Pas moins de 99,9 % de tout le volume de la croûte terrestre se compose de moins d’une centaine d’espèces minérales parmi les plus de 5 500 espèces connues qui se forment sur notre planète. Autrement dit, sur Terre, la diversité minérale est étrangement rare! Pourtant, une diversité phénoménale s’observe dans une poignée de localités précises. La carrière Poudrette (Demix), située sur le mont Saint-Hilaire, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Montréal, et l’un de ces lieux d’exception. Ce site de moins de 1 km2 renferme 439 espèces minérales, soit 25 % de toutes les espèces connues au Canada. Et 71 de ces 439 espèces ont été découvertes pour la première fois ici. 

Agrégat de cristaux prismatiques bleu vif de carletonite.
La carletonite, l’une des 71 nouvelles espèces minérales découvertes au mont Saint-Hilaire (Québec), Canada (6 × 9 cm, CMNMC 87519). Image: © Gilles Haineault 

Cette remarquable diversité s’explique par la complexité de la composition des roches alcalines qui caractérisent le mont Saint-Hilaire. On a trouvé ici des espèces minérales contenant plus de 40 éléments chimiques différents. Bon nombre de ces éléments constituants – le lithium (Li), le béryllium (Be), le zirconium (Zr), le niobium (Nb) et les terres rares – sont eux-mêmes rares dans la croûte terrestre. Même après des décennies d’études scientifiques, beaucoup de processus géologiques qui ont donné lieu à la création du mont Saint-Hilaire, il y a plus de 115 millions d’années, demeurent un mystère. 

Court cristal prismatique orange de remondite-(Ce).
La remondite-(Ce), l’une des plus de 60 espèces minérales contenant des terres rares qui se trouvent au mont Saint-Hilaire (Québec), Canada (2,5 × 2,5 cm, CMNMC 87425). Image: © Gilles Haineault 

En octobre 2020, le Musée canadien de la nature a fièrement annoncé l’acquisition de la collection Gilles Haineault du mont Saint-Hilaire. Il s’agit sans aucun doute de la collection la plus complète qui soit de matières provenant du mont Saint-Hilaire.  

Agrégat lustré, en forme de rosette, de cristaux de catapléiite brun-beige sur une matrice grise.
De la catapléiite, en matrice avec trois espèces associées : la microcline, l’aegirine et la natrolite. Mont Saint-Hilaire (Québec), Canada. Sans doute la pièce maîtresse de la collection, cet impressionnant spécimen de catapléiite est considéré comme le mieux connu. Spécimen complet : 26 × 16 cm; cristaux de catapléiite : 15 × 9 cm (CMNMC 87521). Image: © Gilles Haineault 

Pendant plus de 30 ans, Gilles Haineault a eu un accès sans précédent à des matériaux de carrière fraîchement exhumés. Sa compétence, sa patience et sa persévérance exemplaires lui ont permis de rassembler une collection de plus de 8 000 spécimens.  

Macrophoto de plusieurs cristaux prismatiques jaunes de haineaultite.
La haineaultite, une espèce minérale nommée en l’honneur de Gilles Haineault en 2004 par les minéralogistes A. MacDonald (de l’Université laurentienne) et G. Chao (de l’Université Carleton). Mont Saint-Hilaire (Québec), Canada (champ de vision de 3 mm, CMNMC 87634). Image: © Gilles Haineault 

Au Musée, bon nombre de ces spécimens acquis récemment deviendront des outils de recherche essentiels qui nous aideront à comprendre la complexité géochimique qui donne à notre Terre son caractère unique dans le système solaire. 

Beaucoup de spécimens de cette collection ont aussi une beauté physique inégalée, par leurs qualités optiques extraordinaires (couleur et clarté), ainsi que par la forme atomique parfaite et la dimension exemplaire de leurs cristaux. Récemment, la Commission canadienne d’examen des exportations de biens culturels (CCEEBC) a attesté le statut de trésor canadien de 1 160 des plus beaux spécimens, qui prennent ainsi leur place auprès des chefs-d’œuvre du Groupe des sept et du célèbre Steinway de Glenn Gould. Comme ils font partie intégrante de l’identité culturelle du Canada, leur vente et leur exportation sont interdites, de sorte que les générations futures de chercheurs et de minéralogistes amateurs pourront elles aussi les découvrir. 

Cristal dodécaédrique rose et transparent de sodalite sur une matrice blanche de pectolite.
Sodalite rose (varieté « hackmanite ») sur pectolite. Mont Saint-Hilaire (Québec), Canada (2,5 × 3,5 cm, CMNMC 87458).  Image: © Gilles Haineault 
Cristal tabulaire jaune de leucophanite percé par de longs cristaux prismatiques noirs d’aegirine.
Leucophanite jaune et aegirine noire. Mont Saint-Hilaire (Québec), Canada (2 × 4 cm, CMNMC 87532).   Image: © Gilles Haineault 
Deux spécimens. À gauche, un groupe de cristaux prismatiques presque parallèles de sérandite orange; à droite, un groupe de cristaux noirs ayant une forme similaire.
À gauche : sérandite et analcime (5,5 × 12,5 cm, CMNMC 87497). À droite : sérandite pseudomorphée en birnessite (5 × 13 cm, CMNMC 87515). Mont Saint-Hilaire (Québec), Canada. La birnessite résulte de la transformation d’un cristal de sérandite, dont on voit un spécimen à gauche. Le nouveau minéral conserve la forme de l’ancien. Image: © Gilles Haineault 

Les minéraux du Mont Saint-Hilaire – Uniques, diversifiés, canadiens.