Waouh ! Un crâne de tricératops sous le sapin de Noël ?

Extraire un os de dinosaure de la roche est un peu comme déballer un cadeau de Noël : on ne sait jamais quelle surprise nous attend. Parfois, la chance nous sourit et la découverte nous fait reculer d’un pas et nous arrache un waouh d’admiration !

C’est exactement ce qu’il m’est arrivé il y a quelques semaines en travaillant sur un crâne de tricératops bien particulier, qui semble contenir le premier reste fossile de peau de collerette au monde, pour cette espèce.

La dernière fois que j’ai écrit sur le crâne partiel d’un gros Triceratops prorsus de notre collection, je commençais à peine le travail de préparation du spécimen. Les notes de terrain rédigées en 1929 par Charles M. Sternberg étaient déjà prometteuses : la collerette complète et la racine des deux cornes qu’il avait collectées et conservées dans deux coques de plâtre pourraient appartenir au plus gros tricératops connu du monde.

Dessin d’un crâne de dinosaure à cornes.

Dessin d’un crâne de Triceratops prorsus collecté par Othniel Charles Marsh, un des premiers paléontologues américains. Les premiers fossiles de ce fameux dinosaure à cornes ont été exhumés à la fin du XIXe siècle au Colorado. Depuis, on en a mis au jour au Wyoming, au Dakota Sud, en Alberta et en Saskatchewan. © Biodiversity Heritage Library (CC BY-SA 2.0)

Aujourd’hui, après cinq mois d’un travail minutieux sur l’envers de la collerette, nous avons fait une découverte qui pourrait modifier l’idée que nous nous faisions de l’aspect des tricératops.

Un des principaux problèmes rencontrés dans la préparation de ce spécimen était que la majeure partie du crâne était fracturée et que les fissures s’étaient remplies de minuscules fragments et de poussière de roche. Avant de pouvoir réparer les fissures, il fallait les vider de cette matière de remplissage.

Un fossile partiellement enveloppé de sa coque de plâtre.

Une section du bouclier osseux qui se dressait autour du cou de notre tricératops, vue ici dans sa coque de plâtre à l’atelier de paléontologie du Musée. La surface partiellement nettoyée révèle de nombreuses fractures. Quand C. M. Sternberg a examiné ce fossile peu de temps après sa découverte en 1929, il a noté sa taille exceptionnelle. Numéro de catalogue : CMNFV 56508. Image : Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

Gros plan sur les fissures du fossile de dinosaure à cornes.

Vue en plongée de la section de la collerette après son extraction complète et le nettoyage des nombreuses fissures qui sillonnent sa surface. Une de ces fissures renfermait une intéressante surprise : apparemment, un morceau de peau préservée. Numéro de catalogue : CMNFV 56508. Image : Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

Un après-midi, au début d’octobre, j’étais en train d’enlever les poussières coincées dans les fissures et de les tamiser, quand j’ai remarqué un petit fragment de fossile.

Ce morceau triangulaire d’os fossilisé s’était un peu décollé de la collerette principale, mais demeurait à peu près en place. Alors que je nettoyais les fragments de roche et soulevait ce petit morceau d’os fossile, ce qui m’apparut en dessous m’incita à déposer ma brosse.

À ma grande surprise, je distinguais une petite section qui ressemblait fort à de la peau de dinosaure magnifiquement préservée.

Canaux sillonnant la surface d’un fossile de dinosaure.

Ce bloc de sédiment couvre une portion de la collerette du tricératops et porte l’impression de sa surface, notamment de profonds canaux et des creux, qui ont pu abriter vaisseaux sanguins et autres structures des tissus mous. Selon une des théories émises, les collerettes des dinosaures à cornes étaient couvertes d’une matière dure, peut-être composée de kératine (la matière formant nos ongles). Il est possible que cet étui protecteur ait été si dense et si collé au crâne que les vaisseaux sanguins apportant l’oxygène et les nutriments et normalement situés dans les tissus mous se soient plutôt développés dans les couches externes de l’os crânien. Numéro de catalogue : CMNFV 56508. Image : Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

Si cela s’avère, ce sera le premier reste de peau provenant de la tête de cette espèce de dinosaure à cornes. Depuis sa découverte en 1887, aucun matériel fossile ne nous a donné une idée précise de ce qui couvrait sa collerette emblématique : une simple peau, des écailles ou encore un étui corné. Ainsi, pendant plus d’un siècle, la communauté des paléontologues a débattu sur le sujet.

Photographie d’une empreinte de peau fossile.

Le réseau polygonal apparaissant sur cette photo semble être les restes de peau fossilisée préservés en association avec la collerette. Le fossile a été retiré pour de plus amples analyses visant à confirmer cette première identification. La préparation de la partie supérieure de la collerette pourrait nous donner des réponses sur la nature de la couverture de la collerette d’un dinosaure à cornes. Et peut-être ce spécimen se hissera-t-il au rang de plus gros crâne de tricératops jamais décrit. Numéro de catalogue : CMNFV 56508. Image : Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

Après examen de la section portant les empreintes avec Jordan Mallon, Ph. D., le spécialiste des dinosaures au Musée canadien de la nature, nous avons décidé de revoir notre mode de préparation pour le côté opposé de la collerette. Cela afin de préserver toute éventuelle trace délicate de peau fossilisée et d’empêcher, si possible, qu’elle ne se sépare de l’os.

Avec ceci à l’esprit, je travaille encore plus minutieusement et plus lentement que jamais à la préparation fine et la stabilisation de la face exposée de la collerette. Dans les prochaines semaines, nous installerons une nouvelle coque de plâtre pour soutenir le spécimen et nous le retournerons. Voyons quelles surprises nous réserve l’autre côté du fossile.

Pour l’heure, je savoure ce cadeau de Noël venu avant l’heure : une probable peau fossilisée de tricératops !

Texte traduit de l’anglais.

 

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