La découverte d’un spécimen de lazurite à Ottawa laisse croire à l’existence d’un gisement inconnu au Canada

Le spécimen de lazurite bleu foncé de la collection de minéraux du Musée canadien de la nature répand une aura de mystère et d’inspiration. Commençons par le mystère qui entoure sa découverte.

Spécimen de lazurite

De la taille de la moitié d’une balle de baseball, ce spécimen de lazurite a été trouvé en banlieue d’Ottawa en 1992. Cette découverte étonnante laisse à penser aux minéralogistes du Musée qu’il existe un gisement important de lazurite quelque part en Ontario ou au Québec. Numéro de catalogue : CMNMC 84465. Image : Michael J. Bainbridge, © Michael J. Bainbridge.

Gros comme la moitié d’une balle de baseball, ce galet de lazurite a été découvert en 1992 près de l’entrée de l’Hôpital général d’Ottawa par une résidente à la vue perçante nommée Judith Bainbridge.

Il faut dire que Mme Bainbridge et sa famille sont des chasseurs de roches, membres de l’Ottawa Valley Mineral Association. Aussi, en repérant cette pierre d’un bleu inattendu parmi les roches ordinaires de l’aménagement paysager, elle la brisa en deux et l’apporta au Musée pour une identification formelle.

À sa grande surprise, et à la nôtre, ce minéral bleu était de la lazurite, mieux connu sous le nom de lapis-lazuli, un minéral très prisé en bijouterie sous sa forme bleu foncé.

Nous avons été étonnés qu’un spécimen de lazurite d’une telle qualité ait été collecté à Ottawa. La lazurite se rencontre dans le monde entier sous forme de cristaux et de veines massives, les localités les plus connues se situant en Sibérie, en Russie, aux États-Unis, notamment au Colorado et en Californie, ainsi qu’en Afghanistan, au Myanmar et au Chili.

Sculpture d’oiseau

Ce magnifique oiseau bleu est sculpté dans une pièce de lazurite d’Afghanistan. Numéro de collection : CMNGE 22120. Image : Michael J. Bainbridge, © Michael J. Bainbridge.

Les deux seuls dépôts connus au Canada se situent le long de la rivière Soper, près de Kimmirut à la pointe méridionale de l’île de Baffin, au Nunavut. Mais contrairement au spécimen très bleu découvert par Mme Bainbridge, la lazurite de la rivière Soper se présente normalement sous une couleur bleu pâle ou même verte.

Si la lazurite trouvée à Ottawa n’est pas du Nunavut, alors d’où vient-elle ? Les pierres ayant servi à l’aménagement paysager de l’Hôpital général d’Ottawa, parmi lesquelles se trouvait la lazurite, provenaient de diverses gravières et sablières de la région. Mes collègues et moi-même avons exploré ces carrières dans l’espoir d’y trouver d’autres spécimens de lazurite, mais c’était un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin, car chacun de ces sites contenait des millions et des millions de roches ordinaires, la plupart encore enterrées dans des dépôts glaciaires. Nous n’y avons pas trouvé de lazurite.

Nous en avons conclu que le spécimen avait été transporté par les glaciers à partir d’une riche veine de lazurite encore inconnue quelque part au Québec ou en Ontario!

couverture de livre avec un minéral

Couverture du prochain livre de Michael Bainbridge. Image : Michael Bainbridge, © Michael Bainbridge.

Bien que le mystère de l’origine du spécimen de lazurite d’Ottawa demeure entier, il a eu un effet insoupçonné. En effet, il a été une source d’inspiration de l’un des principaux photographes de minéraux professionnels du Canada : Michael Bainbridge, le fils de Mme Bainbridge, qui n’avait que 12 ans lors de la découverte.

Beaucoup de ses photographies ornent la Galerie de la Terre du Musée. De plus, ce photographe renommé publiera dans le courant de l’année un ouvrage sur la collection Pinch du Musée canadien de la nature.

Cette histoire montre qu’on ne sait jamais où peut conduire la découverte d’un intéressant minéral !

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La collection de plusieurs millions d’invertébrés marins de l’Arctique en cours de numérisation

L’Arctique connaît des changements climatiques plus prononcés et plus rapides que les autres régions du monde. Pour comprendre la nature et les effets de ces bouleversements, il importe de documenter la biodiversité de l’Arctique, notamment son incroyable diversité d’invertébrés marins qui va des anémones aux amphipodes.

Pour contribuer à cet effort, le Musée canadien de la nature a lancé un projet de numérisation  de ses collections arctiques. Nous sommes en train de numériser les données de collection de plusieurs millions de spécimens d’invertébrés de l’Arctique en vue de les rendre accessibles en ligne à des chercheurs du monde entier.

Une limace de mer avec des nageoires latérales qui ressemblent à des ailes.

Le papillon de mer Clione limacina, aussi connu sous le nom d’ange de mer, est une limace de mer pélagique, c’est-à-dire qu’il flotte en pleine eau. Il n’a d’angélique que le nom, car c’est un prédateur vorace qui se nourrit presque exclusivement d’une espèce d’escargot marin pélagique. Image : Samantha Brooksbank, © Musée canadien de la nature.

La collection d’invertébrés marins arctiques du Musée comprend des milliers d’espèces de crustacés, de bivalves, de polychètes, d’anémones, d’éponges et d’une multitude d’autres groupes taxonomiques. Les spécimens ont été collectés au cours du siècle dernier par des générations de chercheurs ou ont été donnés au Musée, notamment par l’ancienne Station de biologie arctique de Pêches et Océans Canada.

Étant donné leur grande diversité et leur large distribution, les invertébrés marins de l’Arctique agissent comme les « canaris des mines de charbon » : ils sont d’excellents indicateurs des changements environnementaux. Quand l’océan se réchauffe, par exemple, de nombreuses espèces migreront vers le nord. Certaines seront à la recherche de températures plus fraîches, d’autres seront chassées par d’autres espèces en compétition pour la nourriture ou le territoire.

Pour déceler ces éventuels changements, il importe d’avoir accès aux données historiques de base sur les espèces et c’est précisément ce que procurera notre projet de numérisation des collections de l’Arctique.

