Quand les gens pensent à des plantes carnivores, la première chose qui leur vient à l’esprit est la dionée attrape-mouches, une espèce indigène des États-Unis. Mais saviez-vous qu’il y a des plantes carnivores indigènes au Canada? Nous avons la chance d’avoir une espèce de sarracénie et plusieurs espèces de droséras, de grassettes et d’utriculaires. 

Deux pages d’herbier beiges, disposées côte à côte, une étiquette blanche au bas de chacune. Sur la page de gauche, plusieurs petites plantes à poils hérissés, d’un vert mat; sur celle de droite, le pressage d’une plante beaucoup plus grande aux feuilles jaunes et rouges, portant une grande fleur jaune.
Deux spécimens de plantes carnivores des prairies du Canada : le droséra à feuilles linéaires (Drosera linearis, à gauche) et la sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea, à droite). Ce ne sont là que deux des centaines de spécimens de plantes carnivores conservés au Musée canadien de la nature. Pendant mon séjour au Musée, j’ai eu le plaisir de produire des images de nombreux spécimens des terres humides des prairies, grâce aux généreuses contributions de « The Mosaic Company – Canada ». Image: Marrissa Miller © Musée canadien de la nature 

Les plantes carnivores du Canada emploient un large éventail de stratégies pour piéger les insectes. La sarracénie, par exemple, utilise un piège en forme d’urne. Cette cavité remplie de liquide emprisonne les insectes, les araignées ou tout autre petit animal qui y tombe. La sarracénie peut même digérer de petites salamandres dans la soupe d’enzymes et de microorganismes au fond de son urne profonde et étroite! 

Un grand groupe de sarracénies pourpres et vertes poussant sur un sol marécageux (à gauche) et un gros plan sur une sarracénie rouge et verte, sur fond d’herbages (à droite).
Des sarracénies pourpres (Sarracenia purpurea) près du lac Upper Head dans le parc Algonquin (à gauche) et à Clyde Fen (Alberta) (à droite). Les feuilles de la sarracénie forment une « urne » appelée phytotelme (du grec phyto, « plante », et telmata, « mare »). Image : (à gauche) Patrick Strzalkowski © Carnivorous Plant Society of Canada ; (à droite) Kristyn Mayner © Alberta Native Plant Council 

Les droséras et les grassettes utilisent des pièges collants : leur mucilage gluant attire, emprisonne et digère les invertébrés qui passent sur leurs feuilles. Les droséras ont un système particulièrement ingénieux. Quand un animal s’englue dans leur mucilage, leur feuille se referme sur lui pour l’empêcher de s’échapper. 

Une demoiselle bleu vif, au corps allongé et aux grandes ailes, est engluée sur un droséra. Le droséra est rouge et vert, ses feuilles sont couvertes de poils portant une gouttelette d’adhésif (à gauche). Une plante jaune pâle en forme d’étoile pousse sur le sol nu, avec quelques herbages à l’avant-plan. Une foule de petits insectes s’y sont englués (à droite).
Une demoiselle prise au piège d’un droséra (Drosera × obovata) sur l’île de Vancouver (à gauche). Une grassette (Pinguicula vulgaris) couverte d’insectes sur l’île de Vancouver (à droite). Les droséras et les grassettes sont un exemple d’évolution convergente, où deux organismes sans lien de parenté ont des traits similaires. En fait, les grassettes s’apparentent davantage aux utriculaires! Images : Steve Bradford © Carnivorous Plant Society of Canada 

L’utriculaire est une plante principalement aquatique; sa stratégie est donc très différente. Elle porte une cavité remplie d’air, fermée par une trappe. Quand un animal touche les poils à l’extérieur de la trappe, celle-ci s’ouvre d’un seul coup et engloutit l’animal et l’eau environnante. 

Voir une utriculaire en action! 

Même si la stratégie de capture de l’utriculaire (Utricularia sp.) est très différente, son piège est fait de matériel foliaire modifié, tout comme tous les autres pièges décrits dans cet article!  

Malgré la diversité de leurs stratégies de piégeage, toutes les plantes carnivores ont un point commun : leur carnivorisme est une adaptation à un sol faible en nutriments, et la digestion d’animaux leur donne les nutriments qui leur manquent. Ces conditions de carence en nutriments sont caractéristiques des milieux humides, où manquent l’azote et le phosphore nécessaires à la survie des plantes. 

En préservant des spécimens de plantes carnivores depuis plus de 200 ans, l’Herbier national du Canada hébergé au Musée canadien de la nature offre aux scientifiques, aux étudiants et à bien d’autres personnes une ressource d’apprentissage sur la biodiversité des milieux humides et son évolution au fil du temps. Cette ressource est également essentielle pour la protection de la biodiversité. 

Je tiens à remercier particulièrement l’Alberta Native Plant Council (ANPC), l’Alberta Biodiversity Monitoring Index (ABMI) et la Carnivorous Plant Society of Canada (CPSC), qui ont joué un rôle de premier plan dans ma recherche et m’ont fourni plusieurs des magnifiques photos qui y sont incluses. J’aimerais aussi remercier « The Mosaic Company – Canada », qui a contribué financièrement à la numérisation de spécimens d’une grande importance, dont ceux-ci.  

Pour un complément d’information sur la numérisation des spécimens, je vous recommande de consulter les articles de blogue suivants : https://museecanadiendelanature.wordpress.com/2020/12/09/la-science-en-isolement%e2%80%af-le-travail-de-terrain-sur-les-lots-en-attente/ 

Vidéo de Philippe Marmottant, CNRS Grenoble. 

Texte traduit de l’anglais.