Les oiseaux du Musée racontent leur histoire

Que peut-on apprendre d’un oiseau de paradis recueilli au milieu du siècle dernier? Ou d’un nid datant de 1925? Beaucoup de choses, en fait, non seulement sur le spécimen même, mais aussi sur son environnement.

De nouvelles techniques, comme l’analyse de l’ADN préservé dans les spécimens, peuvent aussi fournir de l’information qui aurait souvent été inconcevable à l’époque où ceux-ci ont été recueillis.

Les cinq spécimens ci-dessous donnent un aperçu de la mine d’information ornithologique qui se trouve dans les collections du Musée.

Un spécimen d’oiseau de paradis reposant sur le ventre. Des étiquettes de collection sont attachées à son bec.

Un oiseau extraterrestre? Suivant la coutume de son peuple, le chasseur autochtone de Nouvelle-Guinée qui a recueilli ce Paradisier magnifique au milieu du siècle dernier a coupé les pattes de l’oiseau, lui donnant cet aspect étrange. Numéro de catalogue : CMNAV 83536. Image : Michel Gosselin © Musée canadien de la nature.

Le Paradisier magnifique (Diphyllodes magnificus) est un oiseau de Nouvelle-Guinée. Ce spécimen a été recueilli en 1957 par George Holland (1911-1985), un entomologiste canadien qui étudiait les insectes parasites des oiseaux en Nouvelle-Guinée. Le spécimen lui avait été donné par un trappeur autochtone, pour qui la chasse aux paradisiers était une pratique ancestrale.

Selon leur coutume, les autochtones de l’île enlèvent toujours les pattes des oiseaux qu’ils capturent. Les étiquettes sont donc attachées ici à la tête plutôt qu’aux pattes de l’oiseau, ce qui serait normalement le cas chez les spécimens de musée. Comme les premiers spécimens apportés en Europe au 16e siècle étaient également sans pattes, les naturalistes du temps croyaient que les oiseaux n’en avaient pas. On les a donc nommés « oiseaux de paradis », ou paradisiers, présumant à l’époque que ces oiseaux passaient leur vie à voler dans le ciel.

Un nid d’oiseau fabriqué de brins de vadrouille et d’un peu de crin de cheval. Les brins de vadrouille sont noircis par la poussière de charbon.

Un vestige du passé : ce nid d’oiseau datant de 1925 est fabriqué de brins de vadrouille et de crin de cheval. Il est recouvert de poussière de charbon. Image : Michel Gosselin © Musée canadien de la nature.

Ce nid d’Oriole de Baltimore (Icterus galbula) a été récolté à Ottawa au début d’avril 1926 par George R. White (1856-1927), un naturaliste bien connu de la Basse-Ville d’Ottawa. Comme les orioles ne reviennent de leur aire d’hivernage qu’en mai, ce nid datait donc de l’année précédente.

On remarque que le nid est fait exclusivement de brins de vadrouille et d’un peu de crins de cheval, au lieu des fibres végétales normalement utilisées. De plus, les brins de vadrouille sont complètement noircis par la poussière de charbon. Ce simple nid d’oiseau témoigne donc de la réalité d’Ottawa à l’époque : l’omniprésence du charbon, destiné au chauffage, mais aussi aux locomotives des chemins de fer qui desservaient le centre-ville d’Ottawa, et la présence répandue des chevaux comme moyen de transport.

Neuf oeufs de goéland présentant une coloration et des motifs différents.

Pourquoi ces oeufs sont-ils tous si différents? Image : Michel Gosselin © Musée canadien de la nature.

Ces oeufs de Goéland à bec cerclé (Larus delawarensis) viennent tous de la même colonie. Ils ont été récoltés en 1994 dans le port de Québec par des agents du Service canadien de la faune, dans le cadre d’un programme de contrôle des populations de goélands.

Les oeufs des oiseaux qui nichent au sol, comme les goélands, ont généralement une coloration qui aide au camouflage. De plus, chez les espèces qui vivent en colonie, où les oiseaux pondent très près les uns des autres, les oeufs sont souvent assez différents d’une femelle à l’autre. Cela aide certainement les femelles à reconnaître leur nid.

Les différences entre individus, dont témoignent les spécimens du Musée, sont une facette importante de la biodiversité.

Un spécimen de Dindon sauvage

Un témoin d’une population disparue : ce spécimen capturé en 1879 appartenait à la population originale de Dindons sauvages du Canada. Numéro de catalogue : CMNAV 6431. Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

Ce spécimen de Dindon sauvage (Meleagris gallopavo) a été pris par un chasseur en 1879 dans le comté d’Essex (extrême sud de l’Ontario). Il a ensuite été acquis par l’ornithologue torontois J. Henry Fleming (1872-1940) qui l’a donné en 1913 au Musée de la Commission géologique du Canada, l’ancêtre du Musée canadien de la nature.

Ce spécimen appartient à la population originale de Dindons sauvages du Canada, disparue en 1907 en raison d’une chasse incontrôlée. L’aire de répartition de cette population d’origine ne s’étendait pas plus loin à l’est que Toronto.

En 1984, des Dindons sauvages des États américains avoisinants furent réintroduits en Ontario par le ministère des Ressources naturelles de l’époque, d’abord dans le sud de la province, puis progressivement de plus en plus au nord. Aujourd’hui, l’espèce est répandue jusqu’au parc Algonquin et dans tout le sud du Québec.

Les conditions ont bien changé depuis le temps où vivait ce dindon : la chasse est maintenant beaucoup plus encadrée, et les dindons fréquentent aujourd’hui des régions agricoles où les résidus de maïs leur fournissent un apport alimentaire substantiel.

Un vieux carnet de note comportant du texte et un dessin d’un couple de Grues blanches.

Un musée conserve plus que des spécimens, comme en témoignent ces notes sur la Grue blanche datant de 1894. Image : Michel Gosselin © Musée canadien de la nature.

La Grue blanche (Grus americana) est une espèce aujourd’hui en voie de disparition, mais elle était autrefois moins rare.

Les notes ci-dessus datent de 1894 et ont été prises par le jeune Rudolph M. Anderson (1876-1961), alors âgé de 18 ans. Il y relate la nidification de la Grue blanche à Madison, dans l’État américain de l’Iowa, où il résidait à l’époque. Les oiseaux nicheurs ont disparu des États-Unis en 1939 mais ont été récemment réintroduits.

Anderson a été le chef de la division de Biologie au Musée national du Canada (aujourd’hui le Musée canadien de la nature) de 1920 à 1946. Il a pris de nombreuses notes durant toute sa carrière; elles font maintenant partie des archives scientifiques du Musée. Tout comme les spécimens, les documents d’archives du Musée témoignent des changements survenus dans l’environnement depuis un siècle et demi.

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