Un petit animal rond ressemblant à une crevette

Hyperia galba est un petit amphipode qui se distingue, lorsqu’il est en vie, par ses grands yeux verts. Dans les spécimens préservés, comme celui-ci, la couleur des yeux s’estompe. Ces amphipodes vivent à l’intérieur des méduses dont ils volent la nourriture et mangent les oeufs. Image : Samantha Brooksbank, © Musée canadien de la nature.

Quand un chercheur collecte un spécimen, il crée une étiquette d’identification sur laquelle il consigne les principaux renseignements scientifiques, à savoir le lieu et la date de collecte, le nom du collecteur et, le cas échéant, celui de la personne qui a identifié le spécimen. Le personnel des collections réunit toutes les données supplémentaires fournies par le collecteur et les lient au spécimen.

Dans le cadre du projet de numérisation des collections de l’Arctique, tous les renseignements concernant les millions d’invertébrés de l’Arctique sont numérisés dans une banque de données interrogeable qui sera accessible à tous.

Animal ressemblant à une crevette avec de longues pattes pendantes.

L’amphipode Themisto libellula vit en grand nombre dans les eaux froides de l’Arctique et sert de nourriture à de nombreux poissons, oiseaux et mammifères marins. Image : Samantha Brooksbank, © Musée canadien de la nature.

Le projet de numérisation des collections de l’Arctique bénéficie d’un don de 4 millions de dollars de la famille Beaty.

Grâce à ce don généreux, la collection d’invertébrés arctiques du Musée se transforme en un instrument en ligne puissant destiné à la fois à la sensibilisation du grand public et à la recherche scientifique sur l’Arctique et sur les multiples facteurs de stress qui affectent cet écosystème aussi beau que fragile.

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Le crâne de Triceratops le plus gros du monde se trouverait-il dans notre collection?

Le 6 juin 1929, le célèbre collecteur de fossiles Charles M. Sternberg s’assoit pour décrire, dans son journal de terrain, la première journée de l’expédition estivale de prospection de son équipe en Saskatchewan. Il note le travail effectué, les formations rocheuses de la région ainsi que les spécimens fossiles collectés.

Une des pièces les plus notables était le premier fossile de dinosaure trouvé : le crâne partiel d’un Triceratops prorsus exceptionnellement gros.

À propos de la collerette osseuse entourant le cou de ce dinosaure à cornes, Sternberg termine le journal en s’exclamant : « C’est la crête la plus grosse que j’aie jamais vue! »

Peinture d’un dinosaure à cornes.

Sur cette peinture datant de 1901, Charles R. Knight illustre un Triceratops seul. La large armature osseuse saillant autour du cou du dinosaure est particulièrement proéminente. La forme du corps et la pose traduisent la façon dont on se représentait les dinosaures au début du XXe siècle : des animaux patauds qui trainaient leur queue. Image : Charles R. Knight, domaine public.

Une photographie noir et blanc d’un spécimen fossile plâtré sur le terrain.

Charles Sternberg a pris une photo du crâne de Triceratops sur le terrain. Les deux protubérances en bas à droite sont les cornes sourcilières. Aujourd’hui, la majeure partie du spécimen est encore sous la roche. No de catalogue : CMNFV 56508. Image : C. M. Sternberg, © Musée canadien de la nature.

Faisons un saut de géant dans le temps : en 2015, le paléontologue du Musée canadien de la nature, Jordan Mallon, Ph. D., lit les journaux de terrain de Sternberg.

Cette énorme crête que décrit Sternberg attire son attention, et fait bouillonner son imagination. Pourrait-il s’agir du plus gros Triceratops jamais collecté? Et ce qui rend la question particulièrement palpitante est que la réponse repose à quelques centaines de mètres, dans la collection du Musée.

Le spécimen est encore enveloppé dans sa gaine protectrice de plâtre datant de 1929. Jordan Mallon propose de préparer le spécimen en vue de vérifier les observations de Sternberg.

C’est à ce moment que je fais mon entrée dans l’aventure. Je suis le coordonnateur du programme de préparation des fossiles et c’est donc à moi de traiter le fossile en vue de son examen scientifique en ouvrant la gaine de plâtre et préparant le fossile.

Ce n’est pas une tâche facile.

Le crâne est tellement gros que, lors de la collecte, on l’a enveloppé dans deux gaines de plâtre séparées. La plus grosse (650 kg) comprend les deux tiers de la collerette, le haut du crâne et deux longues cornes sourcilières. La plus petite (400 kg) contient le tiers restant de la collerette du Triceratops.

Deux spécimens de fossiles sur des supports de bois dans un atelier.

Les deux gaines de plâtre contenant le spécimen de Triceratops prorsus collecté en 1929 par Charles M. Sternberg. On peut discerner les deux cornes sourcilières dans la gaine la plus grande (à gauche). On voit un carton avec des illustrations de ce crâne de dinosaure. La plus petite gaine (à droite) a subi la préparation initiale d’un seul côté. No de catalogue : CMNFV 56508. Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

Chaque fossile présente ses difficultés, mais la préparation d’un crâne de Triceratops est particulièrement ardue.

Ainsi enveloppée dans sa gaine, la plus grosse partie du crâne est soutenue de tous les côtés. Étant donné la taille et le poids de ce crâne, nous savons que la gaine peut céder pendant l’ouverture en l’absence d’un soutien extérieur et que le crâne peut alors se briser en morceaux.

Nous décidons donc de commencer par ouvrir la petite gaine contenant la petite portion de collerette. Cela nous permettra de nous rendre compte de l’état général du fossile et de sa stabilité, ce qui déterminera la marche à suivre pour ouvrir la grosse gaine de façon adéquate.

Un spécimen partiellement traité avec deux endroits où transparaît le fossile sous le plâtre.

La petite gaine après la première ronde d’enlèvement du plâtre. La collerette apparaît à deux endroits. No de catalogue : CMNFV 56508. Image : Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

Cinq mois plus tard, le projet avance lentement mais sûrement.

Il y a une épaisse couche de roche sur le fossile et nous avons découvert que la majeure partie du dessous de la collerette est fracturée mais réparable.

Avec beaucoup de travail, énormément de colle et un peu de chance, nous en saurons plus dans les mois à venir et j’espère qu’un jour je pourrai ajouter une petite note enthousiaste à celle du journal de Charles M. Sternberg.

Restez branché pour la suite des travaux!

