Compostage de baleine : Confier aux bactéries le gros de l’écharnage

Les os et les squelettes sont des éléments essentiels des collections d’histoire naturelle qu’utilisent divers chercheurs, notamment des archéologues et des zoologues. Normalement, la préparation de ces spécimens ostéologiques commence par l’écharnage, opération assez simple pour les petits animaux.

Il y a quelques années, le personnel des collections du Musée canadien de la nature était confronté à une tâche titanesque : préparer de gros spécimens de baleine.

Il s’agissait enlever des centaines de kilos de chair de spécimens de baleine préservés. Ceux-ci avaient été collectés lors de la pêche commerciale des baleines au large de Terre-Neuve, de la fin des années 1960 à 1972, date à laquelle cette pratique a été interdite au Canada.

En plus d’être gros (jusqu’à 25 kg), ces spécimens avaient subi des transformations lors du processus de préservation.

Avant d’être transférés dans de l’éthanol à la fin des années 1990, ces morceaux de baleine avaient été conservés dans du formol qui durcit les tissus animaux. Des traitements supplémentaires, à l’aide d’ammoniaque et de peroxyde, s’imposaient donc pour décomposer les tissus afin de pouvoir les enlever mécaniquement.

Nous avons calculé que l’enlèvement manuel de la peau, de la graisse et des muscles pour préserver les os prendrait des années.

Notre raccourci : composter les morceaux de baleine et laisser les bactéries et les champignons faire le gros du travail.

Morceaux de baleine dans un contenant de compostage.

Spécimens de baleine dans des contenants de compostage spéciaux du Musée avant d’être couverts de sciure de bois et de fumier. Image: Shalini Chaudhary © Musée canadien de la nature.

À l’été 2017, nous avons construit une station de compostage sur le terrain des installations de recherche et des collections du Musée à Gatineau.

Pour dégrader de façon efficace de gros morceaux de baleine, il faut d’abord un mélange adéquat de carbone (sciure de bois) et d’azote (fumier) afin d’atteindre la température idéale pour les microorganismes et il faut ensuite du temps.

Pendant l’été, nous avons effectué cinq cycles de compostage de 18 jours. Durant chaque cycle, nous avons ajusté la quantité de sciure de bois par rapport à celle du fumier afin d’obtenir la température idéale, soit entre 27 °C et 43 °C. Nous avons parfois ajouté de l’eau en vue d’atteindre le niveau d’humidité optimal pour les microorganismes. Après le dernier cycle, nous avons enlevé les morceaux de baleine largement décharnés du tas de compost pour les apporter au laboratoire des collections.

La méthode d’écharnage grâce au compost n’a pas fonctionné aussi rapidement, ou aussi complètement, que nous l’avions souhaité. C’est en partie parce que nous n’avons pas toujours obtenu la température optimale. Alors pour débarrasser les os de la chair restante, nous les avons plongés dans de l’eau presque bouillante, une technique appelée macération chaude. Nous avons ensuite enlevé l’huile résiduelle grâce à un bain d’ammoniaque. Finalement, un bain de peroxyde a permis de blanchir les os que le compostage avait noircis.

Un graphique avec deux courbes en dents de scie bien séparées.

Un graphique de la température de l’air ambiant par rapport à la température interne du tas de compost au cours des trois mois qu’a duré le compostage des morceaux de baleine. Les périodes les plus efficaces sont celles où l’écart entre les deux courbes est le plus grand. Image : Marie-Hélène Hubert © Musée canadien de la nature.

Cette combinaison de techniques a bien fonctionné et permis au Musée d’économiser temps, argent et effort. Les spécimens ostéologiques (les os) sont des éléments essentiels des collections d’histoire naturelle. De nombreux chercheurs les étudient, notamment les archéologues, les paléontologues, les zoologues ou les spécialistes de l’anatomie comparative. Il y aura donc toujours des spécimens à préparer.

Forts de cette expérience avec les restes de baleine, nous projetons de recourir à l’avenir au tas de compost pour la préparation de spécimens zoologiques.

À gauche, une masse de tissus de couleur foncée. À droite, un morceau d’os plus petit et de couleur pâle.

Os de crâne du rorqual commun (Balaenoptera physalus) avant (à gauche) et après (à droite) le compostage. Le poids était de 25 kg avant le compostage et le nettoyage et de 18,7 kg après. Image : Marie-Hélène Hubert © Musée canadien de la nature.

Texte traduit de l’anglais.

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