À la découverte d’espèces sur les étagères

La beauté que recèlent les collections du Musée.

Je ne cesse de m’émerveiller devant ces rangées pleines de spécimens, certains dans des boîtes ou dans des tiroirs, d’autres dans des bocaux de liquide qui préserve leurs délicats tissus.

Peu de spécimens de la collection sont de nature à susciter autant d’émoi, chez la paléontologue que je suis, que ceux de la collection des fossiles. Les tiroirs et les étagères du Musée canadien de la nature, et d’autres musées, renferment certains des spécimens les plus bizarres et les plus intéressants du point de vue scientifique.

Une femme à côté d’un fossile. Arsinoitherium Collection # : CMNFV 8183

La paléontologue du Musée Danielle Fraser avec un moulage d’Arsinoitherium, un ancien mammifère à l’aspect plutôt extraterrestre. Arsinoitherium vivait en Afrique pendant l’Éocène et l’Oligocène, soit d’environ 56 à 23 millions d’années. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature. Collection # : CMNFV 8183

Les collections jouent un rôle scientifique de premier plan, car elles nous permettent d’étudier et de ré-étudier des spécimens déterminants, en particulier les spécimens-types, qui ont servi à décrire et nommer l’espèce.

Ce qui est le plus remarquable, c’est que les collections muséales sont d’excellents endroits pour dénicher de nouvelles espèces.

Tous les paléontologues rêvent de découvrir de nouveaux fossiles sur le terrain. C’est pourtant dans les collections existantes des musées, constituées par les bons soins des scientifiques précédents, que l’on trouve beaucoup, et peut-être la plupart de ces nouvelles espèces. Ces fossiles attendent patiemment, parfois pendant des décennies, avant qu’un scientifique minutieux ne les découvre par hasard dans une armoire, un tiroir ou sur une étagère.

Cette nouvelle espèce reçoit alors un nom et est accueillie dans l’immense catalogue  des formes anciennes de vie qui ne cesse de s’agrandir. Il devient alors un trésor scientifique apprécié pour les études comparatives.

Une femme mesurant un panache de caribou.

Dans le cadre de ses études scientifiques, la paléontologue du Musée Danielle Fraser mesure le panache d’un caribou fossile du Pléistocène faisant partie de la collection du Musée. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature.

En plus des spécimens-types, les collections du Musée contiennent de nombreux spécimens de la même espèce. Pourquoi conserver des dizaines de panaches de caribou du Pléistocène ou de tout autre fossile en fait ?

La biologie des espèces est compliquée et change avec le temps. Les individus d’une même espèce présentent une certaine variabilité et les populations sont souvent séparées les unes des autres par des centaines de kilomètres. Le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi), par exemple, est beaucoup plus petit que les caribous apparentés du sud.

Ainsi, lorsqu’on possède plusieurs spécimens pour chaque espèce, on peut mieux comprendre les variations qui existent au sein de l’espèce même et combler les lacunes dans les connaissances.

Par exemple, la paléobiologiste du Musée Natalia Rybczynski, Ph. D., et ses collaborateurs ont récemment accru considérablement nos connaissances sur l’ours primitif Protarctos abstrusus en décrivant les restes de squelette de la collection du Musée. La plupart de ces fossiles avaient été collectés dans les années 1990 au Nunavut par le paléontologue émérite du Musée Richard Harington, Ph. D.

Jusqu’à présent, la description de cette espèce reposait sur une seule dent fossile provenant de l’État américain de l’Idaho. Grâce à la description du squelette fossile de notre collection, nous connaissons beaucoup mieux l’évolution des ours modernes ainsi qu’un ancien écosystème de l’Arctique.

Partie d’un ours fossile. Protarctos abstrusus. Collection # : CMNFV 54380

Le spécimen de l’ours éteint Protarctos abstrusus datant de 3,5 millions d’années et provenant du Nunavut. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature. Collection # : CMNFV 54380

De nos jours, les collections du Musée jouent aussi un rôle croissant dans la compréhension des effets de l’activité humaine sur les caractéristiques des espèces, comme la taille, l’alimentation et la génétique.

Toutes ces données seraient inexistantes sans le travail acharné de tous ceux et celles qui ont contribué à la collecte, au catalogage, à la préparation et à la conservation des spécimens ainsi qu’à la constitution et au maintien des collections muséales de par le monde.

C’est ainsi que chaque fois que je pénètre dans les réserves du Musée, je suis frappée par l’incroyable beauté scientifique des collections.

Texte traduit de l’anglais.

 

 

Cet article, publié dans Centre Beaty pour la découverte des espèces, Collections, Fossiles, Recherche, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s