Un spécimen fossile dans sa gaine de plâtre avec un côté complètement exposé.

Avec une moitié de la gaine complètement enlevée, la collerette est maintenant exposée. On a renforcé la surface extrêmement fissurée du fossile avec une solution de consolidation, mais la réparation des principales fractures devra attendre. No de catalogue : CMNFV 56508. Image : Alan McDonald, © Musée canadien de la nature.

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Mordre à pleine dent dans le passé

Si vous êtes un mammifère, et je suppose que c’est le cas, vos dents forment sans conteste la partie la plus importante de votre corps, tout au moins du point de vue de la paléontologue que je suis.

Les dents se composent en effet des tissus les plus durs du corps et c’est donc bien souvent les seuls restes que nous possédons des animaux éteints. Heureusement, nous pouvons nous servir des dents de mammifères pour identifier l’espèce à laquelle elles appartenaient.

Les dents fossiles fournissent également de riches renseignements biologiques grâce auxquels nous pouvons comprendre certaines choses sur les mammifères éteints que nous ne pourrions autrement observer (du moins sans machine à remonter le temps).

Ce qu’une dent peut nous dire sur un mammifère éteint commence par ce que l’étude d’une dent d’un animal vivant peut nous révéler.

Selon les espèces, les mammifères ont divers régimes alimentaires. Par exemple, les tigres mangent des cerfs tandis que les chevaux broutent de l’herbe. Les dents des mammifères offrent donc un éventail de formes caractéristiques de leurs fonctions, comme écraser, couper, broyer.

Montage de photos de dents de mammifères modernes et éteints.

A) Les dents de diverses formes de la mâchoire supérieure (à droite) d’un ratel (Mellivora capensis) témoignent de son régime alimentaire non spécialisé (No de catalogue : USNM 175751). (B) Les dents assez uniformes (à gauche) d’un castor moderne (Castor canadensis) ressemblent à celles de son parent éteint du Pléistocène (à droite), ce qui indique que cet animal ancien était également herbivore (No de catalogue : CMNFV 16407). (C) Les dents robustes en forme de cheville (à droite) de l’herbivore Megalonyx jeffersoni, un paresseux terrestre géant du Pléistocène (à gauche), permettent d’écraser les feuilles, les brindilles et peut-être les noix dont il se nourrissait (No de catalogue : CMNFV 31778). Images : A) à gauche : domaine public; à droite : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature B) ) à gauche : © Steve Hersey (CC BY-SA 2.0); à droite : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature C) ) à gauche : domaine public; à droite : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature.

Le fait que les dents des mammifères ont des formes différentes selon leurs fonctions est heureux pour les paléontologues, car un simple examen de la dentition leur permet d’établir immédiatement certains faits biologiques fondamentaux, par exemple s’il était herbivore ou carnivore.

Ce n’est toutefois pas toujours aussi évident.

L’ours blanc (Ursus maritimus) et le raton laveur (Procyon lotor) ont des dents très semblables mais des régimes très différents : le premier se nourrit de phoques, le second est omnivore. Alors comment peut-on distinguer des espèces à la dentition similaire?

Modèles 3D de dents d’ours blanc et de raton laveur

Images de balayage de surface 3D et colorées d’une dent d’ours blanc (première molaire inférieure gauche) et d’une dent de raton laveur (première molaire inférieure droite). Les deux dents présentent une topographie de pics et de vallées similaire. Ces spécimens appartiennent à la collection du Musée d’histoire naturelle de Finlande. Les données de balayage proviennent d’Alistair Evans, Ph. D., et de Silvia Pineda-Munoz, Ph. D. No de catalogue : HELU201 (Ours blanc) et HEL885 (Raton laveur). Image : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature.

On peut recourir à des méthodes d’imagerie 3D très pointues afin de déceler les petites différences de forme correspondant au déchiquetage du phoque ou même, dans le cas du raton laveur urbain, à une alimentation puisée dans les poubelles.


Cette séquence vidéo montre un micro-tomodensitogramme en rotation 3D de la première molaire inférieure droite de Parictis parvus, un ours qui vivait il y a environ 38 millions d’années. Ces images permettent un examen approfondi de la forme de la dent fossile dans les trois dimensions. Ce spécimen fait partie de la faune Calf Creek des collines de Cyprès en Saskatchewan datant de l’Éocène tardif et appartient au Royal Saskatchewan Museum. Les données du tomodensitogramme proviennent de Fred Gaidies, Ph. D., du département des sciences de la Terre de l’Université Carleton. No de catalogue : RSM P661.1701. Image : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature.

Les dents fournissent également des renseignements sur la composition chimique de ce que mange et boit l’animal durant sa vie.

La formule chimique de l’eau est H2O; la molécule d’eau possède deux atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène. Mais l’eau existe dans la nature sous un éventail de formes isotopiques différentes. (Un isotope est une variante naturelle d’un élément, par exemple des atomes d’oxygène avec un nombre identique de protons mais un nombre variable de neutrons). Le rapport entre différents isotopes d’oxygène dans un plan d’eau dépend de plusieurs facteurs, notamment la température et la salinité de l’eau. Donc, les eaux provenant de diverses sources, comme les lacs, les rivières ou les terres humides, ont des compositions isotopiques d’oxygène légèrement différentes.

Durant la croissance de la dent, les différences isotopiques de l’oxygène de l’eau que boit l’animal s’inscrivent dans l’émail. Ainsi, l’analyse d’échantillons d’émail peut en dire long sur ce que buvait l’animal et même où il buvait.

Photo d’une dent d’antilocapre sur laquelle ont été prélevés des échantillons d’émail et photo d’une femme prélevant des échantillons d’émail sur une dent fossile.

Les rangées parallèles visibles sur la molaire (à gauche) de l’antilocapre (Antilocapra americana) sont des zones où ont été prélevés des échantillons d’émail pour analyse isotopique de l’oxygène. L’auteure du blogue Danielle Fraser (à droite) prélève un échantillon d’une dent fossile à l’aide d’un outil Dremel. Image : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature (à gauche) Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature (à droite).

J’espère que ce blogue vous aura mis l’eau à la bouche et vous aura fait découvrir que les dents de mammifères fossiles sont beaucoup plus intéressantes qu’on ne le pense. En tous cas, leur découverte me donne toujours un grand sourire!

