L’art et la science : un mariage naturel

En tant que biologiste et qu’artiste, j’attends avec fébrilité l’exposition L’art de la flore au Musée canadien de la nature (du 10 mai au 14 octobre 2018), qui rappelle à quel point les mondes de l’art et de l’histoire naturelle se chevauchent.

L’art s’est toujours inspiré de la nature et de sa diversité de formes. Dans la collection Art de la nature du Musée vous verrez à quel point la nature a suscité l’exécution de grandes œuvres d’art lesquelles, à leur tour, ont guidé et émerveillé les scientifiques.

Mais les liens unissant l’art et la nature vont au delà d’une inspiration mutuelle. L’un comme l’autre animent souvent une seule et même personne et les deux se nourrissent d’une passion pour la nature.

Des peintures et des photographies suspendues à un panneau dans une collection d’art.

La collection Art de la nature du Musée contient une diversité d’œuvres d’art ayant comme sujet la nature, notamment des peintures d’Allan Brooks et des estampes de John James Audubon. Image : Cassandra Robillard © Musée canadien de la nature.

L’été dernier, j’ai participé au Camp d’art et au bioblitz de la rivière Dumoine organisés par la Société pour la nature et les parcs du Canada. Cet évènement combinait une retraite artistique et un recensement biologique du bassin versant de la rivière Dumoine. (Consultez ce lien pour vous inscrire au camp artistique de cette année, d’ici au 1er mai).

À ce camp de la rivière Dumoine, je participais, comme plusieurs autres, à la fois au recensement d’histoire naturelle et aux activités artistiques.

Le biologiste Fred Schueler a récité des poésies sur l’écologie des arbres du Canada, la conservatrice de botanique du Musée Jennifer Doubt a pris des macrophotos saisissantes de mousses, tandis que le météorologue Phil Chadwick a délaissé un moment sa peinture pour exposer les phénomènes scientifiques responsables de la formation des nuages.

Une scène dans la forêt : une femme peint pendant qu’une autre, à sa droite, examine les photos sur son appareil.

L’artiste Angela St Jean peint pendant que l’auteure du blogue Cassandra Robillard, adjointe technique en botanique au Musée, regarde ses photos de mousses et de lichens après une journée de relevé biologique dans le cadre du bioblitz 2017 du bassin de la rivière Dumoine de la Société pour la nature et les parcs du Canada. Image : Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature.

De fait, certaines des plus belles œuvres d’art portant sur la biologie sont signées par des scientifiques artistes, par exemple : les estampes de John James Audubon dans The Birds of America (1827-1838), les lithographies du zoologue Ernst Haeckel dans Kunstformen der Natur (site en anglais) (1904) et, au Canada, les peintures et les esquisses des botanistes Faith Fyles et Sylvia Edlund (site en anglais).

Edlund_and_drawings

La botaniste Sylvia Edlund a fait des dessins en couleur de plantes arctiques pour sa publication Fleurs sauvages arctiques communes des Territoires du Nord-Ouest. De gauche à droite dans le sens horaire : séneçon des marais (Tehproseris palustris subsp. congesta), astragale alpin (Astragalus alpinus), chicouté (Rubus chamaemorus). Image : © La commission géologique du Canada (photographie) / Sylvia Edlund, © La commission géologique du Canada (dessins).

Au delà de ces aspects pratiques, ce qui lie aussi l’histoire naturelle et l’art est le fait que, dans les deux cas, ces occupations sont vécues comme un mode vie plutôt que comme un emploi dans le sens général du terme.

Une des discussions fréquentes entre les participants du camp de la rivière Dumoine était précisément à quel point il était difficile de gagner sa vie en poursuivant sa passion, mais que, malgré les difficultés, ils ne l’abandonneraient pour rien au monde.

Et c’est une bonne chose, parce que plus les artistes et les naturalistes se découvriront de points communs, plus ils inspireront les autres des merveilles de la nature !

Une illustration botanique de cônes de pin rouge.

Admirez d’autres oeuvres d’art botaniques comme cette illustration de pin rouge (Pinus resinosa) à l’exposition L’art de la flore, à l’affiche du 10 mai au 14 octobre à la Galerie aux murs de pierre du Musée. Image : Kathryn Chorney © 2017 Kathryn Chorney.

 

Texte traduit de l’anglais.

Publié dans Art, botanique, Expositions, Uncategorized | Tagué | Laisser un commentaire

La nouvelle Galerie de l’Arctique : Réconciliation, humains et histoire naturelle

La nouvelle Galerie de l’Arctique Canada Goose marque un pas important pour le Musée. Il s’agit en effet de la seule galerie actuelle du Musée comportant une part substantielle d’objets et de thèmes anthropologiques. En d’autres mots, c’est la seule exposition qui englobe les humains dans l’histoire naturelle.

En plus de mettre en lumière de nombreux aspects de la région polaire nordique, comme la géographie, la géologie, la flore, la faune et les écosystèmes, la galerie présente des artéfacts et des expositions sur les cultures et les langues arctiques.

En tant que paléontologue et archéologue, je m’en réjouis. Après tout, les humains ne font-ils pas partie de la nature ? Sans compter qu’il est souvent difficile d’aborder de façon exhaustive une question d’histoire naturelle sans faire référence au rôle que nous y avons pris.

Alors pourquoi les humains sont-ils largement absents de la majorité des expositions du Musée ?

Les artéfacts présentés au Musée.

La nouvelle Galerie de l’Arctique aborde la présence humaine dans le Nord dans plusieurs sections, notamment en présentant des artéfacts préhistoriques et historiques . Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les vestiges de l’expédition malheureuse de Franklin (1845-1848) illustrent les efforts des Européens pour cartographier le passage à travers l’archipel Arctique du Canada. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les outils et autres objets paléo-esquimaux représentent les divers peuples pré-Inuits qui ont colonisé l’Arctique à l’origine. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les cartes mettant en évidence la variété de langues et de dialectes traditionnellement parlés dans le nord du Canada et dans toute la région circumpolaire témoignent de la diversité des cultures autochtones modernes de l’Arctique. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

La réponse réside en partie dans l’histoire du Musée. Notre précurseur, le Musée de la Commission géologique du Canada, qui est devenu le Musée national du Canada en 1927, possédait des collections sur tous les sujets : des minéraux aux fossiles et des artéfacts archéologiques.
En 1956, le Musée national du Canada fut littéralement divisé par le milieu en ce qui est aujourd’hui le Musée de la nature et le Musée de l’histoire. Les deux institutions demeurèrent dans le même édifice, mais la séparation conceptuelle entre humains et histoire naturelle était tracée, avec un Musée de l’histoire agissant comme seul dépositaire de l’anthropologie.

