Philip Bell-Doyon, Université Laval, et Troy McMullin, Musée canadien de la nature.

Les calicioïdes sont un groupe diversifié de lichens et de champignons minuscules, en forme d’épingle, qui vivent dans des microhabitats très spécialisés, notamment dans les crevasses profondes de l’écorce, les vieux chicots secs et, étonnamment, sur d’autres calicioïdes. Bon nombre d’entre eux ne se trouvent que dans les forêts anciennes.

Deux photos de lichens minuscules disposées côte à côte. Chaque lichen mesure de 1 à 2 mm de hauteur et ressemble à une épingle à tête ronde. Ceux de la photo de gauche sont noirs et ceux de la photo de droite sont bruns et orangés.
Chaenothecopsis tsugae (à gauche) et Sclerophora coniophaea (à droite) sont deux espèces calicioïdes rares qui ont été récoltées dans l’écosystème forestier intact de Ya’nienhonhndeh. Image: Troy McMullin © Musée canadien de la nature

Plus les forêts anciennes disparaissent, plus les organismes qui en dépendent deviennent rares. Peu de secteurs du sud du Québec demeurent épargnés par l’industrie du bois, mais ceux qui restent abritent vraisemblablement une biodiversité unique qui, comme nous l’avons découvert, comprend de remarquables communautés de  calicioïdes.  

Photo d’un grand lac entouré de toutes parts par une forêt dense. Il y a des nuages dans le ciel, mais la lumière du soleil éclaire les collines boisées.
Vue aérienne du lac Croche, l’un des plus grands lacs de Ya’nienhonhndeh. Image: © Bureau du Nionwentsïo, Conseil de la Nation Huronne-Wendat 2020

La Nation huronne-wendat appelle Ya’nienhonhndeh notre site d’étude, ce qui signifie «là où on trouve des plantes médicinales», et s’étend sur 400 km2. Nous avons identifié en tout 34 espèces de calicioïdes, dont plusieurs sont rares et trois n’avaient encore jamais été observées au Québec. 

Deux photos de lichens minuscules disposées côte à côte. Ces lichens mesurent de 0,5 à 2 mm de hauteur et ressemblent à des épingles à tête ronde. Celui de la photo de gauche est noir et ceux de la photo de droite sont jaune pâle.
Chaenothecopsis australis (à gauche) et une forme albinos de Chaenotheca chrysocephala (à droite) font partie des spécimens les plus intéressants. Image: Troy McMullin © Musée canadien de la nature

Cet article illustre le fait que des lichens et des champignons minuscules (les calicioïdes) peuvent nous aider à démontrer la valeur de conservation des écosystèmes forestiers intacts. Il nous rappelle aussi que de nombreux organismes de la forêt boréale nous sont encore très peu connus et que d’autres pourraient n’être jamais découverts si nous laissons abattre leurs derniers refuges.

Deux images côte à côte. À gauche, un lac parfaitement calme, entouré de toutes parts d’une forêt dense, à la surface duquel les nuages se reflètent. À droite, un peuplement de hauts sapins baumiers, entouré d’arbres plus petits.
L’un des nombreux lacs et un sapin baumier de forêt ancienne au cœur de la forêt intacte. Les seuls moyens d’accès sont l’hélicoptère et de longs portages en canot. Image: © Bureau du Nionwentsïo, Conseil de la Nation Huronne-Wendat 2020 

En savoir plus sur les calicioïdes ici:

Bell-Doyon, P., S.B. Selva et T.R. McMullin. 2021. Calicidoid fungi and lichens from an unprotected intact forest ecosystem in Québec. Écoscience.  http://dx.doi.org/10.1080/11956860.2021.1885804