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L’art et la science : un mariage naturel

En tant que biologiste et qu’artiste, j’attends avec fébrilité l’exposition L’art de la flore au Musée canadien de la nature (du 10 mai au 14 octobre 2018), qui rappelle à quel point les mondes de l’art et de l’histoire naturelle se chevauchent.

L’art s’est toujours inspiré de la nature et de sa diversité de formes. Dans la collection Art de la nature du Musée vous verrez à quel point la nature a suscité l’exécution de grandes œuvres d’art lesquelles, à leur tour, ont guidé et émerveillé les scientifiques.

Mais les liens unissant l’art et la nature vont au delà d’une inspiration mutuelle. L’un comme l’autre animent souvent une seule et même personne et les deux se nourrissent d’une passion pour la nature.

Des peintures et des photographies suspendues à un panneau dans une collection d’art.

La collection Art de la nature du Musée contient une diversité d’œuvres d’art ayant comme sujet la nature, notamment des peintures d’Allan Brooks et des estampes de John James Audubon. Image : Cassandra Robillard © Musée canadien de la nature.

L’été dernier, j’ai participé au Camp d’art et au bioblitz de la rivière Dumoine organisés par la Société pour la nature et les parcs du Canada. Cet évènement combinait une retraite artistique et un recensement biologique du bassin versant de la rivière Dumoine. (Consultez ce lien pour vous inscrire au camp artistique de cette année, d’ici au 1er mai).

À ce camp de la rivière Dumoine, je participais, comme plusieurs autres, à la fois au recensement d’histoire naturelle et aux activités artistiques.

Le biologiste Fred Schueler a récité des poésies sur l’écologie des arbres du Canada, la conservatrice de botanique du Musée Jennifer Doubt a pris des macrophotos saisissantes de mousses, tandis que le météorologue Phil Chadwick a délaissé un moment sa peinture pour exposer les phénomènes scientifiques responsables de la formation des nuages.

Une scène dans la forêt : une femme peint pendant qu’une autre, à sa droite, examine les photos sur son appareil.

L’artiste Angela St Jean peint pendant que l’auteure du blogue Cassandra Robillard, adjointe technique en botanique au Musée, regarde ses photos de mousses et de lichens après une journée de relevé biologique dans le cadre du bioblitz 2017 du bassin de la rivière Dumoine de la Société pour la nature et les parcs du Canada. Image : Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature.

De fait, certaines des plus belles œuvres d’art portant sur la biologie sont signées par des scientifiques artistes, par exemple : les estampes de John James Audubon dans The Birds of America (1827-1838), les lithographies du zoologue Ernst Haeckel dans Kunstformen der Natur (site en anglais) (1904) et, au Canada, les peintures et les esquisses des botanistes Faith Fyles et Sylvia Edlund (site en anglais).

Edlund_and_drawings

La botaniste Sylvia Edlund a fait des dessins en couleur de plantes arctiques pour sa publication Fleurs sauvages arctiques communes des Territoires du Nord-Ouest. De gauche à droite dans le sens horaire : séneçon des marais (Tehproseris palustris subsp. congesta), astragale alpin (Astragalus alpinus), chicouté (Rubus chamaemorus). Image : © La commission géologique du Canada (photographie) / Sylvia Edlund, © La commission géologique du Canada (dessins).

Au delà de ces aspects pratiques, ce qui lie aussi l’histoire naturelle et l’art est le fait que, dans les deux cas, ces occupations sont vécues comme un mode vie plutôt que comme un emploi dans le sens général du terme.

Une des discussions fréquentes entre les participants du camp de la rivière Dumoine était précisément à quel point il était difficile de gagner sa vie en poursuivant sa passion, mais que, malgré les difficultés, ils ne l’abandonneraient pour rien au monde.

Et c’est une bonne chose, parce que plus les artistes et les naturalistes se découvriront de points communs, plus ils inspireront les autres des merveilles de la nature !

Une illustration botanique de cônes de pin rouge.

Admirez d’autres oeuvres d’art botaniques comme cette illustration de pin rouge (Pinus resinosa) à l’exposition L’art de la flore, à l’affiche du 10 mai au 14 octobre à la Galerie aux murs de pierre du Musée. Image : Kathryn Chorney © 2017 Kathryn Chorney.

 

Texte traduit de l’anglais.

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La nouvelle Galerie de l’Arctique : Réconciliation, humains et histoire naturelle

La nouvelle Galerie de l’Arctique Canada Goose marque un pas important pour le Musée. Il s’agit en effet de la seule galerie actuelle du Musée comportant une part substantielle d’objets et de thèmes anthropologiques. En d’autres mots, c’est la seule exposition qui englobe les humains dans l’histoire naturelle.

En plus de mettre en lumière de nombreux aspects de la région polaire nordique, comme la géographie, la géologie, la flore, la faune et les écosystèmes, la galerie présente des artéfacts et des expositions sur les cultures et les langues arctiques.

En tant que paléontologue et archéologue, je m’en réjouis. Après tout, les humains ne font-ils pas partie de la nature ? Sans compter qu’il est souvent difficile d’aborder de façon exhaustive une question d’histoire naturelle sans faire référence au rôle que nous y avons pris.

Alors pourquoi les humains sont-ils largement absents de la majorité des expositions du Musée ?

Les artéfacts présentés au Musée.

La nouvelle Galerie de l’Arctique aborde la présence humaine dans le Nord dans plusieurs sections, notamment en présentant des artéfacts préhistoriques et historiques . Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les vestiges de l’expédition malheureuse de Franklin (1845-1848) illustrent les efforts des Européens pour cartographier le passage à travers l’archipel Arctique du Canada. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les outils et autres objets paléo-esquimaux représentent les divers peuples pré-Inuits qui ont colonisé l’Arctique à l’origine. Image: Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Les artéfacts présentés au Musée.

