2020 n’a vraiment pas été une année comme les autres.

La pandémie de COVID-19 a forcé le Musée canadien de la nature à fermer ses deux établissements à la mi-mars. L’Édifice commémoratif Victoria, à Ottawa, qui abrite les expositions et les galeries du Musée, a mis en place des mesures assurant la sécurité du personnel et des visiteurs avant de rouvrir ses portes au public en septembre. Le Campus du patrimoine naturel, l’édifice des collections, de la recherche et de l’administration du Musée à Gatineau (Québec), demeure officiellement fermé.

Lors de la fermeture du Campus du patrimoine naturel, le personnel du Musée a quitté les collections, les laboratoires de recherche, la bibliothèque et les archives, ainsi que les bureaux où il travaille normalement, pour effectuer la transition vers le télétravail afin de réduire le plus possible la propagation du virus dans la collectivité. À peu près au même moment, tous les déplacements et les travaux de terrain – qui ont toujours été un élément central de la mission scientifique du Musée – ont été annulés à cause des nombreuses incertitudes associées à la pandémie.

Le Campus du patrimoine naturel héberge les 14,6 millions de spécimens qui constituent la collection nationale d’histoire naturelle du Musée. En temps normal, le Campus est un carrefour de l’activité scientifique basée sur les collections, mais il est étrangement désert depuis le début de la pandémie.

Quand le Campus a fermé ses portes, son accès a d’abord été réservé au personnel responsable des tâches essentielles à la sauvegarde des collections. Depuis l’été dernier, le personnel, les associés de recherche et les étudiants ont accès aux collections, aux laboratoires et aux autres lieux de travail pour réaliser les projets qui ne peuvent se faire à la maison. Des mesures de sécurité strictes sont en place, et l’accès est soigneusement contrôlé. La plupart du temps, toutefois, la majorité du personnel de la division Recherche et collections du Musée continue de travailler à domicile.

Un bureau noir où un chat tricolore trône devant un portable et deux moniteurs.
Le bureau à domicile de Christina Jenness, employée du MCN, et son assistant félin. Image: Christina Jenness © Musée canadien de la nature

Malgré cette situation difficile, notre équipe résiliente de la division Recherche et collections a fait faire de grands progrès aux travaux scientifiques du Musée, axés sur la biodiversité, la géodiversité et l’Arctique.

Voici quelques exemples de nos réalisations :

Nous avons achevé certains projets de recherche, nous en avons avancé d’autres et nous en avons même démarré de nouveaux. Nous avons publié plus de 30 articles sur divers aspects de la biodiversité et de la géodiversité dans des revues à comité de lecture. Nous avons partagé nos connaissances avec d’autres institutions en participant à plusieurs congrès virtuels.

Nous avons organisé les arriérés de données à importer dans le système de gestion des collections (SGC) du Musée, de manière à pouvoir mobiliser l’information en ligne et la mettre à la disposition des chercheurs du monde entier, en plus de faire d’importants progrès dans le projet en cours de la migration des données des collections du Musée vers un nouveau SGC. Nous avons aussi géré l’Expédition de botanique dans l’Arctique, un fructueux projet de science participative qui accélère la numérisation de nos collections de l’Arctique tout en implantant une nouvelle façon de susciter la participation du public.

De plus, nous avons célébré la récente acquisition par le Musée de la meilleure collection de minéraux au monde provenant du mont Saint-Hilaire, au Québec, et nous avons achevé l’installation d’un nouveau système d’information de bibliothèque qui permettra au Musée de mobiliser l’information sur ses actifs par l’entremise de Worldcat.org, le plus vaste catalogue de bibliothèques au monde.

Un spécimen minéral bleu.
La carletonite, l’une des 71 nouvelles espèces minérales découvertes au mont Saint-Hilaire (Québec, Canada) (6 × 9 cm, CMNMC 87519). Image: © Gilles Haineault

Nous avons continué d’exercer notre leadership dans la communauté scientifique, dans les comités de direction et autres de sociétés savantes et dans les comités de rédaction de revues scientifiques, en plus de participer à des forums mondiaux en vue de faire progresser collectivement notre compréhension et notre respect de la nature.

Nous nous sommes engagés dans diverses initiatives de communication qui nous ont permis de partager notre travail avec le public, notamment dans les médias sociaux et dans des événements virtuels avec des partenaires d’un océan à l’autre. Nous avons aussi fait partie de l’équipe du Musée qui a produit la nouvelle exposition Planète Glace : mystères des âges glaciaires, qui explore le puissant apport de la glace et du froid dans la formation du monde où nous vivons aujourd’hui.

Enfin, nous avons transformé notre activité annuelle de portes ouvertes au Campus du patrimoine naturel, qui nous permet normalement d’accueillir quelque 3 000 visiteurs dans les coulisses du Musée, en une série de vidéos qui montrent l’importance, la diversité et la beauté des collections nationales d’histoire naturelle du Musée.

Vers le milieu de l’été, le Musée a mis en place des procédures permettant la reprise sécuritaire de certaines activités de terrain. Nous avons donc réalisé des travaux de terrain sur les poissons, les lichens, les mousses, les petits mammifères et les moules, principalement dans des sites d’étude aux alentours la Région de la capitale nationale. Deux paléobiologistes ont même fait en voiture le trajet d’Ottawa jusqu’au sud de la Saskatchewan, afin d’explorer des sites de fossiles de dinosaures.

Un homme muni d’une pelle, debout devant un petit tas de terre.
Mat Roloson, étudiant en paléobiologie, dans la carrière du parc national des Prairies où l’ancien paléontologiste du MCN Wann Langston Jr. avait recueilli un squelette de Triceratops en 1962. Image: Jordan Mallon © Musée canadien de la nature

Il est indéniable que la pandémie a changé le monde. Au cours des neufs derniers mois, elle a certes modifié notre façon de réaliser nos travaux scientifiques au Musée, mais elle n’a rien changé à leur importance.

Le déploiement d’un vaccin à la grandeur du Canada nous permet d’espérer un retour à la normale dans le monde et dans notre vie. Mais quand nous émergerons de la pandémie, les crises mondiales de la perte de la biodiversité et du changement climatique retiendront de nouveau l’attention. Nous savons que les solutions à ces défis doivent reposer sur la science.

Le Musée canadien de la nature a un rôle essentiel à jouer dans la production de connaissances et de compréhensions nouvelles sur la biodiversité et la géodiversité de notre planète. Ces savoirs éclairent à leur tour la prise de décisions concernant la gestion, la protection et l’utilisation durable de notre patrimoine naturel; la construction, la conservation et l’accessibilité de la collection nationale d’histoire naturelle, afin de nourrir les recherches actuelles et futures sur la biodiversité et la géodiversité; enfin, la compréhension collective du monde naturel qui nous entoure.

Les travaux scientifiques du Musée ont peut-être plus d’importance aujourd’hui que jamais auparavant. La pandémie nous a ralentis, mais notre travail se poursuit. Pour ma part, j’ai hâte à 2021.  

Texte traduit de l’anglais.