Le crâne de Triceratops le plus gros du monde se trouverait-il dans notre collection?

Le 6 juin 1929, le célèbre collecteur de fossiles Charles M. Sternberg s’assoit pour décrire, dans son journal de terrain, la première journée de l’expédition estivale de prospection de son équipe en Saskatchewan. Il note le travail effectué, les formations rocheuses de la région ainsi que les spécimens fossiles collectés.

Une des pièces les plus notables était le premier fossile de dinosaure trouvé : le crâne partiel d’un Triceratops prorsus exceptionnellement gros.

À propos de la collerette osseuse entourant le cou de ce dinosaure à cornes, Sternberg termine le journal en s’exclamant : « C’est la crête la plus grosse que j’aie jamais vue! »

Peinture d’un dinosaure à cornes.

Sur cette peinture datant de 1901, Charles R. Knight illustre un Triceratops seul. La large armature osseuse saillant autour du cou du dinosaure est particulièrement proéminente. La forme du corps et la pose traduisent la façon dont on se représentait les dinosaures au début du XXe siècle : des animaux patauds qui trainaient leur queue. Image : Charles R. Knight, domaine public.

Une photographie noir et blanc d’un spécimen fossile plâtré sur le terrain.

Charles Sternberg a pris une photo du crâne de Triceratops sur le terrain. Les deux protubérances en bas à droite sont les cornes sourcilières. Aujourd’hui, la majeure partie du spécimen est encore sous la roche. No de catalogue : CMNFV 56508. Image : C. M. Sternberg, © Musée canadien de la nature.

Faisons un saut de géant dans le temps : en 2015, le paléontologue du Musée canadien de la nature, Jordan Mallon, Ph. D., lit les journaux de terrain de Sternberg.

Cette énorme crête que décrit Sternberg attire son attention, et fait bouillonner son imagination. Pourrait-il s’agir du plus gros Triceratops jamais collecté? Et ce qui rend la question particulièrement palpitante est que la réponse repose à quelques centaines de mètres, dans la collection du Musée.

Le spécimen est encore enveloppé dans sa gaine protectrice de plâtre datant de 1929. Jordan Mallon propose de préparer le spécimen en vue de vérifier les observations de Sternberg.

C’est à ce moment que je fais mon entrée dans l’aventure. Je suis le coordonnateur du programme de préparation des fossiles et c’est donc à moi de traiter le fossile en vue de son examen scientifique en ouvrant la gaine de plâtre et préparant le fossile.

Ce n’est pas une tâche facile.

Le crâne est tellement gros que, lors de la collecte, on l’a enveloppé dans deux gaines de plâtre séparées. La plus grosse (650 kg) comprend les deux tiers de la collerette, le haut du crâne et deux longues cornes sourcilières. La plus petite (400 kg) contient le tiers restant de la collerette du Triceratops.

Deux spécimens de fossiles sur des supports de bois dans un atelier.

Les deux gaines de plâtre contenant le spécimen de Triceratops prorsus collecté en 1929 par Charles M. Sternberg. On peut discerner les deux cornes sourcilières dans la gaine la plus grande (à gauche). On voit un carton avec des illustrations de ce crâne de dinosaure. La plus petite gaine (à droite) a subi la préparation initiale d’un seul côté. No de catalogue : CMNFV 56508. Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

Chaque fossile présente ses difficultés, mais la préparation d’un crâne de Triceratops est particulièrement ardue.

Ainsi enveloppée dans sa gaine, la plus grosse partie du crâne est soutenue de tous les côtés. Étant donné la taille et le poids de ce crâne, nous savons que la gaine peut céder pendant l’ouverture en l’absence d’un soutien extérieur et que le crâne peut alors se briser en morceaux.

Nous décidons donc de commencer par ouvrir la petite gaine contenant la petite portion de collerette. Cela nous permettra de nous rendre compte de l’état général du fossile et de sa stabilité, ce qui déterminera la marche à suivre pour ouvrir la grosse gaine de façon adéquate.

Un spécimen partiellement traité avec deux endroits où transparaît le fossile sous le plâtre.

La petite gaine après la première ronde d’enlèvement du plâtre. La collerette apparaît à deux endroits. No de catalogue : CMNFV 56508. Image : Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

Cinq mois plus tard, le projet avance lentement mais sûrement.

Il y a une épaisse couche de roche sur le fossile et nous avons découvert que la majeure partie du dessous de la collerette est fracturée mais réparable.

Avec beaucoup de travail, énormément de colle et un peu de chance, nous en saurons plus dans les mois à venir et j’espère qu’un jour je pourrai ajouter une petite note enthousiaste à celle du journal de Charles M. Sternberg.

Restez branché pour la suite des travaux!

Un spécimen fossile dans sa gaine de plâtre avec un côté complètement exposé.

Avec une moitié de la gaine complètement enlevée, la collerette est maintenant exposée. On a renforcé la surface extrêmement fissurée du fossile avec une solution de consolidation, mais la réparation des principales fractures devra attendre. No de catalogue : CMNFV 56508. Image : Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

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