De suicidaire à héro : le fabuleux destin des lemmings de l’Arctique canadien

Dans la toundra arctique se terre un petit animal qui détient un rôle écologique bien plus grand que sa taille. En été, il est la personnalité la plus recherchée de l’Arctique. Certains ont même fait des milliers de kilomètres pour le trouver! Évidemment, ces voyageurs poilus et plumés ne cherchent pas d’autographe, mais bien un repas.

Un lemming brun (Lemmus trimucronatus)

Lemming brun (Lemmus trimucronatus) à l’Île Bylot, Nunavut. Dominique Fauteux © Musee canadien de la nature

Tous les 3 ou 4 ans, les lemmings font des fluctuations d’abondance, dites cycliques, au cours desquelles la densité de leur population peut passer de 0.1 lemming/ha à 10 et même 100 lemmings/ha dépendamment de si on se trouve dans le haut Arctique de l’Archipel canadien (Nunavut) ou dans la toundra plus productive du bas Arctique (Alaska, Yukon, Territoires du Nord-Ouest).

Paysage arctique montrant un camp de recherche et des montagnes en arrière-plan

Station de recherche du Centre d’Études Nordiques sur l’île Bylot. Dominique Fauteux © Musee canadien de la nature

 

Le mécanisme régissant ces cycles est complexe car plusieurs facteurs entrent en jeu, dont la prédation intensive en été ainsi que l’accès à la nourriture (par exemple : saules, mousses) qui se fait plus difficilement en hiver. Toutefois, les recherches montrent que les lemmings du haut Arctique canadien atteignent le maximum de leur cycle d’abondance (« pic ») uniquement lorsque leur reproduction hivernale est excellente. Par conséquent, l’hypothèse présentement la plus plausible selon les scientifiques canadiens est que les phases de décroissance sont causées par la prédation alors que les phases de croissance dépendent d’un hiver haut en reproduction. Lors des années de « pic » d’abondance de lemmings à un site donné, un phénomène particulier se produit : la plupart des oiseaux et mammifères de la toundra, carnivores comme herbivores, se reproduisent avec grand succès.

En effet, non seulement les lemmings fournissent une nourriture abondante pour les harfangs des neiges, les buses pattues, les labbes à longue queue, les goélands, les renards arctiques et roux et les hermines, ils offrent également une « protection » en tant que bouc émissaire aux autres animaux en proie à ces mêmes prédateurs comme les oies, les passereaux et les oiseaux de rivage.

Un oiseau blanc et gris avec un capuchon brun foncé sur la tête

Labbe à longue queue (Stercorarius longicaudus), un des nombreux prédateurs de lemmings. Dominique Fauteux © Musee canadien de la nature

Alors que les lemmings se font chasser en masse, ces oiseaux vivent un relâchement de pression de prédation. Le fait de partager les mêmes prédateurs, la compétition apparente, peut donc parfois être bénéfique pour certaines proies temporairement.

Conséquemment, les prédateurs et les autres proies se reproduisent avec succès et beaucoup de jeunes sont vus à l’automne. Fait intéressant : c’est cette relation indirecte avec les grandes oies des neiges lorsqu’elles nichent qui fait en sorte que les lemmings ont un effet positif sur la chasse au Québec et aux États-Unis.

Les lemmings, des héros? À vous d’en juger.

 

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