Les squelettes de divers animaux préhistoriques figuraient parmi les nombreux spécimens présentés dans Planète gIace : mystères des âges glaciaires, notre exposition spéciale récemment terminée qui lancera bientôt sa tournée à travers le Canada et les États-Unis. Certains de ces squelettes étaient de véritables spécimens fossilisés provenant de nos collections, tandis que les autres étaient des reproductions, ce que nous appelons des « moulages ». En tournée, les vrais fossiles que l’on a pu admirer à Ottawa seront eux aussi remplacés par des répliques. 

Deux crânes fossilisés exposés dans un musée.
Deux spécimens fossilisés – un crâne de béluga (Delphinapterus leucas) vieux de 13 000 ans découvert en Ontario (en haut) et un crâne d’ours des cavernes (Ursus spelaeus) d’Europe (en bas) – exposés dans le cadre de Planète glace : mystères des âges glaciaires. Présentée en primeur à Ottawa, cette exposition fera une tournée qui débutera au Centre des sciences de l’Ontario à Toronto. Ces deux fossiles authentiques ne seront pas du voyage : remplacés par des répliques, ils retourneront dans l’entrepôt sécurisé de l’Édifice des collections et de la recherche du Musée canadien de la nature à Gatineau. Numéros de catalogue : CMNFV 21336 (béluga), CMNFV 7760 (ours des cavernes). Image: Scott Rufolo, © Musée canadien de la nature (béluga); Martin Lipman, © Musée canadien de la nature (ours des cavernes) 

La sécurité de nos spécimens est toujours notre principale préoccupation lorsque nous déterminons ce que nous allons présenter dans une exposition, surtout dans le cas d’une exposition itinérante. Les fossiles sont extrêmement fragiles et essentiellement irremplaçables; chaque spécimen est unique et ouvre une fenêtre différente sur le passé. Mon travail consiste souvent à fabriquer une reproduction d’un fossile qu’il serait trop risqué de transporter. 

Lorsqu’il le faut, nous nous efforçons de créer des répliques exactes afin d’offrir aux visiteurs une vitrine éducative et motivante. Les répliques très détaillées en résine sont soit des moulages réalisés à partir de moules provenant des spécimens originaux, soit des impressions en trois dimensions produites à l’aide de la technologie d’imagerie 3D. Dans un cas comme dans l’autre, ces moulages sont généralement d’une couleur uniforme (habituellement le blanc); il faut donc les peindre pour qu’ils ressemblent le plus possible au spécimen original. 

Souvent, des visiteurs du musée nous demandent si tous les fossiles sont bruns. La réponse brève à cette question est non, mais je trouve la réponse détaillée bien plus intéressante. La fossilisation d’un animal mort – dinosaure, mammifère ou autre – nécessite un ensemble particulier de circonstances. Si ces exigences essentielles sont réunies et que les restes de l’animal sont recouverts assez vite, alors le processus de fossilisation peut commencer. 

Des squelettes de dinosaures exposés dans un musée.
Des squelettes de dinosaures dans la Galerie des fossiles du Musée canadien de la nature. Environ 80 % des spécimens exposés sont de vrais fossiles. De ce nombre, environ 90 % sont bruns. La plupart des fossiles de dinosaures proviennent du Canada, où ils se sont formés par perminéralisation, dans des milieux riches en fer. Pendant des milliers d’années, sous la pression extrême exercée par le poids des couches successives de sédiments, les os s’encastrent à l’échelle microscopique dans des minéraux ferreux qui leur donnent une couleur sombre, brun-rougeâtre. Image: © Musée canadien de la nature 

Il existe toutefois plusieurs voies de fossilisation possibles, selon le type de minerai. C’est la nature des minerais environnants qui détermine la couleur finale de chaque fossile. Les minéraux du monde ont des propriétés physiques très variables, qu’il s’agisse de leur structure, de leur dureté ou de leur lustre, par exemple. Les sédiments et l’eau souterraine du site où l’animal s’est enfoui contiennent généralement des minéraux de couleurs variées. 

À mesure que les minéraux des matières environnantes pénètrent un os enfoui et finissent par enrober – et parfois par remplacer – la matière organique d’origine, l’os fossilisé acquiert les propriétés physiques de ces minéraux, dont la couleur. En général, ce ne sont pas des couleurs vives comme le bleu, le rouge ou le jaune; les teintes vont du noir complet au blanc de neige, du vieux rose au jaune pâle, du beige clair au brun foncé.  

Beaucoup de fossiles d’Amérique du Nord contiennent du phosphate, du calcaire ou du fer. Le phosphate produit généralement des fossiles noirs et le calcaire, des fossiles d’un gris jaunâtre. Cependant, bon nombre de fossiles, en particulier de dinosaures, se trouvent dans des milieux riches en fer, qui produisent généralement les divers tons de brun-rougeâtre que l’on peut voir au Musée.  

Cinq squelettes de mammifères disparus exposés dans un musée.
Des moulages assemblés des squelettes de divers mammifères des périodes glaciaires présentés dans l’exposition Planète glace. La couleur pâle du castor géant (Castoroides ohioensis) à l’extrême gauche contraste avec la coloration plus sombre de ses compagnons. Il s’agit de la reproduction d’un spécimen découvert au Minnesota, qui était conservé dans un milieu contenant des minéraux de couleurs claires. Numéro de catalogue : CMNFV 44757 (castor). Image: Martin Lipman, © Musée canadien de la nature 

La couleur d’un fossile reflète l’environnement d’origine où l’animal s’est enfoui et s’est lentement fossilisé avant d’être finalement découvert. La couleur peut nous renseigner sur le milieu où l’animal est mort, les événements géologiques survenus depuis et les lieux où l’on pourrait chercher des fossiles semblables. En conséquence, quand on peint une réplique, il est extrêmement important de reproduire exactement la couleur du fossile d’origine afin de communiquer toute l’histoire de la vie de l’animal, de sa mort et de la découverte du fossile. 

Quatre photos d’un moulage d’un crâne de béluga illustrant les étapes du processus de peinture.
Les étapes successives de la peinture du moulage de crâne de béluga présenté dans l’exposition itinérante Planète glaceA. L’impression 3D initiale, non peinte (sur cette photo, contrairement aux autres de la série, le crâne est à l’envers). B. Après la couche d’apprêt et une couche de fond de la couleur générale de la pièce. C. L’ajout de détails des variations de couleur et des caractéristiques superficielles. D. La version définitive, où l’on a ajouté les plus fines variations de teinte, de dégradé et de surface. Image: Alan McDonald, © Musée canadien de la nature 
Photo d’un moulage de crâne de béluga et du fossile dont il est la copie.
Le moulage final et tous ses détails, à côté du fossile original. Pouvez-vous les différencier? Le vrai crâne fossilisé est celui de droite. Image: Alan McDonald, © Musée canadien de la nature