Les cartes mettant en évidence la variété de langues et de dialectes traditionnellement parlés dans le nord du Canada et dans toute la région circumpolaire témoignent de la diversité des cultures autochtones modernes de l’Arctique. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

La réponse réside en partie dans l’histoire du Musée. Notre précurseur, le Musée de la Commission géologique du Canada, qui est devenu le Musée national du Canada en 1927, possédait des collections sur tous les sujets : des minéraux aux fossiles et des artéfacts archéologiques.
En 1956, le Musée national du Canada fut littéralement divisé par le milieu en ce qui est aujourd’hui le Musée de la nature et le Musée de l’histoire. Les deux institutions demeurèrent dans le même édifice, mais la séparation conceptuelle entre humains et histoire naturelle était tracée, avec un Musée de l’histoire agissant comme seul dépositaire de l’anthropologie.

Des hommes assis autour d’une table avec une exposition à l’arrière-plan.

Le personnel de la Commission géologique du Canada dans les années 1880 assis autour d’une table au Musée de la Commission qui occupait jadis l’édifice au coin des rues Sussex et George dans la basse ville d’Ottawa. Encerclée en rouge, une vitrine contenant les artéfacts des Premières Nations exposés en 1862. Image : © Ressources naturelles Canada. Source : Ressources naturelles Canada /82263.

Mais cette division institutionnelle entre êtres humains et histoire naturelle n’est qu’une partie de l’histoire.

L’autre partie touche au fait que cela coïncidait avec une prise de conscience croissante que les musées d’histoire naturelle perpétuaient des idéologies colonialistes racistes, à la fois par leurs expositions des cultures non occidentales et dans les coulisses.

Les exemples concernant les cultures de l’Arctique abondent, comme celui de Minik, un enfant autochtone du Groenland amené à New York en 1897 par l’explorateur américain Robert Peary. Confié, avec cinq autres Inuits dont son père, au Musée américain d’histoire naturelle pour étude, Minik a dû faire face à plusieurs difficultés en grandissant. Par exemple, quand son père est mort de la tuberculose, son corps a été versé dans la collection du Musée et Minik a dû se battre pour récupérer et enterrer les restes de son père comme il se devait.

Le Canada n’a pas échappé à de tels agissements. Plusieurs Inuits du Labrador sont morts en Europe en 1881 après une tournée à l’échelle du continent dans ce qui était connu comme des « zoos humains ».

Ainsi, sans personnel et sans mandat en archéologie et avec des questions politiques sujets à controverse au sein d’une population de plus en plus sensibilisée, le Musée était peu enclin à intégrer entièrement les humains et la nature dans ses expositions.

L’édifice de l’American Museum of Natural History.

L’American Museum of Natural History a plusieurs salles consacrées à l’histoire naturelle de l’humanité. Doté d’un important département d’anthropologie, ce musée figure sur la longue liste des grands musées d’histoire naturelle qui effectuent des recherches et élaborent des expositions sur l’évolution humaine, l’archéologie et l’ethnographie. Le Musée canadien de la nature compte parmi les rares grands musées d’histoire naturelle dépourvus de division d’anthropologie. Image : © Ingfbruno (CC BY-SA 3.0).

À titre d’organismes biologiques, on ne peut nous séparer de la pensée critique sur l’histoire naturelle, quels que soient les problèmes institutionnels, politiques ou culturels que cela soulève.

Nous constituons un élément important et très influent de la biodiversité sur Terre.

La région arctique en particulier montre bien que notre existence en tant qu’espèce a eu des effets considérables sur le monde qui nous entoure et vice versa.

Vue extérieure de l’édifice des musées Alexander G. Ruthven.

Vue de l’édifice des musées Alexander G. Ruthven qui a abrité, jusqu’à la fin de 2017, le Musée d’histoire naturelle de l’Université du Michigan. Le Musée rouvrira ses portes dans un nouvel édifice en 2019 mais sans ses dioramas très anciens illustrant la vie pré-contact des Autochtones du Michigan. En 2010, l’administration du Musée a décidé de retirer [site en anglais] ces expositions vieilles de 50 ans après une controverse sur le fait que ces dioramas pourraient contribuer à divers degrés à donner l’impression aux visiteurs que les cultures autochtones étaient stagnantes, éteintes ou inférieures aux sociétés occidentales (pour un bon aperçu de cette question, lisez cet article en ligne [site en anglais] sur le sujet). Le Musée américain d’histoire naturelle a aussi été confronté à de tels problèmes [site en anglais]. Image : © Andrew Horne (CC BY-SA 3.0)

En s’aventurant toujours plus loin vers le nord, notre espèce, qui a vu le jour sous le climat chaud de l’Afrique, a subi des changements biologiques et culturels qui lui ont permis de conquérir l’environnement froid et impitoyable de l’Arctique.

Nos technologies avancées et nos modèles d’utilisation des ressources sont en train de modifier ces mêmes climats polaires qui ont suscité notre adaptation au froid. Par exemple, la nouvelle galerie présente les effets des changements climatiques provoqués par l’humain sur l’Arctique.

La Galerie contient aussi une carte qui montre les terres et les eaux maintenant protégées par les nations de l’Arctique, un signe positif de la façon dont les humains influencent la région.

Ainsi, le rôle des humains dans l’histoire naturelle de la région polaire septentrionale devait être pris en compte dans la Galerie de l’Arctique afin de fournir un aperçu exact et complet de son histoire naturelle.

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La Galerie de l’Arctique comprend une aire réservée aux expositions temporaires élaborées en collaboration avec les organisations du Nord. La photo ci-dessus montre l’exposition inaugurale Inuinnauyugut : Nous, les Inuinnaits réalisée par la Kitikmeot Heritage Society [site en anglais]. De tels partenariats sont essentiels pour l’élaboration de contenus plus riches et plus authentiques. Tout comme l’est l’inclusion des sociétés européennes comme point focal d’expositions, une approche plaidée brièvement ici [site en anglais] (par un élève de 16 ans, qui plus est!) pour le Musée américain d’histoire naturelle. Image : Scott Rufolo © Musée canadien de la nature.

Pour moi, la nouvelle Galerie de l’Arctique constitue un exemple de la façon dont l’intégration d’expositions anthropologiques dans des musées d’histoire naturelle peut agir comme un véhicule de réconciliation tout en permettant une compréhension plus holistique de l’histoire naturelle de la Terre.

La Commission de vérité et de réconciliation du Canada : Appels à l’action recommande aux musées et aux archives de se conformer aux principes de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Parmi ces principes figure la reconnaissance du fait que les peuples autochtones ont le droit de maîtriser leur héritage culturel.