Des hommes assis autour d’une table avec une exposition à l’arrière-plan.

Le personnel de la Commission géologique du Canada dans les années 1880 assis autour d’une table au Musée de la Commission qui occupait jadis l’édifice au coin des rues Sussex et George dans la basse ville d’Ottawa. Encerclée en rouge, une vitrine contenant les artéfacts des Premières Nations exposés en 1862. Image : © Ressources naturelles Canada. Source : Ressources naturelles Canada /82263.

Mais cette division institutionnelle entre êtres humains et histoire naturelle n’est qu’une partie de l’histoire.

L’autre partie touche au fait que cela coïncidait avec une prise de conscience croissante que les musées d’histoire naturelle perpétuaient des idéologies colonialistes racistes, à la fois par leurs expositions des cultures non occidentales et dans les coulisses.

Les exemples concernant les cultures de l’Arctique abondent, comme celui de Minik, un enfant autochtone du Groenland amené à New York en 1897 par l’explorateur américain Robert Peary. Confié, avec cinq autres Inuits dont son père, au Musée américain d’histoire naturelle pour étude, Minik a dû faire face à plusieurs difficultés en grandissant. Par exemple, quand son père est mort de la tuberculose, son corps a été versé dans la collection du Musée et Minik a dû se battre pour récupérer et enterrer les restes de son père comme il se devait.

Le Canada n’a pas échappé à de tels agissements. Plusieurs Inuits du Labrador sont morts en Europe en 1881 après une tournée à l’échelle du continent dans ce qui était connu comme des « zoos humains ».

Ainsi, sans personnel et sans mandat en archéologie et avec des questions politiques sujets à controverse au sein d’une population de plus en plus sensibilisée, le Musée était peu enclin à intégrer entièrement les humains et la nature dans ses expositions.

L’édifice de l’American Museum of Natural History.

L’American Museum of Natural History a plusieurs salles consacrées à l’histoire naturelle de l’humanité. Doté d’un important département d’anthropologie, ce musée figure sur la longue liste des grands musées d’histoire naturelle qui effectuent des recherches et élaborent des expositions sur l’évolution humaine, l’archéologie et l’ethnographie. Le Musée canadien de la nature compte parmi les rares grands musées d’histoire naturelle dépourvus de division d’anthropologie. Image : © Ingfbruno (CC BY-SA 3.0).

À titre d’organismes biologiques, on ne peut nous séparer de la pensée critique sur l’histoire naturelle, quels que soient les problèmes institutionnels, politiques ou culturels que cela soulève.

Nous constituons un élément important et très influent de la biodiversité sur Terre.

La région arctique en particulier montre bien que notre existence en tant qu’espèce a eu des effets considérables sur le monde qui nous entoure et vice versa.

Vue extérieure de l’édifice des musées Alexander G. Ruthven.

Vue de l’édifice des musées Alexander G. Ruthven qui a abrité, jusqu’à la fin de 2017, le Musée d’histoire naturelle de l’Université du Michigan. Le Musée rouvrira ses portes dans un nouvel édifice en 2019 mais sans ses dioramas très anciens illustrant la vie pré-contact des Autochtones du Michigan. En 2010, l’administration du Musée a décidé de retirer [site en anglais] ces expositions vieilles de 50 ans après une controverse sur le fait que ces dioramas pourraient contribuer à divers degrés à donner l’impression aux visiteurs que les cultures autochtones étaient stagnantes, éteintes ou inférieures aux sociétés occidentales (pour un bon aperçu de cette question, lisez cet article en ligne [site en anglais] sur le sujet). Le Musée américain d’histoire naturelle a aussi été confronté à de tels problèmes [site en anglais]. Image : © Andrew Horne (CC BY-SA 3.0)

En s’aventurant toujours plus loin vers le nord, notre espèce, qui a vu le jour sous le climat chaud de l’Afrique, a subi des changements biologiques et culturels qui lui ont permis de conquérir l’environnement froid et impitoyable de l’Arctique.

Nos technologies avancées et nos modèles d’utilisation des ressources sont en train de modifier ces mêmes climats polaires qui ont suscité notre adaptation au froid. Par exemple, la nouvelle galerie présente les effets des changements climatiques provoqués par l’humain sur l’Arctique.

La Galerie contient aussi une carte qui montre les terres et les eaux maintenant protégées par les nations de l’Arctique, un signe positif de la façon dont les humains influencent la région.

Ainsi, le rôle des humains dans l’histoire naturelle de la région polaire septentrionale devait être pris en compte dans la Galerie de l’Arctique afin de fournir un aperçu exact et complet de son histoire naturelle.

Image5

La Galerie de l’Arctique comprend une aire réservée aux expositions temporaires élaborées en collaboration avec les organisations du Nord. La photo ci-dessus montre l’exposition inaugurale Inuinnauyugut : Nous, les Inuinnaits réalisée par la Kitikmeot Heritage Society [site en anglais]. De tels partenariats sont essentiels pour l’élaboration de contenus plus riches et plus authentiques. Tout comme l’est l’inclusion des sociétés européennes comme point focal d’expositions, une approche plaidée brièvement ici [site en anglais] (par un élève de 16 ans, qui plus est!) pour le Musée américain d’histoire naturelle. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Pour moi, la nouvelle Galerie de l’Arctique constitue un exemple de la façon dont l’intégration d’expositions anthropologiques dans des musées d’histoire naturelle peut agir comme un véhicule de réconciliation tout en permettant une compréhension plus holistique de l’histoire naturelle de la Terre.

La Commission de vérité et de réconciliation du Canada : Appels à l’action recommande aux musées et aux archives de se conformer aux principes de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Parmi ces principes figure la reconnaissance du fait que les peuples autochtones ont le droit de maîtriser leur héritage culturel.

Ainsi, lors de l’élaboration du projet, le Musée a noué des partenariats avec des groupes autochtones et des personnes qui vivaient et travaillaient dans le Nord du Canada afin de tenir compte de leurs voix et de leurs points de vue dans la Galerie.

Ces partenariats ont donné naissance à une galerie impressionnante qui intègre les données scientifiques, les perspectives culturelles et le point de vue personnel de plusieurs groupes, notamment des chercheurs, des personnalités politiques, des artisans, des chasseurs, tous s’exprimant dans des « capsules ».

Cette myriade de voix présente la splendeur multiforme de l’histoire naturelle de l’Arctique, y compris les humains.

Texte traduit de l’anglais.

