La nouvelle Galerie de l’Arctique : Réconciliation, humains et histoire naturelle

La nouvelle Galerie de l’Arctique Canada Goose marque un pas important pour le Musée. Il s’agit en effet de la seule galerie actuelle du Musée comportant une part substantielle d’objets et de thèmes anthropologiques. En d’autres mots, c’est la seule exposition qui englobe les humains dans l’histoire naturelle.

En plus de mettre en lumière de nombreux aspects de la région polaire nordique, comme la géographie, la géologie, la flore, la faune et les écosystèmes, la galerie présente des artéfacts et des expositions sur les cultures et les langues arctiques.

En tant que paléontologue et archéologue, je m’en réjouis. Après tout, les humains ne font-ils pas partie de la nature ? Sans compter qu’il est souvent difficile d’aborder de façon exhaustive une question d’histoire naturelle sans faire référence au rôle que nous y avons pris.

Alors pourquoi les humains sont-ils largement absents de la majorité des expositions du Musée ?

Les artéfacts présentés au Musée.

La nouvelle Galerie de l’Arctique aborde la présence humaine dans le Nord dans plusieurs sections, notamment en présentant des artéfacts préhistoriques et historiques . Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les vestiges de l’expédition malheureuse de Franklin (1845-1848) illustrent les efforts des Européens pour cartographier le passage à travers l’archipel Arctique du Canada. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les outils et autres objets paléo-esquimaux représentent les divers peuples pré-Inuits qui ont colonisé l’Arctique à l’origine. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les cartes mettant en évidence la variété de langues et de dialectes traditionnellement parlés dans le nord du Canada et dans toute la région circumpolaire témoignent de la diversité des cultures autochtones modernes de l’Arctique. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

La réponse réside en partie dans l’histoire du Musée. Notre précurseur, le Musée de la Commission géologique du Canada, qui est devenu le Musée national du Canada en 1927, possédait des collections sur tous les sujets : des minéraux aux fossiles et des artéfacts archéologiques.
En 1956, le Musée national du Canada fut littéralement divisé par le milieu en ce qui est aujourd’hui le Musée de la nature et le Musée de l’histoire. Les deux institutions demeurèrent dans le même édifice, mais la séparation conceptuelle entre humains et histoire naturelle était tracée, avec un Musée de l’histoire agissant comme seul dépositaire de l’anthropologie.

Des hommes assis autour d’une table avec une exposition à l’arrière-plan.

Le personnel de la Commission géologique du Canada dans les années 1880 assis autour d’une table au Musée de la Commission qui occupait jadis l’édifice au coin des rues Sussex et George dans la basse ville d’Ottawa. Encerclée en rouge, une vitrine contenant les artéfacts des Premières Nations exposés en 1862. Image : © Ressources naturelles Canada. Source : Ressources naturelles Canada /82263.

Mais cette division institutionnelle entre êtres humains et histoire naturelle n’est qu’une partie de l’histoire.

L’autre partie touche au fait que cela coïncidait avec une prise de conscience croissante que les musées d’histoire naturelle perpétuaient des idéologies colonialistes racistes, à la fois par leurs expositions des cultures non occidentales et dans les coulisses.

Les exemples concernant les cultures de l’Arctique abondent, comme celui de Minik, un enfant autochtone du Groenland amené à New York en 1897 par l’explorateur américain Robert Peary. Confié, avec cinq autres Inuits dont son père, au Musée américain d’histoire naturelle pour étude, Minik a dû faire face à plusieurs difficultés en grandissant. Par exemple, quand son père est mort de la tuberculose, son corps a été versé dans la collection du Musée et Minik a dû se battre pour récupérer et enterrer les restes de son père comme il se devait.

Le Canada n’a pas échappé à de tels agissements. Plusieurs Inuits du Labrador sont morts en Europe en 1881 après une tournée à l’échelle du continent dans ce qui était connu comme des « zoos humains ».

Ainsi, sans personnel et sans mandat en archéologie et avec des questions politiques sujets à controverse au sein d’une population de plus en plus sensibilisée, le Musée était peu enclin à intégrer entièrement les humains et la nature dans ses expositions.

L’édifice de l’American Museum of Natural History.

