aussi coquilles des moules indigènes et conduites d’eau. Quand les moules zébrées s’attachent à nos moules perlières, ces dernières sont incapables de se déplacer librement pour manger le plancton et finissent par suffoquer.

Une coquille de moule indigène à moitié couverte de petites moules zébrées.

Cette coquille de moule indigène un peu érodée, trouvée dans la rivière Rideau à Manotick, est couverte de moules zébrées. Image : Jacqueline Madill © Musée canadien de la nature

Autrefois, le bassin de la rivière Rideau jouissait d’une faune de moules perlières abondante et diversifiée (plus de 12 espèces connues). Nous le savons grâce aux spécimens de moules déposés dans la collection nationale de mollusques du Musée ainsi que grâce à des collectes et des sondages effectués au cours des années 1980 et 1990. La rivière Rideau détenait probablement une des plus riches populations de moules perlières de l’Est de l’Ontario.

Une moule. Une flèche pointe vers des soies noires attachées à sa coquille.

Cette moule vivante appelée lasmigone cannelée (Lasmigona costata, famille des Unionidae) a été trouvée près de Manotick. La flèche montre les bysses noirs ou soies que la moule zébrée utilise pour se fixer à la coquille. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

Seize ans se sont écoulés depuis notre dernière recension et nous nous demandons comment a évolué la situation de la rivière et ce qui est advenu de sa riche faune indigène de moules. À quoi nous attendons-nous? Nous espérons que certaines de ces populations ont résisté à l’invasion des moules zébrées. Comment le pourraient-elles?

Des études révèlent que certaines populations indigènes peuvent se tirer d’affaire dans les habitats peu propices à la moule zébrée, c’est-à-dire des zones d’eau peu profonde, de sédiments meubles où croissent des plantes aquatiques. Là, les moules indigènes peuvent s’enterrer complètement pendant de longues périodes et ainsi faire suffoquer les moules zébrées qui se sont fixées à leur coquille. Après s’être débarrassée de ses hôtes indésirables, la moule indigène peut retourner à sa vie normale.

Vue de la rivière Rideau.

La rivière Rideau à la hauteur du parc David Bartleltt, à Manotick. Il s’agit d’un autre endroit où on a trouvé précédemment des moules d’eau douce. Image : André Martel © Musée canadien de la nature

On ne pourra éradiquer la moule zébrée, mais on espère qu’il restera dans la rivière Rideau quelques refuges où des populations de moules perlières indigènes pourront prospérer.

Ne manquez pas notre prochain blogue où nous ferons état de nos découvertes.

Texte traduit de l’anglais.

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