Publié dans Arctique, Collections, Expositions, Histoire | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Grâce à une visiteuse devenue bénévole, la collection de fougères du Musée entre de plein pied dans le 21e siècle

avec la participation de Jennifer Doubt

Il y a trois ans, je suis venue au Musée canadien de la nature pour consulter l’herbier et y trouver une espèce de fougère indigène du Québec. J’y ai découvert beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais.

La conservatrice de l’herbier du Musée, Jennifer Doubt, m’a aidée dans ma recherche puis m’a proposé de mettre mes connaissances sur les fougères et mon enthousiasme   au profit d’un projet d’une tout autre envergure. Au fil des ans, les scientifiques ont accru notre compréhension des liens de parenté existant entre diverses fougères, de sorte que de nombreuses espèces possèdent maintenant des noms scientifiques différents. La collection de fougères du Musée devait en conséquence être totalement réorganisée pour tenir compte de ces nouvelles connaissances.

Il s’agissait d’une tâche de taille, puisque la collection de fougères et de lycophytes (lycopodes, sélanigelles et isoètes) provenant de toutes les régions du monde remplit plus de 400 étagères. Mais j’ai visité ce musée pendant presque 50 ans et j’avais là une occasion de m’engager dans deux choses que j’aimais : le musée et les fougères.

À l’instigation de Jennifer, ma modeste requête initiale m’a donc transformée en bénévole officielle du Musée chargée de diriger ce plan de réorganisation des fougères pour le 21e siècle.

Une femme assise à un ordinateur avec des spécimens d’herbier.

Au cours de ces trois années de réorganisation et de mise à jour de la collection de fougères du Musée, la bénévole Erica Eason n’a jamais baissé les bras. Image : Jennifer Doubt, © Musée canadien de la nature.

Nous avons commencé par mettre à jour les noms botaniques des fougères canadiennes.

Il a souvent fallu procéder en plusieurs étapes pour déterminer le nom scientifique d’espèces rares ou anciennes : parcourir les base de données classiques, les ressources en ligne, les sources historiques et solliciter les connaissances des botanistes du Musée et d’autres spécialistes locaux et nationaux.

Une étiquette manuscrite.

Mettre à jour le nom scientifique d’un spécimen de la collection de fougères requiert parfois des talents de détective pour déchiffrer l’étiquette manuscrite originale. Le nom écrit à la main sur cette étiquette conserve tout son mystère. Vous avez une idée ? Image : Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature.

J’ai ensuite mis à jour les noms des spécimens provenant des autres pays. Bien qu’ils soient beaucoup moins nombreux dans l’herbier que les plantes canadiennes, les spécimens internationaux représentent beaucoup plus de genres et d’espèces, ce qui implique une recherche « spécimen par spécimen » plus poussée.

J’ai également créé de nouveaux fichiers de couleurs différentes selon les zones géographiques en remplacement des anciens fichiers bleus utilisés pour identifier tous les spécimens qui ne provenaient ni du Canada ni des États-Unis.

Une plante vivante et une plante séchée sur une feuille d’herbier.

On collecte les spécimens botaniques frais et on les fait sécher afin que les utilisateurs des herbiers puissent les utiliser pendant des centaines d’années. Numéro de catalogue : CAN 10004164. Image : Erica Eason © Musée canadien de la nature.

Nous avons finalement réorganisé la collection entière de fougères en fonction des toutes dernières recherches de séquençage ADN.

On a d’abord créé un fichier Excel contenant la liste à jour du contenu de chaque étagère puis on a ajouté les nouveaux noms et les nouveaux numéros des familles (Christenhusz et al., 2011)1 pour chaque genre. On a ensuite réorganisé le fichier en fonction des nouveaux numéros des familles.

Et puis, très vite, nous avons établi le nouvel ordre dans lequel les spécimens devaient être rangés sur les étagères en fonction du nouveau système. Sans cette minutieuse préparation, le classement des spécimens – travail très physique qui impliquait de se pencher, de soulever et de s’étirer – aurait pris des semaines et perturbé considérablement l’accès à la collection au lieu des deux jours que nous y avons consacrés.

Une femme retirant des fichiers de la collection.

L’étudiante en enseignement coopératif de l’Université d’Ottawa Rachel Bergeron retire des spécimens de la collection de fougères mise à jour et réorganisée du Musée. Image : Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature.

Une feuille d’herbier et le visage d’une femme.

La stagiaire d’été de l’Université Carleton Brigid Christison pose avec un spécimen de prêle lors de la numérisation de la collection de fougères et de lycophytes de l’Arctique, qui sera accessible en ligne. Numéro de catalogue : CAN 10004196 Image : Brigid Christison © Musée canadien de la nature.

Dès que la réorganisation a été terminée, nous avons attaqué les codes barres et la numérisation de la collection de fougères et de lycophytes de l’Arctique canadien.

Ce qui est merveilleux c’est que, maintenant, les spécimens arctiques sont bien organisés avec leur nom à jour et qu’on sait où les trouver dans la collection.

1 Document cité : Christenhusz, M.J., Zhang, X.C. et H. Schneider, 2011. « A linear sequence of extant families and genera of lycophytes and ferns ». Phytotaxa, 19 (1), pp. 7-54. (pdf).

 

Texte traduit de l’anglais.

Publié dans botanique, Collections, Nos visiteurs, Uncategorized | Tagué | Laisser un commentaire

Des souris et un homme

L’an dernier, j’ai passé trois mois à identifier et à cataloguer des crânes de petits mammifères de la collection du Musée canadien de la nature.

La plupart étaient des crânes de souris, de campagnols et de musaraignes. Ces bestioles semblent beaucoup plus grosses qu’en réalité si on se fie au bruissement de feuilles qu’elles produisent, mais on les aperçoit rarement puisque ce sont des animaux nocturnes (à moins d’avoir des yeux de hibou!).

Une musaraigne, un campagnol et une souris.

Trois petits mammifères canadiens souvent confondus : la musaraigne (Sorex), le campagnol (Myodes) et la souris (Peromyscus). Le campagnol et la souris sur l’image ont des étiquettes d’oreille servant aux études de marquage-recapture. Image : Musaraigne et campagnol : Patrick Moldowan, © Patrick Moldowan. Souris : Jonathan Gagnon, © Jonathan Gagnon.

Comment savoir si un spécimen est une musaraigne (Sorex), un campagnol (Myodes) ou une souris sylvestre (Peromyscus) et déterminer à quelle espèce il appartient quand on n’a que le crâne?

Il faut observer les dents.

