Ressusciter les mammouths

Pour les enfants élevés dans la région d’Ottawa-Gatineau, le Musée canadien de la nature est un lieu privilégié pour les sorties scolaires ou en famille. Plusieurs conservent d’heureux souvenirs des galeries d’exposition et des salles d’atelier. La plupart de nos visiteurs réguliers peuvent citer des spécimens et des expositions qui les ont marqués. Pour beaucoup, les répliques de mammouths laineux arrivent en tête de liste. Postés sur le terrain du Musée, les sculptures grandeur nature de deux adultes et d’un bébé ravissent les visiteurs et les passants.

Trois sculptures de mammouths laineux sur les terrains du Musée.

Nos mammouths laineux (Mammuthus primigenius) se trouvent maintenant à l’entrée des nouveaux Jardins des paysages du Canada du Musée. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

 

J’ai présenté récemment l’exposition botanique de la steppe à mammouths qui entoure les trois sculptures maintenant situées dans les Jardins des paysages du Canada. Dans ce blogue, je m’intéresserai à l’histoire des répliques elles-mêmes, dont la réalisation se fonde sur de vrais fossiles mis au jour en Alaska, au Yukon et en Sibérie.

Conçues et réalisées dans les ateliers du Musée, ces statues ont été inaugurées en août 1987 à l’occasion du 12e congrès international de l’Union for Quaternary Research. Cet évènement avait été organisé à Ottawa par le Conseil national de recherches et deux autres organisations canadiennes.

Une photo des trois sculptures de mammouth datant de 1998.

Cette photo de 1998 montre les réplique à leur emplacement d’origine dans la cour ouest du Musée. Lorsqu’elles y ont été installées en 1987, une rangée d’arbres formait un décor évoquant une forêt préhistorique. On avait également planté des plantes caractéristiques de la steppe à mammouths sur la plateforme supportant les statues. Quand cette photo a été prise, les mammouths étaient déjà des vedettes du Musée. On en avait fait des répliques pour l’inauguration du Centre d’interprétation de la Béringie à Whitehorse au Yukon en 1997. Image: Doug Watson © Musée canadien de la nature

La réalisation des sculptures comporte trois étapes : la production de la maquette à l’échelle 1:12 en argile à modeler; la fabrication des modèles grandeur nature en bois, mousse et plâtre, à partir desquels on produit les moules; le coulage de la fibre de verre dans ces moules pour produire les œuvres à exposer.

Un homme assis sur une chaise regarde des documents posés sur une table.

Une étape initiale importante dans la réalisation des sculptures de mammouth est la création de maquettes à échelle réduite à partir de fossiles authentiques. Ici, le modéliste Doug Watson consulte les documents qui lui permettront de réaliser une maquette à l’échelle 1:12 de Dima, le bébé mammouth. Image: Rick Day © Musée canadien de la nature

C. Richard (Dick) Harington, alors chef de la division de paléobiologie et actuellement chercheur associé, a veillé à ce que les répliques soient non seulement de grandeur nature mais présentent une apparence réaliste de mammouths vivants. On a d’abord tracé des ébauches et des dessins détaillés à l’échelle en s’appuyant sur des spécimens fossiles et des descriptions issues d’articles scientifiques. Après seulement ont pu commencer les diverses étapes de fabrication illustrées par ces photos.

Trois photos illustrant les étapes de fabrication d’un modèle de mammouth.

À gauche : Pour faire la maquette à échelle réduite, il faut d’abord fabriquer un squelette miniature avec du fil de fer, de la mousse, du papier mâché et de la résine époxide. On voit ici la structure interne du mammouth mâle. Au centre : après avoir consulté un taxidermiste et un paléontologue du Musée pour estimer l’emplacement et la masse des muscles, Doug Watson a ensuite modeler le corps du mammouth avec de l’argile. À droite : le résultat final après avoir habillé le squelette du mammouth mâle de ses tissus mous. Reste maintenant le travail de surface. Images: Doug Watson © Musée canadien de la nature

Les sculptures sont des répliques d’authentiques fossiles, tels les restes momifiés d’un bébé mâle dont la carcasse gelée a été mise au jour en Sibérie. Les traits externes, comme la musculature, la fourrure, la trompe, etc., ont été modelés en consultation avec des paléontologues russes et britanniques. On s’est également servi d’études scientifiques publiées et de dessins rupestres de mammouths apparaissant dans les sites préhistoriques de la Dordogne en France.