L’American Museum of Natural History a plusieurs salles consacrées à l’histoire naturelle de l’humanité. Doté d’un important département d’anthropologie, ce musée figure sur la longue liste des grands musées d’histoire naturelle qui effectuent des recherches et élaborent des expositions sur l’évolution humaine, l’archéologie et l’ethnographie. Le Musée canadien de la nature compte parmi les rares grands musées d’histoire naturelle dépourvus de division d’anthropologie. Image : © Ingfbruno (CC BY-SA 3.0).

À titre d’organismes biologiques, on ne peut nous séparer de la pensée critique sur l’histoire naturelle, quels que soient les problèmes institutionnels, politiques ou culturels que cela soulève.

Nous constituons un élément important et très influent de la biodiversité sur Terre.

La région arctique en particulier montre bien que notre existence en tant qu’espèce a eu des effets considérables sur le monde qui nous entoure et vice versa.

Vue extérieure de l’édifice des musées Alexander G. Ruthven.

Vue de l’édifice des musées Alexander G. Ruthven qui a abrité, jusqu’à la fin de 2017, le Musée d’histoire naturelle de l’Université du Michigan. Le Musée rouvrira ses portes dans un nouvel édifice en 2019 mais sans ses dioramas très anciens illustrant la vie pré-contact des Autochtones du Michigan. En 2010, l’administration du Musée a décidé de retirer [site en anglais] ces expositions vieilles de 50 ans après une controverse sur le fait que ces dioramas pourraient contribuer à divers degrés à donner l’impression aux visiteurs que les cultures autochtones étaient stagnantes, éteintes ou inférieures aux sociétés occidentales (pour un bon aperçu de cette question, lisez cet article en ligne [site en anglais] sur le sujet). Le Musée américain d’histoire naturelle a aussi été confronté à de tels problèmes [site en anglais]. Image : © Andrew Horne (CC BY-SA 3.0)

En s’aventurant toujours plus loin vers le nord, notre espèce, qui a vu le jour sous le climat chaud de l’Afrique, a subi des changements biologiques et culturels qui lui ont permis de conquérir l’environnement froid et impitoyable de l’Arctique.

Nos technologies avancées et nos modèles d’utilisation des ressources sont en train de modifier ces mêmes climats polaires qui ont suscité notre adaptation au froid. Par exemple, la nouvelle galerie présente les effets des changements climatiques provoqués par l’humain sur l’Arctique.

La Galerie contient aussi une carte qui montre les terres et les eaux maintenant protégées par les nations de l’Arctique, un signe positif de la façon dont les humains influencent la région.

Ainsi, le rôle des humains dans l’histoire naturelle de la région polaire septentrionale devait être pris en compte dans la Galerie de l’Arctique afin de fournir un aperçu exact et complet de son histoire naturelle.

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La Galerie de l’Arctique comprend une aire réservée aux expositions temporaires élaborées en collaboration avec les organisations du Nord. La photo ci-dessus montre l’exposition inaugurale Inuinnauyugut : Nous, les Inuinnaits réalisée par la Kitikmeot Heritage Society [site en anglais]. De tels partenariats sont essentiels pour l’élaboration de contenus plus riches et plus authentiques. Tout comme l’est l’inclusion des sociétés européennes comme point focal d’expositions, une approche plaidée brièvement ici [site en anglais] (par un élève de 16 ans, qui plus est!) pour le Musée américain d’histoire naturelle. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Pour moi, la nouvelle Galerie de l’Arctique constitue un exemple de la façon dont l’intégration d’expositions anthropologiques dans des musées d’histoire naturelle peut agir comme un véhicule de réconciliation tout en permettant une compréhension plus holistique de l’histoire naturelle de la Terre.

La Commission de vérité et de réconciliation du Canada : Appels à l’action recommande aux musées et aux archives de se conformer aux principes de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Parmi ces principes figure la reconnaissance du fait que les peuples autochtones ont le droit de maîtriser leur héritage culturel.

Ainsi, lors de l’élaboration du projet, le Musée a noué des partenariats avec des groupes autochtones et des personnes qui vivaient et travaillaient dans le Nord du Canada afin de tenir compte de leurs voix et de leurs points de vue dans la Galerie.

Ces partenariats ont donné naissance à une galerie impressionnante qui intègre les données scientifiques, les perspectives culturelles et le point de vue personnel de plusieurs groupes, notamment des chercheurs, des personnalités politiques, des artisans, des chasseurs, tous s’exprimant dans des « capsules ».

Cette myriade de voix présente la splendeur multiforme de l’histoire naturelle de l’Arctique, y compris les humains.

Texte traduit de l’anglais.

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