Cette exposition a été créée en partenariat avec Polar Knowledge Canada, Hatch et Enbridge. Le commanditaire de la saison du musée est le Globe and Mail. Merci à tous nos commanditaires. 

Maintenant que la pandémie de COVID-19 est entrée dans sa troisième année, il est inévitable d’observer son effet sur la société. Les médias continuent de publier des analyses de l’influence du virus sur la santé, l’économie, l’éducation, etc. L’ampleur des effets actuels de la pandémie sur nos institutions et notre vie personnelle est évidente, sans parler de ses répercussions sur l’avenir. 

L’histoire de l’humanité est ponctuée d’occurrences qui ont infléchi la trajectoire de sociétés entières. À une échelle plus vaste, l’histoire de notre planète et de toutes les formes de vie qu’elle abrite a elle aussi subi l’influence de certains événements marquants dont l’écho retentit dans le temps géologique. On en trouve un bon exemple dans la plus récente période glaciaire, qui a duré d’il y a 120 000 ans à 11 000 ans environ, et qui fait l’objet (de même que les périodes glaciaires précédentes de l’histoire de la Terre) d’une exposition spéciale mise sur pied récemment par le Musée canadien de la nature. 

À la fin de 2020, nous avons inauguré Planète glace : mystères des âges glaciaires. Cette exposition itinérante devait être présentée dans plusieurs institutions canadiennes et américaines, mais les fermetures et autres perturbations associées à la pandémie ont empêché ce projet de se réaliser comme prévu (sauf un séjour au Centre des sciences de l’Ontario). De plus, l’exposition n’a pas rejoint autant de gens qu’on l’espérait pendant sa présentation à Ottawa. C’est pourquoi nous avons le plaisir d’annoncer que le Musée canadien de la nature présente de nouveau son exposition cet été avant de relancer sa tournée transcontinentale. 

Vitrine de musée présentant des animaux naturalisés.
Voici quelques-uns des animaux modernes adaptés à la vie au grand froid que l’on peut découvrir dans Planète glace : mystères des âges glaciaires. De gauche à droite : le caribou (Rangifer tarandus), le bœuf musqué (Ovibos moschatus) et le loup gris (Canis lupus). L’équipe de projet a dû elle aussi apprendre à s’adapter, non pas au froid, mais à la COVID, car le développement de l’exposition et la date prévue de son inauguration ont coïncidé avec le début de la crise pandémique. Image: Martin Lipman, © Musée canadien de la nature 

Planète glace est axée sur l’action des températures froides, de la neige et de la glace. Ces forces naturelles façonnent les paysages, les écosystèmes et l’évolution biologique de notre planète. Dans un article antérieur, j’ai expliqué que Planète glace nous montre comment les humains ont pu survivre dans le froid, avec des vitrines axées sur les adaptations culturelles des habitants préhistoriques de l’Arctique. Depuis que j’ai participé à l’élaboration de ce contenu archéologique et que j’ai visité l’exposition dans son état final, j’ai tendance à remarquer les liens aussi nombreux que variés de l’histoire naturelle avec la neige et la glace. 

Un homme regarde une vitrine d’artéfacts dans un musée.
L’auteur admire les magnifiques artéfacts provenant de sites archéologiques du Nunavut présentés dans Planète glace. Ces objets nous montrent quelques-unes des adaptations ingénieuses à la vie dans l’Arctique mises au point par les cultures dorsétienne (v. 500 av. J.-C. à 1300 de notre ère) et thuléenne (v. 1000-1600 de notre ère). Image: Martin Lipman, © Musée canadien de la nature 

Un survol des nouvelles recherches publiées depuis deux ans révèle l’étonnante complexité et la vaste influence de la glace en tant que substance dans le monde naturel. Saviez-vous que, techniquement, l’eau gelée est un minéral qui possède des formes cristallines diverses, dont on vient de découvrir la dix-neuvième variété? Ou que la glace de mer façonne l’écologie des forêts de varech (anglais seulement) le long des côtes canadiennes? Des travaux publiés récemment révèlent aussi que l’Arctique canadien a connu une phase interglaciaire plus chaude et plus verte avant la plus récente période de glaciation, ce qui donne une idée de l’apparence que pourrait avoir un Haut-Arctique libre de glaces si le réchauffement climatique se poursuit. 