À gauche : Doug Watson incisant finement la fourrure sur une maquette à l’échelle réduite (1:12). Image: Rick Day © Canadian Museum of Nature. À droite : La maquette du mammouth mâle avec son pelage laineux. À partir de cette maquette, on a réalisé un moule de silicone afin de produire des modèles dont on a tiré les sculptures grandeur nature. Image: Doug Watson © Musée canadien de la nature

Le moulage de résine du mammouth mâle.

Le moulage de résine de polyester du mammouth mâle prêt pour le changement d’échelle dans une grille tridimensionnelle. Les moulages ont été sectionnés verticalement en tranches. Chaque tranche a été agrandie sous forme d’un gabarit de contreplaqué. Image: Doug Watson © Musée canadien de la nature

Trois images, dont l’une présente gabarits en contreplaqué d’une version grandeur nature du mammouth et les deux autres montrent des gens en train d’ajouter la styromousse et de sculpter le plâtre du modèle de mammouth.

À gauche : Assemblage des gabarits de contreplaqué formant la structure du mammouth mâle grandeur nature. Une fois en place, les gabarits sont fixés et couverts de styromousse. Au milieu : Doug Watson (sur l’échelle) et Grant Laturnus façonnent le revêtement de styromousse du mammouth mâle. À droite : La dernière étape consiste à enduire la styromousse d’un composé à joint. Ici, Doug Watson (sur l’échafaudage) et Sandra Taylor sculptent les détails dans le plâtre. Une fois terminés, ces modèles servent à fabriquer les moules qui serviront à la production des répliques finales. Images: © Musée canadien de la nature

La création de répliques si exactes était une entreprise de taille à l’époque et représentait un exploit technique qui n’avait encore jamais été tenté au Canada.

Deux images des sculptures des mammouths mâle et femelle.

À gauche : La sculpture finale du mammouth mâle témoigne de l’attention portée aux détails; sa création s’est inspirée des squelettes de plusieurs mammouths mis au jour en Alaska. Ron Séguin, le taxidermiste et artiste qui a supervisé l’étape de la réalisation des modèles grandeur nature, continue de retoucher les sculptures lorsque le besoin se fait sentir. À droite : La fourrure qui vole au vent et la défense brisée de la femelle donnent une impression de mouvement et une touche de réalisme. Cette sculpture se base sur un squelette complet de mammouth découvert en 1967 au bord de la rivière Whitestone au Yukon par le paléontologue du Musée C. Richard Harington. La défense droite était brisée probablement parce que l’animal avait tenté de soulever quelque chose de trop lourd. Images: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature

Sculpture du bébé mammouth et restes authentiques exposés en Russie.

À gauche : Le bébé mammouth a été sculpté sur le modèle de la momie gelée du bébé mammouth trouvé en 1977 sur les berges d’un tributaire du fleuve Kolyma en Sibérie. Surnommé Dima, ce jeune mâle avait environ 8 mois quand il est mort. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature. Les restes de Dima exposés au Musée de zoologie de l’Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg. Image: Andrew Butko © Andrew Butko (CC BY 3.0)

Les efforts visant à recréer la steppe à mammouths sur une grande échelle en Russie et les discussions au sein de la communauté scientifique concernant la possibilité de cloner un mammouth à partir du matériel génétique contenu dans les tissus gelés sont autant d’éléments laissant espérer que nous pourrions peut-être un jour admirer ces majestueuses bêtes dans leur habitat. En attendant, nos répliques continueront de procurer une agréable expérience aux visiteurs du Musée et aux prochaines générations de résidents de la région de la capitale nationale.

Texte traduit de l’anglais.

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