Ainsi, lors de l’élaboration du projet, le Musée a noué des partenariats avec des groupes autochtones et des personnes qui vivaient et travaillaient dans le Nord du Canada afin de tenir compte de leurs voix et de leurs points de vue dans la Galerie.

Ces partenariats ont donné naissance à une galerie impressionnante qui intègre les données scientifiques, les perspectives culturelles et le point de vue personnel de plusieurs groupes, notamment des chercheurs, des personnalités politiques, des artisans, des chasseurs, tous s’exprimant dans des « capsules ».

Cette myriade de voix présente la splendeur multiforme de l’histoire naturelle de l’Arctique, y compris les humains.

Texte traduit de l’anglais.

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Grâce à une visiteuse devenue bénévole, la collection de fougères du Musée entre de plein pied dans le 21e siècle

avec la participation de Jennifer Doubt

Il y a trois ans, je suis venue au Musée canadien de la nature pour consulter l’herbier et y trouver une espèce de fougère indigène du Québec. J’y ai découvert beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais.

La conservatrice de l’herbier du Musée, Jennifer Doubt, m’a aidée dans ma recherche puis m’a proposé de mettre mes connaissances sur les fougères et mon enthousiasme   au profit d’un projet d’une tout autre envergure. Au fil des ans, les scientifiques ont accru notre compréhension des liens de parenté existant entre diverses fougères, de sorte que de nombreuses espèces possèdent maintenant des noms scientifiques différents. La collection de fougères du Musée devait en conséquence être totalement réorganisée pour tenir compte de ces nouvelles connaissances.

Il s’agissait d’une tâche de taille, puisque la collection de fougères et de lycophytes (lycopodes, sélanigelles et isoètes) provenant de toutes les régions du monde remplit plus de 400 étagères. Mais j’ai visité ce musée pendant presque 50 ans et j’avais là une occasion de m’engager dans deux choses que j’aimais : le musée et les fougères.

À l’instigation de Jennifer, ma modeste requête initiale m’a donc transformée en bénévole officielle du Musée chargée de diriger ce plan de réorganisation des fougères pour le 21e siècle.

Une femme assise à un ordinateur avec des spécimens d’herbier.

Au cours de ces trois années de réorganisation et de mise à jour de la collection de fougères du Musée, la bénévole Erica Eason n’a jamais baissé les bras. Image : Jennifer Doubt, © Musée canadien de la nature.

Nous avons commencé par mettre à jour les noms botaniques des fougères canadiennes.

Il a souvent fallu procéder en plusieurs étapes pour déterminer le nom scientifique d’espèces rares ou anciennes : parcourir les base de données classiques, les ressources en ligne, les sources historiques et solliciter les connaissances des botanistes du Musée et d’autres spécialistes locaux et nationaux.

Une étiquette manuscrite.

Mettre à jour le nom scientifique d’un spécimen de la collection de fougères requiert parfois des talents de détective pour déchiffrer l’étiquette manuscrite originale. Le nom écrit à la main sur cette étiquette conserve tout son mystère. Vous avez une idée ? Image : Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature.

J’ai ensuite mis à jour les noms des spécimens provenant des autres pays. Bien qu’ils soient beaucoup moins nombreux dans l’herbier que les plantes canadiennes, les spécimens internationaux représentent beaucoup plus de genres et d’espèces, ce qui implique une recherche « spécimen par spécimen » plus poussée.

J’ai également créé de nouveaux fichiers de couleurs différentes selon les zones géographiques en remplacement des anciens fichiers bleus utilisés pour identifier tous les spécimens qui ne provenaient ni du Canada ni des États-Unis.

Une plante vivante et une plante séchée sur une feuille d’herbier.

On collecte les spécimens botaniques frais et on les fait sécher afin que les utilisateurs des herbiers puissent les utiliser pendant des centaines d’années. Numéro de catalogue : CAN 10004164. Image : Erica Eason © Musée canadien de la nature.

Nous avons finalement réorganisé la collection entière de fougères en fonction des toutes dernières recherches de séquençage ADN.

On a d’abord créé un fichier Excel contenant la liste à jour du contenu de chaque étagère puis on a ajouté les nouveaux noms et les nouveaux numéros des familles (Christenhusz et al., 2011)1 pour chaque genre. On a ensuite réorganisé le fichier en fonction des nouveaux numéros des familles.

Et puis, très vite, nous avons établi le nouvel ordre dans lequel les spécimens devaient être rangés sur les étagères en fonction du nouveau système. Sans cette minutieuse préparation, le classement des spécimens – travail très physique qui impliquait de se pencher, de soulever et de s’étirer – aurait pris des semaines et perturbé considérablement l’accès à la collection au lieu des deux jours que nous y avons consacrés.

Une femme retirant des fichiers de la collection.

L’étudiante en enseignement coopératif de l’Université d’Ottawa Rachel Bergeron retire des spécimens de la collection de fougères mise à jour et réorganisée du Musée. Image : Jennifer Doubt © Musée canadien de la nature.

Une feuille d’herbier et le visage d’une femme.

La stagiaire d’été de l’Université Carleton Brigid Christison pose avec un spécimen de prêle lors de la numérisation de la collection de fougères et de lycophytes de l’Arctique, qui sera accessible en ligne. Numéro de catalogue : CAN 10004196 Image : Brigid Christison © Musée canadien de la nature.

Dès que la réorganisation a été terminée, nous avons attaqué les codes barres et la numérisation de la collection de fougères et de lycophytes de l’Arctique canadien.

Ce qui est merveilleux c’est que, maintenant, les spécimens arctiques sont bien organisés avec leur nom à jour et qu’on sait où les trouver dans la collection.

1 Document cité : Christenhusz, M.J., Zhang, X.C. et H. Schneider, 2011. « A linear sequence of extant families and genera of lycophytes and ferns ». Phytotaxa, 19 (1), pp. 7-54. (pdf).

 

Texte traduit de l’anglais.

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Des souris et un homme

L’an dernier, j’ai passé trois mois à identifier et à cataloguer des crânes de petits mammifères de la collection du Musée canadien de la nature.

La plupart étaient des crânes de souris, de campagnols et de musaraignes. Ces bestioles semblent beaucoup plus grosses qu’en réalité si on se fie au bruissement de feuilles qu’elles produisent, mais on les aperçoit rarement puisque ce sont des animaux nocturnes (à moins d’avoir des yeux de hibou!).