Ces petites bêtes poilues se ressemblent beaucoup, mais leurs dents sont très différentes, surtout celles des musaraignes.

Contrairement au campagnol et à la souris – qui mangent des graines, des tiges et des feuilles —, la musaraigne est un animal insectivore : elle se nourrit principalement d’insectes. Son alimentation différente se répercute sur sa dentition. La musaraigne possède en effet des canines pointues pour mieux attraper et mastiquer les vers, les coléoptères et les araignées.

Bon, vous savez maintenant comment identifier une musaraigne, mais ce n’est qu’un début. On trouve 19 espèces de musaraignes au Canada. Plusieurs d’entre elles, dont la musaraigne de Beaufort (Sorex ugyunak), vivent même dans les Territoires du Nord-Ouest, au Yukon et au Nunavut.

allshrews

Les 19 espèces de musaraignes trouvées au Canada. Image : Brenda Carter, Julius Csotonyi and Paul Geraghty, © Musée canadien de la nature.

Les diverses musaraignes canadiennes sont difficiles à différencier par leurs caractéristiques externes, mais encore là, leurs dents viennent à notre rescousse.

Par exemple, la musaraigne cendrée (Sorex cinereus) et la musaraigne sombre (Sorex monticolus) sont presque identiques quand on les regarde côte à côte, et on les aperçoit souvent ensemble comme leurs habitats respectifs se recoupent dans une grande partie de l’Ouest canadien.

Mais en observant attentivement leurs dents – surtout leurs dents unicuspides, à une seule pointe —, on arrive à les différencier. Plus on s’éloigne du museau, plus les dents unicuspides de la musaraigne cendrée rapetissent; chez la musaraigne sombre, la troisième dent unicuspide est visiblement plus petite que la quatrième.

Photomontage de deux spécimens de musaraigne et leurs dents.

A. Une comparaison côte à côte montre la ressemblance extérieure frappante entre la musaraigne cendrée (Sorex cinereus, à gauche) et la musaraigne sombre (Sorex moticolus). B. Les dents supérieures de la musaraigne cendrée. C. Les dents supérieures de la musaraigne sombre. Si on observe les dents supérieures des deux espèces, on voit que la troisième dent unicuspide de la musaraigne sombre est beaucoup plus petite que la quatrième. Image : Elliott Schmidt, © Musée canadien de la nature.

Après un automne complet à étudier des crânes de petits mammifères, je suis devenu un spécialiste des différences entre les dents. Et j’étais bien content de ne pas avoir à identifier les musaraignes d’après une autre caractéristique distinctive : elles marquent leur territoire grâce à des glandes odoriférantes… qui produisent une forte odeur désagréable.

Texte traduit de l’anglais.

Publié dans Animaux, Collections, Mammifères, Uncategorized | Tagué , , , | Laisser un commentaire

À la découverte d’espèces sur les étagères

La beauté que recèlent les collections du Musée.

Je ne cesse de m’émerveiller devant ces rangées pleines de spécimens, certains dans des boîtes ou dans des tiroirs, d’autres dans des bocaux de liquide qui préserve leurs délicats tissus.

Peu de spécimens de la collection sont de nature à susciter autant d’émoi, chez la paléontologue que je suis, que ceux de la collection des fossiles. Les tiroirs et les étagères du Musée canadien de la nature, et d’autres musées, renferment certains des spécimens les plus bizarres et les plus intéressants du point de vue scientifique.

Une femme à côté d’un fossile. Arsinoitherium Collection # : CMNFV 8183

La paléontologue du Musée Danielle Fraser avec un moulage d’Arsinoitherium, un ancien mammifère à l’aspect plutôt extraterrestre. Arsinoitherium vivait en Afrique pendant l’Éocène et l’Oligocène, soit d’environ 56 à 23 millions d’années. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature. Collection # : CMNFV 8183

Les collections jouent un rôle scientifique de premier plan, car elles nous permettent d’étudier et de ré-étudier des spécimens déterminants, en particulier les spécimens-types, qui ont servi à décrire et nommer l’espèce.

Ce qui est le plus remarquable, c’est que les collections muséales sont d’excellents endroits pour dénicher de nouvelles espèces.

Tous les paléontologues rêvent de découvrir de nouveaux fossiles sur le terrain. C’est pourtant dans les collections existantes des musées, constituées par les bons soins des scientifiques précédents, que l’on trouve beaucoup, et peut-être la plupart de ces nouvelles espèces. Ces fossiles attendent patiemment, parfois pendant des décennies, avant qu’un scientifique minutieux ne les découvre par hasard dans une armoire, un tiroir ou sur une étagère.

Cette nouvelle espèce reçoit alors un nom et est accueillie dans l’immense catalogue  des formes anciennes de vie qui ne cesse de s’agrandir. Il devient alors un trésor scientifique apprécié pour les études comparatives.

Une femme mesurant un panache de caribou.

Dans le cadre de ses études scientifiques, la paléontologue du Musée Danielle Fraser mesure le panache d’un caribou fossile du Pléistocène faisant partie de la collection du Musée. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature.

En plus des spécimens-types, les collections du Musée contiennent de nombreux spécimens de la même espèce. Pourquoi conserver des dizaines de panaches de caribou du Pléistocène ou de tout autre fossile en fait ?

La biologie des espèces est compliquée et change avec le temps. Les individus d’une même espèce présentent une certaine variabilité et les populations sont souvent séparées les unes des autres par des centaines de kilomètres. Le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi), par exemple, est beaucoup plus petit que les caribous apparentés du sud.

Ainsi, lorsqu’on possède plusieurs spécimens pour chaque espèce, on peut mieux comprendre les variations qui existent au sein de l’espèce même et combler les lacunes dans les connaissances.

Par exemple, la paléobiologiste du Musée Natalia Rybczynski, Ph. D., et ses collaborateurs ont récemment accru considérablement nos connaissances sur l’ours primitif Protarctos abstrusus en décrivant les restes de squelette de la collection du Musée. La plupart de ces fossiles avaient été collectés dans les années 1990 au Nunavut par le paléontologue émérite du Musée Richard Harington, Ph. D.

Jusqu’à présent, la description de cette espèce reposait sur une seule dent fossile provenant de l’État américain de l’Idaho. Grâce à la description du squelette fossile de notre collection, nous connaissons beaucoup mieux l’évolution des ours modernes ainsi qu’un ancien écosystème de l’Arctique.