Photo sous-marine d’une forêt de varech.
Le Macrosystis pyrifera est une espèce d’algue brune très répandue qui forme des forêts de varech le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord, de la Basse-Californie à la péninsule de l’Alaska. D’après des recherches récentes, advenant une réduction de la couverture de glace, les espèces de varechs qui vivent le long des côtes orientales de l’Arctique canadien pourraient former des forêts plus denses, semblables à celle-ci. Image: © NOAA National Ocean Service (CC BY 2.0) 

De l’autre côté du globe, nous constatons que les vastes plateformes de glace qui entourent l’Antarctique abritent une communauté animale unique et méconnue, adaptée aux conditions sombres et froides de l’eau qu’elles recouvrent. C’est également en Antarctique que pourrait se trouver la glace la plus ancienne au monde. Vieille d’un million et demi d’années, cette glace pourrait nous aider à comprendre les facteurs climatiques qui influent sur le cycle des glaciations depuis mille millénaires. 

Mais ce qui a le plus retenu mon attention à titre de conservateur de la section Paléobiologie du Musée – et de jardinier –, c’est la recherche qui documente le lien entre les glaciers et les vers de terre. Probablement comme la plupart des gens, quand je pense à la dernière glaciation, je vois en esprit des mammouths velus, des ours géants des cavernes, des rhinocéros laineux, voire des carcajous ou des spermophiles… mais jamais des lombrics! En fait, il y a une bonne raison à cela. 

Un crâne d’ours des cavernes exposé dans un musée.
Un crâne d’ours des cavernes (Ursus spelaeus) présenté dans l’exposition Planète glace. Ces grands animaux qui hantaient les contreforts montagneux d’Eurasie se sont adaptés aux conditions qui prévalaient au sud de la vaste masse glaciaire qui recouvrait une grande partie de l’Europe du Nord pendant la plus récente glaciation. Mais vous ne verrez aucun fossile de lombric dans cette exposition! Image: Martin Lipman, © Musée canadien de la nature 

La plupart des populations de lombrics qui vivent actuellement au Canada ont fait leur apparition dans les sols nordiques au cours des derniers siècles, sous l’action de l’activité humaine. Auparavant, ces créatures étaient à peu près absentes du pays, car la dernière glaciation les avait exterminées. Il était impossible pour les vers de terre de survivre dans les conditions qui prévalaient sous l’épaisse couche de glace qui recouvrait alors la majeure partie de l’actuel Canada. 

Représentation numérisée de la Terre recouverte de glace il y a 20 000 ans.
Cette représentation numérisée de l’hémisphère Nord illustre l’étendue estimative de la glaciation pendant le dernier maximum glaciaire, il y a environ 20 000 ans. Cette épaisse masse de glace qui recouvrait presque tout le territoire actuel du Canada empêchait bon nombre de formes de vie, dont le lombric, de survivre en Amérique du Nord. Image: © NOAA Science On a Sphere (CC BY 2.0) 

En plus de constituer une intéressante bizarrerie de l’évolution, l’absence de lombrics causée par la glace a des ramifications plus sérieuses dans le monde moderne. Les communautés postglaciaires d’insectes ne se sont pas développées en présence des lombrics, dont le comportement modifie la structure et la composition de la litière feuillue et des sols sur le parterre forestier. Cette évolution du sol, de même que la concurrence des lombrics pour la nourriture, a réduit la biomasse et la biodiversité des insectes. Dans les forêts peuplées de lombrics envahissants, le nombre d’insectes et de leurs espèces est réduit. 

Donc, les lombrics sont bénéfiques pour les jardins sous un climat boréal, mais peut-être pas autant pour les forêts et les autres écosystèmes. Cela peut paraître incroyable, mais les glaciations successives sont bel et bien une cause sous-jacente des tendances de la distribution des lombrics en Amérique du Nord et du problème moderne de la perte d’insectes. Le froid et la glace ont vraiment le pouvoir d’influer sur l’histoire naturelle de notre planète. 

Je vous invite à visiter Planète glace : mystères des âges glaciaires, ici à Ottawa ou sur le parcours de cette exposition itinérante, afin d’enrichir vos connaissances sur les effets variés et fascinants de la neige et de la glace sur l’orientation des changements géologiques et biologiques au cours des milliards d’années d’évolution de notre planète. La COVID-19 a peut-être interrompu la diffusion de Planète glace pour un certain temps, mais maintenant, que le spectacle continue!