Une musaraigne, un campagnol et une souris.

Trois petits mammifères canadiens souvent confondus : la musaraigne (Sorex), le campagnol (Myodes) et la souris (Peromyscus). Le campagnol et la souris sur l’image ont des étiquettes d’oreille servant aux études de marquage-recapture. Image : Musaraigne et campagnol : Patrick Moldowan, © Patrick Moldowan. Souris : Jonathan Gagnon, © Jonathan Gagnon.

Comment savoir si un spécimen est une musaraigne (Sorex), un campagnol (Myodes) ou une souris sylvestre (Peromyscus) et déterminer à quelle espèce il appartient quand on n’a que le crâne?

Il faut observer les dents.

Ces petites bêtes poilues se ressemblent beaucoup, mais leurs dents sont très différentes, surtout celles des musaraignes.

Contrairement au campagnol et à la souris – qui mangent des graines, des tiges et des feuilles —, la musaraigne est un animal insectivore : elle se nourrit principalement d’insectes. Son alimentation différente se répercute sur sa dentition. La musaraigne possède en effet des canines pointues pour mieux attraper et mastiquer les vers, les coléoptères et les araignées.

Bon, vous savez maintenant comment identifier une musaraigne, mais ce n’est qu’un début. On trouve 19 espèces de musaraignes au Canada. Plusieurs d’entre elles, dont la musaraigne de Beaufort (Sorex ugyunak), vivent même dans les Territoires du Nord-Ouest, au Yukon et au Nunavut.

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Les 19 espèces de musaraignes trouvées au Canada. Image : Brenda Carter, Julius Csotonyi and Paul Geraghty, © Musée canadien de la nature.

Les diverses musaraignes canadiennes sont difficiles à différencier par leurs caractéristiques externes, mais encore là, leurs dents viennent à notre rescousse.

Par exemple, la musaraigne cendrée (Sorex cinereus) et la musaraigne sombre (Sorex monticolus) sont presque identiques quand on les regarde côte à côte, et on les aperçoit souvent ensemble comme leurs habitats respectifs se recoupent dans une grande partie de l’Ouest canadien.

Mais en observant attentivement leurs dents – surtout leurs dents unicuspides, à une seule pointe —, on arrive à les différencier. Plus on s’éloigne du museau, plus les dents unicuspides de la musaraigne cendrée rapetissent; chez la musaraigne sombre, la troisième dent unicuspide est visiblement plus petite que la quatrième.

Photomontage de deux spécimens de musaraigne et leurs dents.

A. Une comparaison côte à côte montre la ressemblance extérieure frappante entre la musaraigne cendrée (Sorex cinereus, à gauche) et la musaraigne sombre (Sorex moticolus). B. Les dents supérieures de la musaraigne cendrée. C. Les dents supérieures de la musaraigne sombre. Si on observe les dents supérieures des deux espèces, on voit que la troisième dent unicuspide de la musaraigne sombre est beaucoup plus petite que la quatrième. Image : Elliott Schmidt, © Musée canadien de la nature.

Après un automne complet à étudier des crânes de petits mammifères, je suis devenu un spécialiste des différences entre les dents. Et j’étais bien content de ne pas avoir à identifier les musaraignes d’après une autre caractéristique distinctive : elles marquent leur territoire grâce à des glandes odoriférantes… qui produisent une forte odeur désagréable.

Texte traduit de l’anglais.

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À la découverte d’espèces sur les étagères

La beauté que recèlent les collections du Musée.

Je ne cesse de m’émerveiller devant ces rangées pleines de spécimens, certains dans des boîtes ou dans des tiroirs, d’autres dans des bocaux de liquide qui préserve leurs délicats tissus.

Peu de spécimens de la collection sont de nature à susciter autant d’émoi, chez la paléontologue que je suis, que ceux de la collection des fossiles. Les tiroirs et les étagères du Musée canadien de la nature, et d’autres musées, renferment certains des spécimens les plus bizarres et les plus intéressants du point de vue scientifique.

Une femme à côté d’un fossile. Arsinoitherium Collection # : CMNFV 8183

La paléontologue du Musée Danielle Fraser avec un moulage d’Arsinoitherium, un ancien mammifère à l’aspect plutôt extraterrestre. Arsinoitherium vivait en Afrique pendant l’Éocène et l’Oligocène, soit d’environ 56 à 23 millions d’années. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature. Collection # : CMNFV 8183

Les collections jouent un rôle scientifique de premier plan, car elles nous permettent d’étudier et de ré-étudier des spécimens déterminants, en particulier les spécimens-types, qui ont servi à décrire et nommer l’espèce.

Ce qui est le plus remarquable, c’est que les collections muséales sont d’excellents endroits pour dénicher de nouvelles espèces.

Tous les paléontologues rêvent de découvrir de nouveaux fossiles sur le terrain. C’est pourtant dans les collections existantes des musées, constituées par les bons soins des scientifiques précédents, que l’on trouve beaucoup, et peut-être la plupart de ces nouvelles espèces. Ces fossiles attendent patiemment, parfois pendant des décennies, avant qu’un scientifique minutieux ne les découvre par hasard dans une armoire, un tiroir ou sur une étagère.

Cette nouvelle espèce reçoit alors un nom et est accueillie dans l’immense catalogue  des formes anciennes de vie qui ne cesse de s’agrandir. Il devient alors un trésor scientifique apprécié pour les études comparatives.

Une femme mesurant un panache de caribou.

Dans le cadre de ses études scientifiques, la paléontologue du Musée Danielle Fraser mesure le panache d’un caribou fossile du Pléistocène faisant partie de la collection du Musée. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature.

En plus des spécimens-types, les collections du Musée contiennent de nombreux spécimens de la même espèce. Pourquoi conserver des dizaines de panaches de caribou du Pléistocène ou de tout autre fossile en fait ?

La biologie des espèces est compliquée et change avec le temps. Les individus d’une même espèce présentent une certaine variabilité et les populations sont souvent séparées les unes des autres par des centaines de kilomètres. Le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi), par exemple, est beaucoup plus petit que les caribous apparentés du sud.

