La rivière Old Crow, dans le nord du Yukon, est une zone d’importance en raison de ses fossiles du Pléistocène. À l’époque glaciaire (de 2,6 millions d’années à 10 000 ans avant aujourd’hui), elle faisait partie du « refuge béringien », une région aride et sans glacier qui attirait beaucoup d’espèces animales – toujours vivantes ou disparues depuis – chaque fois que les régions environnantes étaient couvertes de glace.

Pendant une bonne partie de l’année, la rivière Old Crow est un cours d’eau bucolique aux méandres prononcés. Prenant sa source dans l’est de l’Alaska, elle s’écoule vers le sud-est, longeant le parc national Vuntut, jusqu’au village d’Old Crow, où elle se jette dans la rivière Porcupine.

Mais au printemps, le niveau de l’eau s’élève considérablement. En conséquence, depuis des millénaires, les fragments de fossiles enfouis au fond de la rivière et le long des berges se soulèvent et se redéposent continuellement. Beaucoup de ces fragments finissent par se fixer sur les nombreux lobes de méandres, ces langues de terre qui se forment à l’intérieur des courbes de la rivière.

Le lobe de méandre le plus riche en fossiles est un site appelé « Harington’s Loc. 11A » en hommage au paléontologue émérite canadien C.R. Harington, Ph. D., du Musée canadien de la nature. Avec l’archéologue William Irving (de l’ancien Musée national de l’Homme à Ottawa), M. Harington a été l’un des principaux collectionneurs de la rivière Old Crow, ajoutant des milliers de fossiles de cette région aux collections paléontologiques du MCN.

Photo de deux personnes à bord d’un hélicoptère.
Grant Zazula, Ph. D., et son adjointe Elizabeth Hall se préparent à partir pour le site Loc. 11A. M. Zazula, un paléontologue rattaché au gouvernement du Yukon, est basé à Whitehorse et a réalisé de nombreux travaux de terrain sur la rivière Old Crow et dans la région de Dawson, également riche en fossiles. Image: Margaret Currie © Musée canadien de la nature.

En juillet 2019, Grant Zazula, docteur en sciences biologiques, et son associée Elizabeth Hall m’ont invitée à les accompagner ainsi que leurs deux assistants de terrain (du village de la Première nation Vuntut Gwitchin à Old Crow), jusqu’au lobe de méandre Loc. 11A, pour une semaine de prospection de fossiles.

Photo de fossiles sur la berge d’une rivière.
Dès notre descente de l’hélicoptère, nous avons vu des dizaines de fragments de fossiles dispersés sur le lobe du méandre. Figuraient parmi les espèces présentes le cheval (Equus sp.), le mammouth (Mammuthus primigenius), le chameau géant (Paracamelus sp.), l’orignal géant (Cervalces scotti), le caribou (Rangifer tarandus), le castor géant (Castoroides ohioensis) et le paresseux géant (Megalonyx jeffersonii). Image: Margaret Currie © Musée canadien de la nature.

Depuis le village d’Old Crow, un hélicoptère nous a menés au site 11A, où nous avons établi notre campement pour la semaine. Au cours des jours suivants, quand nous n’étions pas en train de faire la collecte au site 11A, nous avons parcouru la rivière en bateau pour visiter d’autres sites documentés par M. Harington.

Photo d’un homme âgé tamisant le sable pour y trouver des fossiles.
Le tamisage du sable, à la recherche de petits os et de dents. On voit à l’arrière-plan l’assistant de recherche David Maxwell (du village de la Première nation Vuntut Gwitchin, à Old Crow) et le trépied à tamis qu’il a construit. (Les peuples Gwitchin sont établis depuis les temps anciens dans la région d’Old Crow; comme on peut s’y attendre, certains de leurs récits et légendes font allusion aux os mystérieux qui parsèment les berges de la rivière Old Crow depuis des millénaires.) Image: Grant Zazula © Musée canadien de la nature.

À la fin de la semaine, les très nombreux sacs d’os triés que nous avions recueillis ont été rapportés par hélicoptère au village d’Old Crow. Conformément aux ententes de 1993 sur les revendications territoriales et l’autonomie gouvernementale, les peuples Gwitchin sont les propriétaires et gestionnaires de tous les fossiles et artéfacts recueillis sur leur territoire depuis 1995.

Photo d’un jeune homme tenant une défense de mammouth.
Pendant nos excursions sur la rivière, nous avons amassé tant de sacs de défenses, de dents et d’os que nous avons eu de la difficulté à tous les placer dans notre petite embarcation! Ici, l’assistant de recherche Caleb Charlie tient une prise de choix : une défense de mammouth presque complète! Image: Grant Zazula © Musée canadien de la nature.

Je tiens à remercier M. Zazula de m’avoir invitée à participer à ses recherches sur le terrain. Après vingt ans passés à prendre soin des quelque 20 000 fragments de fossiles d’Old Crow actuellement hébergés au Musée canadien de la nature, j’ai ainsi eu l’occasion de voir de mes yeux l’environnement où ils ont été découverts.

L’auteure tient aussi à remercier le Centre de connaissance et d’exploration de l’Arctique du Musée canadien de la nature, qui a couvert une partie des frais de déplacement associés à ces travaux de terrain, ainsi que la paléontologue spécialiste des mammifères au Musée, Danielle Fraser, Ph. D., pour la générosité dont elle a fait preuve en offrant une partie de son budget de travaux de terrain dans l’Arctique pour couvrir le solde des frais de déplacement.