Partie d’un ours fossile. Protarctos abstrusus. Collection # : CMNFV 54380

Le spécimen de l’ours éteint Protarctos abstrusus datant de 3,5 millions d’années et provenant du Nunavut. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature. Collection # : CMNFV 54380

De nos jours, les collections du Musée jouent aussi un rôle croissant dans la compréhension des effets de l’activité humaine sur les caractéristiques des espèces, comme la taille, l’alimentation et la génétique.

Toutes ces données seraient inexistantes sans le travail acharné de tous ceux et celles qui ont contribué à la collecte, au catalogage, à la préparation et à la conservation des spécimens ainsi qu’à la constitution et au maintien des collections muséales de par le monde.

C’est ainsi que chaque fois que je pénètre dans les réserves du Musée, je suis frappée par l’incroyable beauté scientifique des collections.

Texte traduit de l’anglais.

 

 

Publié dans Centre Beaty pour la découverte des espèces, Collections, Fossiles, Recherche | Tagué | Laisser un commentaire

Le plus grand congrès de botanique : « Protégeons les plantes, protégeons l’avenir »

L’été dernier, les botanistes du Musée, Lynn Gillespie, Ph. D., Geoff Levin, Ph. D., et moi-même avons assisté au XIXe Congrès international de botanique (CIB). Il s’agit du plus grand rassemblement de botanistes au monde et, de loin, le plus grand congrès scientifique auquel j’ai participé.

Un grand mur couvert de plantes portant le nom du XIXe Congrès international de botanique 2017

Une impressionnante exposition horticole au XIXe Congrès international de botanique qui a eu lieu dans la ville chinoise de Shenzhen, en juillet 2017. Image : J.M. Saarela © Musée canadien de la nature.

Pendant une semaine, en juillet, plus de 7000 botanistes issus de 77 pays et de toutes les disciplines se sont rencontrés dans la ville chinoise de Shenzhen pour leur congrès qui a lieu tous les six ans et qui avait pour thème : « Protégeons les plantes, protégeons l’avenir. » À cette occasion, les chercheurs peuvent faire connaître à leurs pairs les progrès de leurs travaux, renouer avec des collègues, créer de nouveaux liens et établir des collaborations favorables à l’avancée de la botanique.

Avant le congrès, Lynn, Geoff et moi-même avons participé, pendant cinq jours, à une réunion de la section de la nomenclature, où nous avons débattu et voté des amendements au Code international de nomenclature des algues, des champignons et des plantes. Le « Code », comme on l’appelle familièrement, est un ensemble de règles compliquées qui régit la façon dont ces organismes vivants sont nommés. Il fait l’objet d’une révision tous les six ans à l’occasion du Congrès.

Quatre personnes s’adressant à une salle comble. L’assistance vote sur les questions qui lui sont présentées en levant la main.

Les délégués de la section de nomenclature au Congrès international de botanique dans la ville chinoise de Shenzhen, en juillet 2017, votent une proposition d’amendement du Code international de nomenclature des algues, des champignons et des plantes. Image : J.M. Saarela © Musée canadien de la nature.

À cette réunion scientifique, j’ai co-organisé un symposium sur la systématique et la phylogénie de lignées importantes de graminées, les Poaceae, qui forment la famille botanique la plus importante du monde sur le plan économique.

Lynn et moi-même avons prononcé un exposé concernant nos recherches sur les liens évolutifs au sein de plusieurs lignées de graminées de milieux tempérés : les pâturins des prés et les espèces apparentées, pour Lynn; les agrostides, les calamagrostides, les avoines et les espèces apparentées, (site en anglais) dans mon cas. Nous avons également présenté deux affiches (site en anglais) sur la biodiversité des plantes arctiques (site en anglais) au Canada.

Geoff, qui est président de l’Association de la flore nord-américaine, a fait une présentation sur le projet de Flore de l’Amérique du Nord (site en anglais), qui englobe 30 volumes sur le traitement taxonomique de toutes les plantes indigènes et naturalisées de cette région du monde.

Une grande salle remplie d’expositions et de kiosques au XIXe Congrès international de botanique, dans la ville chinoise de Shenzhen.

Les kiosques au XIXe Congrès international de botanique, dans la ville chinoise de Shenzhen, en juillet 2017. Image : J.M. Saarela © Musée canadien de la nature.

À la fin du congrès, a été publié la Déclaration de Shenzhen sur les sciences botaniques (site en anglais), Cette déclaration est un appel à l’action stratégique des scientifiques du monde végétal dans le contexte d’un environnement en pleine mutation. Il comporte sept priorités visant à unir toutes les disciplines botaniques en vue d’un avenir durable et écologique et d’une coexistence harmonieuse entre les humains et les plantes.

Des danseurs évoluent sur la scène devant d’immenses représentations de plantes.

Une scène du magnifique spectacle d’ouverture du XIXe Congrès international de botanique, dans la ville chinoise de Shenzhen, en juillet 2017. Originaires de Chine, ces fleurs de pivoine (Paeonia, Paeoniaceae) y sont cultivées depuis des siècles. Image : J.M. Saarela © Musée canadien de la nature.

La recherche, la diffusion des connaissances et les activités éducatives du Musée en botanique vont dans le droit fil des sept priorités de la Déclaration. Nous continuerons de créer de nouvelles connaissances sur la diversité végétale et de les diffuser largement.

J’ai déjà hâte d’assister au XXe Congrès, qui se tiendra à Rio de Janeiro en 2023.

Texte traduit de l’anglais.

Publié dans botanique, Centre Beaty pour la découverte des espèces, Plantes et algues, Uncategorized | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Le virage numérique : une partie de l’impressionnante bibliothèque du Musée en ligne

par Roberto Lima et Teresa Neamtz

Deux femmes devant un étalage de livres rares.

Quelques-uns des livres rares de la bibliothèque du Musée exposés pendant notre journée portes ouvertes. Notre collection de livres rares comprend plus de 4000 monographies, manuscrits et périodiques antérieurs au XXe siècle, dont certains du XVIe, sur des sujets divers : expéditions, histoire naturelle, biologie, sciences de la Terre. Image : John Davies, © Musée canadien de la nature

En tant que spécialiste de la bibliothèque du Musée canadien de la nature, nous souhaitons donner aux Canadiens et aux visiteurs du monde entier un plus grand accès à notre impressionnante collection. Et cela se fera non pas en mettant les livres dans les mains des gens mais plutôt en les rendant accessibles sur leur écran.

Voici pourquoi le Musée participe activement à l’élan mondial de numérisation.

Nous numérisons et photographions des documents importants de notre collection afin de les rendre accessibles sur Internet.

