Ornithologues de guerre

Les deux grandes guerres qui ont marqué la première moitié du 20e siècle ont vu un nombre considérable de recrues mobilisées et envoyées au front. Parmi ces gens de tous horizons, on comptait évidemment des passionnés de sciences naturelles. Malgré des conditions de vie plus que pénibles, certains d’entre eux ont tenté de documenter l’environnement « naturel » dans lequel ils se trouvaient plongés. Le Musée canadien de la nature détient des échantillons datant de ces périodes difficiles – en voici trois exemples.

Vue partielle (queue et pattes) d’un spécimen de pie. Deux étiquettes sont attachées à l’une des pattes de l’oiseau. On peut notamment lire sur l’une d’elle : Pica pica; Mont des Cats; Flanders; 14.3.17. Le major Allan Brooks en tenue militaire.

À gauche : Une pie prise en Flandres en mars 1917 par le major Allan Brooks. Numéro de catalogue : CMNAV 13020. Pie bavarde (Pica pica). Image : Michel Gosselin © Musée canadien de la nature À droite : Major Allan Brooks. Image : Biodiversity Heritage Library. Domaine public.

Allan Brooks (1869–1946) était un artiste animalier résidant en Colombie-Britannique. Il s’était engagé dans la milice avant même le début de la Première Guerre mondiale, et passa toute la période de 1914 à 1918 en Angleterre et en France.

En 1917, on le retrouve posté au mont des Cats, en Flandres (un endroit qui sera ensuite le théâtre d’une ultime offensive allemande). C’est là qu’il a pu prendre quelques spécimens d’oiseaux, et les transmettre à son collègue Percy Taverner, premier ornithologue de ce qui est aujourd’hui le Musée canadien de la nature. On sait que Brooks a en partie perdu l’ouïe au front, au point où il disait « ne plus pouvoir entendre le chant de l’alouette ».

À sa démobilisation, Allan Brooks avait atteint le grade de lieutenant-colonel. De retour au pays, il a contribué par ses illustrations au Birds of Western Canada, un livre publié en 1926 par Percy Taverner. Brooks a cédé au Musée canadien de la nature plusieurs de ses spécimens européens.

On peut télécharger ici un article (en anglais) qu’il a écrit en octobre 1916 au sujet de ses observations ornithologiques en Europe. Il y raconte notamment que les oiseaux ne semblent pas affectés outre mesure par les tirs d’artillerie, qui durent parfois des heures.

Vue ventrale d’un spécimen de caille et une vue rapprochée de l’une des étiquettes attachées aux pattes de l’oiseau. On peut y lire notamment Coturnix c. coturnix L.; 29.V.1943; Kasar bei Orel, Russland.

Le Musée canadien de la nature possède des spécimens récoltés des deux côtés du front. Ici, une caille prise en Russie par un soldat de l’armée allemande – en 1943. Numéro de catalogue : CMNAV 68810. Caille des blés (Coturnix coturnix). Image : Michel Gosselin © Musée canadien de la nature.

Le jeune ornithologue viennois Rudolf Tomek (1913–1943) était un employé du musée provincial de Basse-Autriche. Quand l’Allemagne annexe l’Autriche, il est conscrit dans l’armée et envoyé au front, en Russie, en 1942. L’année suivante, il est tué lors d’une contre-offensive russe dans la région d’Orel, au sud de Moscou.

Tomek avait réussi à faire parvenir au Muséum d’histoire naturelle de Vienne quelques oiseaux pris en Russie. Par un singulier concours de circonstances, l’un de ces spécimens (une caille) a fait partie en 1979 d’un échange de spécimens entre ce musée autrichien et le Musée canadien de la nature.

Vue ventrale d’un spécimen de Busautour et vue rapprochée des étiquettes attachées aux pattes de l’oiseau. On peut y lire entre autres : Japan, Okinawa; Butastur indicus; 13 October 1945; A.R. Phillips.

Cet oiseau de proie fait partie des spécimens récoltés par le caporal Allan R. Phillips dans le cadre d’une recherche sur les vecteurs de l’encéphalite japonaise dans l’île d’Okinawa, après le débarquement américain de 1945. Numéro de catalogue : CMNAV 96710. Busautour à joues grises (Butastur indicus). Image : Michel Gosselin © Musée canadien de la nature.

Allan R. Phillips (1914–1996) est un biologiste surtout connu pour ses travaux sur les oiseaux d’Arizona et du Mexique. En 1942, alors qu’il est doctorant en ornithologie à l’université Cornell (New York, É.‑U.), il est mobilisé dans l’armée américaine.

Après avoir survécu au débarquement de Normandie, en 1944, il est dépêché au Japon lors de l’invasion de l’île d’Okinawa, en 1945. Sur l’île, il retrouve par hasard un collègue de Cornell, le sergent Frank Cassell, qui l’affecte à la recherche médicale.

Le caporal Phillips se trouve ainsi à étudier les oiseaux de l’île d’Okinawa comme vecteurs potentiels de l’encéphalite japonaise. Quelques-uns des spécimens pris à cette occasion appartiennent maintenant au Musée canadien de la nature – qui a acquis une partie des collections de Phillips en 1980.

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