À la chasse aux charançons au Texas

En mars de cette année, j’ai rendu visite à mon collègue à la retraite Charlie O’Brien, chez lui en Arizona, pour consulter son exceptionnelle collection de charançons. Alors que j’identifiais des spécimens d’un groupe que j’avais étudié pour ma thèse de Ph. D. dans les années 1980, j’ai rencontré une série de cinq insectes collectés au lac McKenzie dans le comté de Gaines, au Texas, en octobre 2004. Comme je connaissais bien ce groupe, j’ai immédiatement reconnu qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce, voire d’un nouveau genre.

Un insecte.

Nouveau genre? Une espèce non décrite (et vraisemblablement un genre non décrit) de Cleonini du comté de Gaines, au Texas. Image : François Génier © Musée canadien de la nature

Connaissant le site et la date de la collecte, je me suis rendu le mois dernier sur les lieux afin de découvrir d’autres renseignements sur la biologie et peut-être les plantes hôtes de ces charançons. J’ai réservé la semaine du 19 octobre (qui correspond à la date de collecte en 2004) et me suis envolé vers le Texas pour une partie de chasse.

Paysage semi-désertique.

Rives sableuses. Les terres basses salées et sableuses de la rive nord du lac McKenzie. Les taches blanches sont des dépôts de sel laissés lors des montées des eaux. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

À Dallas, j’ai loué une auto pour me rendre dans le comté de Gaines, situé dans les hautes plaines de l’ouest du Texas. Après des kilomètres de champs de coton, je suis arrivé dans la région du lac McKenzie, véritable oasis naturelle de quelque 1600 hectares de prosopis, d’armoise, de gutierrézie faux-sarothra et d’une myriade d’autres plantes se plaisant dans les milieux arides.

Comme les charançons avaient été collectés par Dave Brzoska, un passionné des cicindélidés, je passai la majeure partie du premier jour à scruter les habitats sablonneux ouverts qu’affectionnent ces prédateurs volants aux couleurs vives, dans l’espoir de rencontrer des charançons.

Rive sablonneuse d’un plan d’eau.

Un bon territoire de chasse? Les berges du lac McKenzie. Les insectes (dont des charançons) et autres débris s’accumulent le long des rives avec le vent. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Après cinq heures de recherche et cinq litres d’eau, j’ai trouvé mon premier spécimen, mort parmi les débris et autres insectes échoués sur le rivage. Malheureusement, j’ai passé trois autres longues journées à examiner diverses plantes et à arpenter les rives du lac sans trouver un seul autre spécimen.

Champ de coton.

Champ de coton. Un des nombreux champs de coton entourant l’habitat naturel bordant le lac. Dans l’ouest du Texas, on peut rouler pendant des heures dans les champs de coton. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

J’avais aussi prévu de passer quelques jours chez un entomologiste de mes amis, Darren Pollock, à Portales, au Nouveau-Mexique, pour examiner sa collection. J’ai eu la chance d’y découvrir un spécimen de la même espèce. Il l’avait collecté en mars dernier dans le comté de Quay, au Nouveau-Mexique.

Bien que je n’aie pas réussi à me renseigner davantage sur la biologie ou les plantes hôtes de ce charançon, j’ai obtenu un deuxième spécimen et je sais maintenant que son aire de distribution excède la région du lac McKenzie et qu’il est actif au printemps et en automne. Avec sept spécimens connus, je possède maintenant une série suffisante pour entamer une description de l’espèce et pour me faire une idée du genre auquel elle appartient.

Broussailles.

Idéal pour les charançons. L’habitat d’arbustes de prosopis qui borde le lac. On a collecté de nombreux charançons lorsqu’ils viennent se nourrir sur les petits buissons à fleurs jaunes dans la fraîcheur et l’humidité de la nuit. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Bien que je n’aie obtenu que deux spécimens de l’espèce visée, j’ai aussi collecté, au lac McKenzie, des centaines d’autres charançons fort intéressants de diverses espèces, la majorité avec un filet alors qu’ils venaient, dans l’air plus frais et moins sec de la nuit, se nourrir sur des plantes dégageant de l’humidité.

Beaucoup ont une aire de distribution limitée aux hautes plaines occidentales du Texas et sont rares dans les collections. Pour les collecter, il me fallait simplement veiller à ce que ma lampe frontale ne tombe pas en panne. Je devais aussi ne pas me laisser distraire par les charançons ou les coyotes qui hurlaient au loin au point de mettre le pied sur un serpent à sonnette.


Une oasis naturelle dans une mer de coton. Une brève vidéo panoramique du lac McKenzie et des alentours, dans le comté de Gaines au Texas. Vidéo: Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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