Ainsi, lorsqu’on possède plusieurs spécimens pour chaque espèce, on peut mieux comprendre les variations qui existent au sein de l’espèce même et combler les lacunes dans les connaissances.

Par exemple, la paléobiologiste du Musée Natalia Rybczynski, Ph. D., et ses collaborateurs ont récemment accru considérablement nos connaissances sur l’ours primitif Protarctos abstrusus en décrivant les restes de squelette de la collection du Musée. La plupart de ces fossiles avaient été collectés dans les années 1990 au Nunavut par le paléontologue émérite du Musée Richard Harington, Ph. D.

Jusqu’à présent, la description de cette espèce reposait sur une seule dent fossile provenant de l’État américain de l’Idaho. Grâce à la description du squelette fossile de notre collection, nous connaissons beaucoup mieux l’évolution des ours modernes ainsi qu’un ancien écosystème de l’Arctique.

Partie d’un ours fossile. Protarctos abstrusus. Collection # : CMNFV 54380

Le spécimen de l’ours éteint Protarctos abstrusus datant de 3,5 millions d’années et provenant du Nunavut. Image : Marisa Gilbert, © Musée canadien de la nature. Collection # : CMNFV 54380

De nos jours, les collections du Musée jouent aussi un rôle croissant dans la compréhension des effets de l’activité humaine sur les caractéristiques des espèces, comme la taille, l’alimentation et la génétique.

Toutes ces données seraient inexistantes sans le travail acharné de tous ceux et celles qui ont contribué à la collecte, au catalogage, à la préparation et à la conservation des spécimens ainsi qu’à la constitution et au maintien des collections muséales de par le monde.

C’est ainsi que chaque fois que je pénètre dans les réserves du Musée, je suis frappée par l’incroyable beauté scientifique des collections.

Texte traduit de l’anglais.

 

 

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Le plus grand congrès de botanique : « Protégeons les plantes, protégeons l’avenir »

L’été dernier, les botanistes du Musée, Lynn Gillespie, Ph. D., Geoff Levin, Ph. D., et moi-même avons assisté au XIXe Congrès international de botanique (CIB). Il s’agit du plus grand rassemblement de botanistes au monde et, de loin, le plus grand congrès scientifique auquel j’ai participé.

Un grand mur couvert de plantes portant le nom du XIXe Congrès international de botanique 2017

Une impressionnante exposition horticole au XIXe Congrès international de botanique qui a eu lieu dans la ville chinoise de Shenzhen, en juillet 2017. Image : J.M. Saarela © Musée canadien de la nature.

Pendant une semaine, en juillet, plus de 7000 botanistes issus de 77 pays et de toutes les disciplines se sont rencontrés dans la ville chinoise de Shenzhen pour leur congrès qui a lieu tous les six ans et qui avait pour thème : « Protégeons les plantes, protégeons l’avenir. » À cette occasion, les chercheurs peuvent faire connaître à leurs pairs les progrès de leurs travaux, renouer avec des collègues, créer de nouveaux liens et établir des collaborations favorables à l’avancée de la botanique.

Avant le congrès, Lynn, Geoff et moi-même avons participé, pendant cinq jours, à une réunion de la section de la nomenclature, où nous avons débattu et voté des amendements au Code international de nomenclature des algues, des champignons et des plantes. Le « Code », comme on l’appelle familièrement, est un ensemble de règles compliquées qui régit la façon dont ces organismes vivants sont nommés. Il fait l’objet d’une révision tous les six ans à l’occasion du Congrès.

Quatre personnes s’adressant à une salle comble. L’assistance vote sur les questions qui lui sont présentées en levant la main.

Les délégués de la section de nomenclature au Congrès international de botanique dans la ville chinoise de Shenzhen, en juillet 2017, votent une proposition d’amendement du Code international de nomenclature des algues, des champignons et des plantes. Image : J.M. Saarela © Musée canadien de la nature.

À cette réunion scientifique, j’ai co-organisé un symposium sur la systématique et la phylogénie de lignées importantes de graminées, les Poaceae, qui forment la famille botanique la plus importante du monde sur le plan économique.

Lynn et moi-même avons prononcé un exposé concernant nos recherches sur les liens évolutifs au sein de plusieurs lignées de graminées de milieux tempérés : les pâturins des prés et les espèces apparentées, pour Lynn; les agrostides, les calamagrostides, les avoines et les espèces apparentées, (site en anglais) dans mon cas. Nous avons également présenté deux affiches (site en anglais) sur la biodiversité des plantes arctiques (site en anglais) au Canada.

Geoff, qui est président de l’Association de la flore nord-américaine, a fait une présentation sur le projet de Flore de l’Amérique du Nord (site en anglais), qui englobe 30 volumes sur le traitement taxonomique de toutes les plantes indigènes et naturalisées de cette région du monde.

Une grande salle remplie d’expositions et de kiosques au XIXe Congrès international de botanique, dans la ville chinoise de Shenzhen.

Les kiosques au XIXe Congrès international de botanique, dans la ville chinoise de Shenzhen, en juillet 2017. Image : J.M. Saarela © Musée canadien de la nature.

À la fin du congrès, a été publié la Déclaration de Shenzhen sur les sciences botaniques (site en anglais), Cette déclaration est un appel à l’action stratégique des scientifiques du monde végétal dans le contexte d’un environnement en pleine mutation. Il comporte sept priorités visant à unir toutes les disciplines botaniques en vue d’un avenir durable et écologique et d’une coexistence harmonieuse entre les humains et les plantes.

Des danseurs évoluent sur la scène devant d’immenses représentations de plantes.

Une scène du magnifique spectacle d’ouverture du XIXe Congrès international de botanique, dans la ville chinoise de Shenzhen, en juillet 2017. Originaires de Chine, ces fleurs de pivoine (Paeonia, Paeoniaceae) y sont cultivées depuis des siècles. Image : J.M. Saarela © Musée canadien de la nature.

La recherche, la diffusion des connaissances et les activités éducatives du Musée en botanique vont dans le droit fil des sept priorités de la Déclaration. Nous continuerons de créer de nouvelles connaissances sur la diversité végétale et de les diffuser largement.

J’ai déjà hâte d’assister au XXe Congrès, qui se tiendra à Rio de Janeiro en 2023.

Texte traduit de l’anglais.

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