Il y a maintenant près d’un an que nous avons nerveusement commencé notre valse discordante de mesures de distanciation. À pareille époque l’année dernière, ma famille et moi étions en train d’emballer nos effets personnels afin de déménager de Chicago à Ottawa pour mon nouveau poste au Musée canadien de la nature. La pandémie avait commencé à s’infiltrer dans notre vie. Des particules d’incertitude étaient palpables. Un mois plus tard, notre avion a décollé alors que les autorités fermaient la frontière, et j’ai fini par commencer mon travail dans une installation de quarantaine.

Aussi stressant cela puisse-t-il être, je crois à la valeur de l’examen rétrospectif. Quiconque lit cet article a traversé ces douze derniers mois extrêmement difficiles d’une manière ou d’une autre. C’est un bon moment pour marquer une pause, regarder derrière nous et nous encourager par une tape métaphorique dans le dos.

Ayant travaillé plusieurs années auprès des musées et leurs collections, je voudrais proposer pour cette occasion une idée de cadeau Saint-Valentin sur le thème de la nature, quelque chose que vous pourriez offrir à vos proches, ou créer pour vous faire plaisir.

J’ai fait un tel cadeau pour moi-même. Voici à quoi cela ressemble :

Une planche d’histoire naturelle encadrée, accrochée à un mur.
Une planche encadrée, tirée de la monographie sur l’embryologie de la chimère publiée par Bashford Dean en 1906. Image: Tetsuto Miyashita, © Musée canadien de la nature

Cette planche illustre une série d’alevins de chimères, un merveilleux groupe de poissons cartilagineux qui planent au-dessus du fond marin à l’aide de leurs nageoires pectorales en forme d’ailes. Ceux qui fréquentent les libraires-antiquaires connaissent bien ces éléments de décor intérieur. On trouve au moins une de ces boutiques de livres anciens dans chaque grande ville d’Europe. Certains antiquaires découpent des pages de vieux livres d’histoire naturelle pour les vendre séparément. Mais avec le plan que je vous propose, il n’est pas nécessaire de détruire des livres pour aménager un sanctuaire d’illustrations d’histoire naturelle dans votre demeure.

Commencez par vous procurer un cadre de format 8 po × 10 po ou 5 po × 7 po. Assurez-vous d’avoir accès à une imprimante couleur à jet d’encre de qualité raisonnable (l’impression laser ajoute un brillant artificiel). Il reste la partie la plus amusante : la recherche d’images.

Ma source préférée est la Biodiversity Heritage Library, un énorme projet de préservation de la littérature d’histoire naturelle mené par le Smithsonian. Le projet s’est élargi pour inclure un certain nombre de collections de partenaires internationaux, y compris la collection de livres rares conservée au Musée canadien de la nature. Ce site Web offre un vaste univers d’excellents livres et périodiques historiques.libres de droits d’auteur et peut être reproduit à des fins non commerciales si les informations sources sont citées. Vous cherchez le Manuel d’embryologie comparative et expérimentale des vertébrés d’Oscar Hertwig, paru en 1906? La série Les Oiseaux d’Australie de John Gould, publiée dans les années 1840, vous intéresse? La « Description des ossements fossiles des environs d’Anvers », parue dans les Annales du Musée royal d’histoire naturelle de Belgique, pique votre curiosité? Tout est là. Le site Flickr propose un raccourci pour la recherche d’images, mais je vous recommande de télécharger des images JPEG à haute définition de pages choisies des fichiers d’origine, dans le site principal.

Une image d’un site Web.
Le site Flickr de la Biodiversity Heritage Library

Pour celles et ceux qui s’intéressent plutôt à la photographie moderne de la faune, je recommande le projet Photo Ark de la société National Geographic, par Joel Sartore.

Une image d’un site Web.
Le site Web du projet Photo Ark de la société National Geographic

Le reste de la procédure est assez simple : imprimez l’image, encadrez-la, accrochez-la au mur.

Pour le moment, j’admire ma pièce la plus récente : une planche tirée d’une monographie publiée il y a un siècle. Elle est l’œuvre de l’illustrateur japonais Jujiro Nomura, qu’une étrange série de coïncidences a amené à déménager aux États-Unis et à habiter avec un gentleman-scientifique excentrique, Edward Phelps Allis. D’abord amateur et mécène, Allis a développé son expertise en anatomie comparative des poissons vers la fin de sa vie.

Une planche encadrée tirée d’Allis (Journal of Anatomy, vol. 56 [1922], p. 189-294) sur l’anatomie crânienne d’un poisson à poumon, le polyptère, accrochée au mur de mon bureau à la maison. Image: Tetsuto Miyashita, © Musée canadien de la nature

Paradoxalement, la clé pour la compréhension de ces illustrations dans le style ukiyo-e se trouve dans ce que l’illustrateur n’a pas dessiné. Comme Nomura utilise un code de couleurs pour distinguer les divers types de tissus, il ne produit pas une communication optique précise du spécimen. Toute l’image manque étrangement de tridimensionnalité, un peu comme les mangas et les tableaux numériques d’aujourd’hui. À cause de cette réduction, on peut presque « voir » les arcs des branchies à travers un vernis d’encre, même si aucun trait plein ne communique cette information. Nomura trace des contours si légers qu’on pourrait parler d’ombres métaphysiques. En ce sens, cette planche existe en un point précis sur le continuum qui va de la chair à l’anatomie interne.

En passant, Allis et Nomura ont survécu à la pandémie de 1918-1919.

Si ce nouvel élément de votre décor vous satisfait, je vous invite à apporter votre soutien aux sources des images. La Biodiversity Heritage Library et le projet Photo Ark préservent tous deux un patrimoine que nous n’avons pas les moyens de perdre. Ils font partie de ceux et celles à qui j’exprime ma gratitude, en particulier au terme de cette année difficile.