Notre projet de numérisation s’effectue en collaboration avec l’organisme Biodiversity Heritage Library. Il s’agit d’un consortium international de bibliothèques d’histoire naturelle qui numérise des documents rares dotés d’un intérêt historique sur la biodiversité en vue de les rendre accessibles gratuitement en ligne.

Avec l’aide de la stagiaire d’été Teresa Neamtz, nous avons accru la collection en ligne du Musée à environ 80 publications.

Une femme travaillant à un ordinateur.

Teresa Neamtz, stagiaire d’été dans le cadre du Programme de formation scientifique à la bibliothèque du Musée, corrige un fichier numérisé de la Biodiversity Heritage Library. Image : Roberto Lima © Musée canadien de la nature.

Nous procédons à la numérisation des publications avec un équipement modeste : un appareil photo numérique pour les livres volumineux ou fragiles et un scanneur à plat pour les autres.

Il faut des heures pour numériser, corriger et télécharger chaque livre. Nos ressources limitées ne nous permettent pas de mettre en ligne toute notre collection. Comment établir les priorités ?

Pour commencer, si une publication est déjà en ligne, nous ne refaisons pas le travail; nous nous concentrons plutôt sur les lacunes à combler. Par exemple, la majeure partie de la série Syllogeus a été numérisée par d’autres bibliothèques, donc nous nous contentons de numériser les volumes manquants.

Une page d’illustration de papillons réalisée à la main

Une illustration en couleur de papillons accompagnée de notes manuscrites, tirée de la publication du naturaliste du XIXe siècle Philip Henry intitulée Entomologia Terrae Novae. Image : Philip Henry Gosse, domaine public.

Ensuite, la numérisation est un excellent moyen de protéger les articles uniques ou fragiles, comme l’ouvrage du naturaliste du XIXe siècle Phillip Henry Gosse intitulé Entomologia Terrae Novae. En disposant d’une version numérique, on peut réduire la manipulation de l’original et s’assurer que ses précieuses informations ne seront pas perdues si l’original venait à se détériorer. La numérisation permet aussi de rendre les livres rares plus accessibles.

Finalement, le degré d’intérêt et l’utilité à long terme d’une publication sont deux critères que nous prenons en compte dans notre décision de numériser. Par exemple, The Native Flora of Churchill, Manitoba  [Flore indigène de Churchill au Manitoba] de H. J. Scoggan, datée de 1959, est encore en usage chez les botanistes du Musée. En numérisant cette flore, on permet à plusieurs chercheurs de la consulter en même temps.

Les botanistes peuvent également télécharger la publication sur une tablette et la consulter lors de leurs expéditions dans la toundra.

Cela prendra des années avant de réaliser complètement la bibliothèque en ligne de haute qualité du Musée.

En attendant, nous accueillons toujours avec plaisir dans notre bibliothèque les visiteurs en chair et en os qui souhaitent consulter les versions originales sur papier de nos publications scientifiques!

Texte traduit de l’anglais.

Publié dans Collections, Les outils du métier, Recherche | Tagué , , | Laisser un commentaire

Un samedi après-midi inoubliable à préparer des fossiles de dinosaures

par Alan McDonald et Kathlyn Stewart

En tant que paléontologues du Musée canadien de la nature, une question nous est souvent posée : « Comment extrait-on les os de dinosaure de la roche ? »

En 2013, Kathlyn Stewart, l’une des paléontologues du Musée et la co-auteure de ce blogue, a émis l’idée que le meilleur moyen de répondre à cette question était de montrer ce que l’on faisait plutôt que de le décrire.

C’est ainsi qu’a vu le jour la station de préparation des fossiles de la Galerie des fossiles, qui connaît un vif succès.

Une femme debout devant une table sur laquelle reposent des fossiles; elle parle avec des visiteurs du Musée.

La paléontologue du Musée Kathlyn Stewart explique le processus de préparation des fossiles aux visiteurs de la Galerie des fossiles. Image : Hanna Stewart © Musée canadien de la nature.

À cette station, les visiteurs peuvent, tous les samedis après-midi, observer un paléontologue en train de préparer un authentique fossile de dinosaure à la table de démonstration et s’entretenir avec lui. Le scientifique est souvent le coauteur de ce blogue Alan McDonald, technicien des collections et chef du laboratoire de préparation des fossiles.

Nous travaillons avec de vrais spécimens de dinosaures provenant de nos collections, dont certains ont été mis au jour il y a plus d’un siècle. Les fossiles sont encore dans la coque de plâtre originale dont ils ont été enveloppés pour leur protection au moment de la collecte. Les visiteurs peuvent voir les outils et les techniques que nous employons dans le travail, souvent délicat, de préparation d’un vrai fossile.

Un homme devant des fossiles de dinosaure dans leur coque de plâtre.

Le technicien des collections du Musée Alan McDonald devant quelques spécimens dans leurs coques de plâtre non ouvertes dans une salle des collections du Musée. Les numéros apparaissant sur la coque fournissent la date de découverte du fossile. Des dizaines de ces spécimens attendent d’être ouverts. Les préparateurs du samedi ont donc du pain sur la planche et auront encore bien des fossiles nettoyés à ajouter à la collection. Image : Alan McDonald © Musée canadien de la nature.

Un homme, assis à une table de travail, nettoie un spécimen de fossile.

Le technicien des collections du Musée Shyong En Pan prépare des os de dinosaure dans une coque de plâtre à la table de démonstration de la station de préparation des fossiles. Ce spécimen, qui fait partie d’un crâne de dinosaure à bec de canard, a été collecté en Alberta par une équipe du Musée en 1954. Numéro de catalogue: CMNFV 57072. Image : Alan McDonald © Musée canadien de la nature.

Peu de temps après le lancement de la station, nous nous sommes rendu compte qu’il serait intéressant d’inviter les visiteurs à participer à la préparation des fossiles plutôt que de se limiter à la démonstration.

À gauche : Un homme et une femme aident des enfants à une station d’activités au Musée. à droite : une jeune femme supervise des enfants en train de nettoyer des fossiles de dinosaure à la station d’activités du Musée.

Les bénévoles Peter Sawyer et Hanna Stewart avec de jeunes visiteurs à la table d’activités pour enfants. Ici, les enfants, petits et grands, équipés de lunettes de protection, d’explorateurs dentaires et de brosses s’attèlent avec joie à la préparation d’un vrai os de dinosaure. Image : Alan McDonald © Musée canadien de la nature.

