Montage des feuilles d’herbier : des adhésifs indécollables

À l’été 2018 Jennifer Doubt, la conservatrice de botanique du Musée, m’a lancé un défi : trouver un meilleur adhésif pour monter les spécimens botaniques du Musée sur des feuilles d’herbier.

J’ai travaillé au laboratoire de conservation du Musée dans le cadre du Programme de formation scientifique, après des études en beaux-arts et une formation en conservation de matériaux comme le métal, le bois, le textile et le papier… et non pas des fougères ou des fleurs! La conservation en histoire naturelle est très spécialisée et rarement enseignée dans les programmes de conservation au Canada. J’étais donc très enthousiaste à l’idée d’entreprendre quelque chose de nouveau.

La qualité de l’adhésif est un point essentiel, car l’équipe de botanique enrichit chaque année, de plus de 5000 spécimens, l’Herbier national du Canada du Musée, dont la collection de plantes vasculaires totalise plus de 650 000 feuilles. Actuellement, les nouveaux spécimens sont fixés avec un ruban entoilé, un procédé efficace mais très chronophage. Ma tâche consistait à trouver une colle de conservation qui soit facile et rapide à appliquer et qui maintienne le spécimen collé pendant longtemps.

Gros plan d’une feuille d’herbier avec un spécimen de dryoptère dressée dont il manque une section en raison de la dégradation de la colle.

Remarquez la partie manquante de cette fronde de dryoptère dressée (Dryopteris expansa). Avec le temps, l’adhésif a vieilli et s’est dégradé, ce qui explique la perte d’une partie de la fougère. Spécimen collecté en 1895. Numéro de catalogue CAN 10005210. Image : © Musée canadien de la nature.

Gros plan d’une feuille d’herbier avec un spécimen de sainfoin alpin fixé à l’aide de fines lanières de ruban entoilé blanc.

Ce sainfoin alpin (Hedysarum americanum) est fixé à la feuille d’herbier grâce à un ruban entoilé. Cette technique permet à la plante de plier avec la feuille et réduit les risques de bris et de perte. Mais la pose du ruban est un travail très chronophage, car il faut soigneusement couper à la main et placer chaque languette. Spécimen collecté en 2016. Numéro de catalogue CAN 10042881. Image : © Musée canadien de la nature.

La principale difficulté était qu’il n’y a pas un seul adhésif à herbier recommandé dans la documentation en conservation. J’ai donc orienté ma recherche vers les besoins du Musée et vers les nouvelles recherches sur les adhésifs.

Les trois principales qualités d’un adhésif pour la conservation des herbiers sont la force, la souplesse et le Ph neutre. On doit pouvoir conserver les spécimens pendant des décennies, voire des siècles. En conséquence, l’adhésif doit avoir une force durable pour maintenir le spécimen en place de même qu’une certaine souplesse pour que la plante ne se décolle pas quand des chercheurs manipulent la feuille.

Un pH neutre empêche le substrat environnant de s’acidifier, de jaunir et de vieillir prématurément.

Gros plan d’une feuille d’herbier de sapin subalpin avec une colle acide et jaunie qui masque une partie du spécimen.

Ce gros plan d’une feuille d’herbier de sapin subalpin (Abies lasiocarpa) révèle que la colle a bruni avec le temps cachant une partie du spécimen. Ce brunissement indique aussi que la colle s’est acidifiée, ce qui peut endommager la zone avec le temps. Spécimen collecté en 1975. Numéro de catalogue CAN 10005767. Image : © Musée canadien de la nature.

En plus des propriétés requises pour l’archivage, l’adhésif recherché doit avoir des qualités pratiques : être à base d’eau, bien coller et rester transparent au séchage.

L’étude exhaustive de l’Institut canadien de conservation sur les adhésifs commerciaux intitulée Compendium des adhésifs pour la conservation m’a été d’un grand secours.

Au terme de ma recherche, j’ai recommandé trois polyacétates de vinyle au Ph neutre, ou colle « blanche », pour leur maniabilité en laboratoire et leur durabilité. Soumis à l’épreuve du temps, ces adhésifs sont restés forts, souples, neutres et ont très peu jauni.

Cette recherche sur les adhésifs m’a littéralement accrochée. J’ai pu constater que, en matière de conservation des collections, les moindres détails dans le choix des matériaux ont leur importance.

Les caractéristiques des matériaux et leur détérioration résidaient au cœur de ma formation en conservation. Je suis très fière de penser que ma contribution de cet été augmentera les chances qu’un botaniste du XXIIe siècle tienne dans ses mains une feuille d’herbier préparée aujourd’hui… et que le spécimen y soit encore fermement fixé.

Texte traduit de l’anglais.

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