C’est ainsi que l’année suivante nous avons ajouté un volet interactif : la station d’activités pour enfants. Là, les visiteurs de tous âges peuvent participer à la préparation d’authentiques fossiles de dinosaure. Il s’agit d’os de dinosaures à cornes (cératopsiens) et à bec de canard (hadrosaures) provenant de notre collection d’enseignement, qui sont intégrés à un substrat simulé et enveloppés d’un plâtre comme les vraies coques de terrain. Les visiteurs préparent les fossiles avec des outils semblables à ceux que nous utilisons.

Une femme et un garçon examinent des fossiles de dinosaure à une station d’activités du Musée.

Deux visiteurs à la table d’activités pour enfants discutent de la stratégie à adopter pour retirer une vertèbre de dinosaure d’une roche simulée. On fabrique tout au long de l’année des répliques de coques de plâtre pour remplacer celles qu’ouvrent les centaines de paléontologues d’un jour. Image : Alan McDonald © Musée canadien de la nature.

Pendant que les paléontologues en herbe s’évertuent à extraire les os de dinosaure, le personnel de la section de paléontologie du Musée, ou nos dévoués et indispensables bénévoles, expliquent les différentes étapes nécessaires pour extraire le fossile du sol, l’enduire de plâtre, le transporter au laboratoire et le préparer à des fins d’étude.

Depuis 2013, on a traité plusieurs spécimens à la table de démonstration et on a ainsi ouvert l’accès à la collection scientifique du Musée tout en contribuant à de très intéressantes recherches, dont une étude récemment terminée (site en anglais) qui tente d’expliquer pourquoi les dinosaures cuirassés (ankylosaures) se fossilisent en général à l’envers.

Un homme avec un outil pneumatique enlève la roche d’un fossile de dinosaure.

L’assistant de recherche Scott Rufolo travaillant à une massue caudale de dinosaure cuirassé (ankylosaure). Il se sert d’un stylo pneumatique dont le fonctionnement s’apparente à celui d’un marteau-perforateur miniature pour enlever délicatement la roche sur la surface du fossile. Ce spécimen a fourni des données pour une étude effectuée par le paléontologue du Musée Jordan Mallon. Numéro de catalogue : CMNFV 31074. Image : Jonathan Huyer © Musée canadien de la nature.

La station de préparation des fossiles suscite un vif intérêt. Elle attire en moyenne 330 visiteurs chaque samedi après-midi et a enregistré un record pendant la fin de semaine de la fête du Canada 2017 avec plus de 900 personnes.

La station entame sa 5e année et nous nous réjouissons à l’idée de continuer à aiguiser l’intérêt des visiteurs et à susciter de futures carrières scientifiques.

Ensemble, nous attendons avec impatience de découvrir quels nouveaux fossiles se cachent sous les coques de plâtre !

Texte traduit de l’anglais.

 

Publié dans Éducation, Fossiles, Visiteurs du Musée | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Retour à la nature en 2018!

Question éclair : Quelles tâches parmi les suivantes font partie du travail quotidien du personnel de la recherche et des collections du Musée canadien de la nature?

a) Découvrir, identifier et classer les spécimens importants pour l’histoire naturelle du Canada.
b) Bombarder les minéraux de rayons X et l’ADN, de rayons laser pour apprendre en quoi se distinguent les espèces.
c) Rassembler les dinosaures vivants en cavale pour qu’ils retournent dans leurs vitrines.
d) Faire connaître la recherche et les collections dans le monde entier, notamment grâce à ce blogue.
e) Toutes les réponses précédentes.

Si vous avez répondu e) Toutes les réponses précédentes, vous avez raison (d’accord, sauf c, mais on aimerait tant que ce soit le cas!)

En plus des merveilleux auteurs de ce blogue, il existe une équipe de rédaction qui s’efforce de trouver un petit moment entre leurs tâches courantes pour cajoler leurs collègues, réviser les textes et dénicher des photos afin de donner vie aux articles.

Depuis septembre 2017, l’équipe de rédaction du blogue se compose de membres du personnel de la recherche et des collections. En cette période de fin d’année, alors que nous réfléchissons à l’avenir, nous aimerions nous présenter et vous faire part de nos résolutions sur le thème « retour à la nature » pour la nouvelle année 2018.


Noel Alfonso, rédacteur, zoologie

Collage de photos montrant un homme debout dans une mare d’eau en train de regarder un arbre.

Le chercheur du Musée Noel Alfonso en train de collecter des spécimens de sphaerie de Herrington (Sphaerium occidentale) dans une mare printanière. Image : Graham LaRose © Musée canadien de la nature.

Mon travail au Musée porte principalement sur l’ichtyologie, c’est-à-dire l’étude des poissons, même si je m’intéresse aussi à la malacologie, l’étude des mollusques, comme les clams. J’ai aussi travaillé au Centre canadien de la biodiversité du Musée. L’an prochain, je me promets de passer plus de temps dans le monde naturel afin de tenter de comprendre et d’apprécier une grande variété d’organismes et de sites, allant des clams minuscules aux écosystèmes entiers.


 Erika Anderson, rédactrice, minéralogie

TCullen_31-12-2016_Erika1

Ces cristaux de neige donnent à la minéralogiste Erika Anderson l’envie de se trouver au fameux Tucson Gem and Mineral Show®, la plus grande exposition de minéraux au monde. Image : Thomas Cullen © Thomas Cullen.

Je suis conservatrice de la collection de minéralogie du Musée. Ma résolution est de trouver quelque chose d’exceptionnel et de magnifique à une exposition de minéraux que je pourrais ajouter à la collection nationale du Musée.


Shannon Asencio, chef du service des collections et de la gestion de l’information, rédactrice, correctrice d’épreuves en anglais

Une femme debout devant des arbustes, à Guangxi, en Chine.

Shannon Asencio du Musée à Guangxi, en Chine, durant une expédition ethnobotanique. Image : Shannon Asencio © Shannon Asencio.

Je suis chef du service des collections et de la gestion de l’information au Musée. Ma résolution du Nouvel An : améliorer mes connaissances sur les plantes et les champignons de la région d’Ottawa-Gatineau. Mes précédentes excursions botaniques m’ont conduite à Hawaii, en Chine, au sud du Mexique et dans les Prairies canadiennes. La région de la capitale nationale est la prochaine sur la liste !


Susan Goods, coordonnatrice du blogue, production

Une jeune fille regardant des canards colverts sur la rivière

La nature se trouve aussi en ville. Comme la plupart des rivières urbaines, la Thames qui traverse London, en Ontario, est accessible à la plupart des habitants. Image : Susan Goods, © Susan Goods

Entourée, ici au Musée, par des passionnés de la nature, il est facile d’oublier que de nombreuses personnes doivent surmonter des obstacles pour faire l’expérience de la nature. Une de mes tâches implique le Comité canadien de l’Union internationale pour la conservation de la nature qui soutient #NaturePourTous, un mouvement mondial mettant de l’avant l’amour de la nature. Selon certaines études, les adultes qui prônent la conservation de la nature ont eu des expériences positives à l’extérieur étant enfants. Ma résolution du Nouvel An est donc de tenter d’intéresser une jeune personne à la nature.


Scott Rufolo, rédacteur, paléobiologie

Un homme portant une veste à carreaux bleus et noirs, accroupi dans la neige avec son chien.

Assistant de recherche en paléobiologie au Musée, Scott Rufolo déteste l’hiver avec passion. Grâce à son chien Flame qui adore jouer dans la neige, il apprend à nouer une nouvelle relation avec cette saison. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

En tant qu’archéologue et paléontologue, j’ai travaillé en Égypte, en Syrie et en Éthiopie. Et si vous me connaissiez, vous n’en seriez pas étonné : je suis né en Arizona et j’adore la chaleur ! Ma résolution pour 2018 est d’apprendre à aimer la nature dans le froid canadien en faisant du ski de fond et en marchant avec mon chien qui, lui, aime déjà la neige.


Paul Sokoloff, rédacteur, botanique

Un homme debout dans la toundra au Nunavut avec un lichen dans la main.

Le botaniste du Musée Paul Sokoloff en train de collecter des lichens à Bernard Harbour, au Nunavut. Image : Ellie Clin © Ellie Clin.

En tant que botaniste de l’Arctique, je noircit mes carnets de terrain de notes détaillées sur les fleurs, mais ne consacre que quelques mentions « aux lichens divers ». Ma résolution du jour de l’An est d’en apprendre davantage sur ces stoïques lichens, fascinants organismes qui revêtent un rôle de premier plan dans les écosystèmes nordiques.


Stéphanie Tessier, rédactrice suppléante, zoologie, correctrice des épreuves en français

Une femme dans le laboratoire regardant un poisson plat préservé.

La gestionnaire des collections du Musée Stéphanie Tessier examine un poisson plat collecté dans l’Arctique canadien. Image : Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

Je gère les collections de poissons, d’amphibiens et de reptiles au Musée. Je passe beaucoup de temps à examiner la diversité exceptionnelle de spécimens préservés. Ma résolution du jour de l’An est de passer plus de temps dehors afin d’observer les animaux fascinants non plus dans les bocaux mais dans leur habitat naturel.


Et vous, cher lecteur? Quelle sera votre résolution du jour de l’An concernant la nature?

Texte traduit de l’anglais.

Publié dans Collections, Inspiration Nature, Recherche | Tagué , , | Laisser un commentaire

Un grand voyage, deux espèces rares

, la chercheuse Lianna Teeter tient un spécimen d’une espèce apparentée faisant aussi partie du genre Braya.

Lors de la sortie sur l’île Baillie, dans les Territoires du Nord-Ouest, qui visait à trouver une espèce en voie de disparition, le braya poilu, la chercheuse Lianna Teeter tient un spécimen d’une espèce apparentée faisant aussi partie du genre Braya. Image : Paul C. Sokoloff © Musée canadien de la nature

« C’est ça ? », demande Lianna Teeter, chercheuse à l’Institut des sciences de la mer de Pêches et Océans Canada à Victoria. Elle tient dans sa main gantée un petit braya, une plante arctique de la famille de la moutarde.

Nous sommes en septembre, vers la fin de la onzième étape de l’expédition historique Canada C3 qui marque le 150e anniversaire de la confédération canadienne. L’équipe alors présente comptait une soixantaine de personnes venues de tout le pays pour prendre part à ce périple de réconciliation, d’unité, de diversité et de recherche scientifique.

Un petit groupe a mis pied à terre à la recherche d’une espèce de plante en voie de disparition : le braya poilu (site en anglais), Braya pilosa.

« Ça lui ressemble, mais ce n’est pas ça », ai-je répondu à Lianna. On a tout de même mis dans un sac de plastique le spécimen qu’elle a trouvé, une autre espèce de Braya que nous avons pressée de retour sur notre navire, le Polar Prince.

Le Polar Prince, navire à moteur de l’expédition Canada C3,

Le Polar Prince, navire à moteur de l’expédition Canada C3, mouillant dans la baie de l’île Sutton, au Nunavut. Image : Paul C. Sokoloff © Musée canadien de la nature

L’équipe de recherche, composée d’une poignée de scientifiques et d’autres participants, est retournée explorer les plateaux boueux de l’île Baillie, juste au bout du cap Bathurst dans la partie continentale des Territoires du Nord-Ouest.

C’est le seul endroit au monde où l’on a attesté la présence du braya poilu, mais nous ne sommes pas arrivés à en trouver cette journée-là.

Nous avons pu toutefois observer l’extraordinaire érosion (site en anglais) des rivages dans la mer, sombre rappel des changements climatiques rapides qui pèsent sur les espèces et sur le mode de vie dans le tout l’Inuit Nunangat, le territoire inuit.

erosion

Érosion sur l’île Herschel, YT. Image : Richard Gordon © Gouvernement du Yukon

Le jour précédent la recherche du braya poilu, nous avions repéré une autre espèce rare, juste à l’extrémité du cap Parry, la péninsule immédiatement à l’est du cap Bathurst.

De notre point de débarquement, nous avons traversé la colline et découvert le lichen téloschiste arctique, Teloschistes arcticus, dans des fissures creusées dans la boue.

Le téloschiste arctique, Teloschistes arcticus

Le téloschiste arctique, Teloschistes arcticus, à cap Parry, dans les Territoires du Nord-Ouest. Image : Paul C. Sokoloff © Musée canadien de la nature

Cette espèce rare de lichen n’est connue au Canada que dans cette région précise des  Territoires du Nord-Ouest.

Ce spécimen que nous avons recueilli pour la collection du Musée canadien de la nature attestera des espèces présentes dans l’Arctique canadien pendant l’été 2017 et servira de témoin scientifique de ce périple épique tout comme les autres spécimens botaniques collectés pendant l’expédition C3.

une fleur pourpre qui pousse sur la toundra

L’oxytrope arctique, Oxytropis arctica, à floraison tardive colore la toundra de mauve. Image : Paul C. Sokoloff © Musée canadien de la nature

Quanaqqutit à nos merveilleux hôtes du Nunavut et de la région de l’Inuvialuit!

Texte traduit de l’anglais.

Publié dans Arctique, botanique, Collections, Découverte et étude des espèces, Plantes et algues, Recherche | Tagué , | Laisser un commentaire