À la chasse aux charançons au Texas

En mars de cette année, j’ai rendu visite à mon collègue à la retraite Charlie O’Brien, chez lui en Arizona, pour consulter son exceptionnelle collection de charançons. Alors que j’identifiais des spécimens d’un groupe que j’avais étudié pour ma thèse de Ph. D. dans les années 1980, j’ai rencontré une série de cinq insectes collectés au lac McKenzie dans le comté de Gaines, au Texas, en octobre 2004. Comme je connaissais bien ce groupe, j’ai immédiatement reconnu qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce, voire d’un nouveau genre.

Un insecte.

Nouveau genre? Une espèce non décrite (et vraisemblablement un genre non décrit) de Cleonini du comté de Gaines, au Texas. Image : François Génier © Musée canadien de la nature

Connaissant le site et la date de la collecte, je me suis rendu le mois dernier sur les lieux afin de découvrir d’autres renseignements sur la biologie et peut-être les plantes hôtes de ces charançons. J’ai réservé la semaine du 19 octobre (qui correspond à la date de collecte en 2004) et me suis envolé vers le Texas pour une partie de chasse.

Paysage semi-désertique.

Rives sableuses. Les terres basses salées et sableuses de la rive nord du lac McKenzie. Les taches blanches sont des dépôts de sel laissés lors des montées des eaux. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

À Dallas, j’ai loué une auto pour me rendre dans le comté de Gaines, situé dans les hautes plaines de l’ouest du Texas. Après des kilomètres de champs de coton, je suis arrivé dans la région du lac McKenzie, véritable oasis naturelle de quelque 1600 hectares de prosopis, d’armoise, de gutierrézie faux-sarothra et d’une myriade d’autres plantes se plaisant dans les milieux arides.

Comme les charançons avaient été collectés par Dave Brzoska, un passionné des cicindélidés, je passai la majeure partie du premier jour à scruter les habitats sablonneux ouverts qu’affectionnent ces prédateurs volants aux couleurs vives, dans l’espoir de rencontrer des charançons.

Rive sablonneuse d’un plan d’eau.

Un bon territoire de chasse? Les berges du lac McKenzie. Les insectes (dont des charançons) et autres débris s’accumulent le long des rives avec le vent. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Après cinq heures de recherche et cinq litres d’eau, j’ai trouvé mon premier spécimen, mort parmi les débris et autres insectes échoués sur le rivage. Malheureusement, j’ai passé trois autres longues journées à examiner diverses plantes et à arpenter les rives du lac sans trouver un seul autre spécimen.

Champ de coton.

Champ de coton. Un des nombreux champs de coton entourant l’habitat naturel bordant le lac. Dans l’ouest du Texas, on peut rouler pendant des heures dans les champs de coton. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

J’avais aussi prévu de passer quelques jours chez un entomologiste de mes amis, Darren Pollock, à Portales, au Nouveau-Mexique, pour examiner sa collection. J’ai eu la chance d’y découvrir un spécimen de la même espèce. Il l’avait collecté en mars dernier dans le comté de Quay, au Nouveau-Mexique.

Bien que je n’aie pas réussi à me renseigner davantage sur la biologie ou les plantes hôtes de ce charançon, j’ai obtenu un deuxième spécimen et je sais maintenant que son aire de distribution excède la région du lac McKenzie et qu’il est actif au printemps et en automne. Avec sept spécimens connus, je possède maintenant une série suffisante pour entamer une description de l’espèce et pour me faire une idée du genre auquel elle appartient.

Broussailles.

Idéal pour les charançons. L’habitat d’arbustes de prosopis qui borde le lac. On a collecté de nombreux charançons lorsqu’ils viennent se nourrir sur les petits buissons à fleurs jaunes dans la fraîcheur et l’humidité de la nuit. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Bien que je n’aie obtenu que deux spécimens de l’espèce visée, j’ai aussi collecté, au lac McKenzie, des centaines d’autres charançons fort intéressants de diverses espèces, la majorité avec un filet alors qu’ils venaient, dans l’air plus frais et moins sec de la nuit, se nourrir sur des plantes dégageant de l’humidité.

Beaucoup ont une aire de distribution limitée aux hautes plaines occidentales du Texas et sont rares dans les collections. Pour les collecter, il me fallait simplement veiller à ce que ma lampe frontale ne tombe pas en panne. Je devais aussi ne pas me laisser distraire par les charançons ou les coyotes qui hurlaient au loin au point de mettre le pied sur un serpent à sonnette.


Une oasis naturelle dans une mer de coton. Une brève vidéo panoramique du lac McKenzie et des alentours, dans le comté de Gaines au Texas. Vidéo: Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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Des héros de la nature récompensés par les prix Inspiration Nature

Il importe de célébrer nos héros. Ils méritent notre reconnaissance, non seulement pour leurs réalisations bénéfiques mais pour la considérable inspiration qu’ils procurent. Certains d’entre eux usent de leur talent pour créer des oeuvres d’art capables de susciter l’émotion par leur pure beauté ou leur incroyable imagination. D’autres nous émerveillent par leur capacité physique à littéralement flotter au-dessus de la glace d’une patinoire ou à remonter en trombe un terrain de soccer.

Il y a aussi les héros de la nature, beaucoup moins connus mais néanmoins capables de changer le monde autour d’eux grâce à leurs réalisations, aux raisons qui les motivent et à la passion qui les anime.

Les finalistes et les lauréats des prix Inspiration Nature debout dans un escalier.

Les finalistes, les lauréats et les membres du jury des prix Inspiration Nature 2016 rassemblés dans le cadre du gala de remise des prix. Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

Ces héros de la nature sont des particuliers, des groupes ou des organisations. Ils sont jeunes ou vieux. Ils se perçoivent comme une partie intégrante du monde naturel. Leur enthousiasme à l’égard de la nature et à la perspective d’une plus grande durabilité les a poussés à créer de nouvelles façons de prendre part à la vie. Ils le font pendant toute leur vie ou s’assurent que ces valeurs s’inscrivent au cœur de leur organisation. Ils entraînent de nombreuses autres personnes dans leur sillage.

Le Musée a trouvé le moyen de récompenser certains de ces héros grâce à ses prix Inspiration Nature. Chaque année, nous sommes confrontés au choix difficile de désigner, parmi une longue liste de candidats méritants, les lauréats qui seront récompensés lors du gala. La découverte des accomplissement des postulants a de quoi étonner. Le fait de prendre connaissance de cette grande variété d’activités et de réalisations procure une nouvelle perspective sur nos capacités en tant qu’êtres humains et inspire un sentiment d’humilité.

Le gala de cette année a eu lieu le 9 novembre. Les lauréats des prix Inspiration Nature 2016 sont les suivants :

  • Jeunes : Ta’Kaiya Blaney, une dynamique adolescente, qui est à la fois figure de proue des Premières Nations, actrice, chanteuse-compositrice et jeune ambassadrice de l’organisme Native Children’s Survival. Dans le cadre de ses diverses fonctions, elle prend souvent la parole sur la scène internationale. Son tout dernier projet musical et visuel intitulé Earth Revolution est une démarche forte visant à susciter le respect envers la Terre Mère.


  • Adulte : John Lounds, président et PDG de Conservation de la nature Canada, organisme qu’il a transformé en une importante force nationale. Cette organisation sans but lucratif a permis de préserver plus d’un million d’hectares (2,8 millions d’acres) de terres présentant un intérêt écologique au Canada.
John Lounds, tenant un trophée, debout à côté de  Meg Beckel.

John Lounds en compagnie de la présidente-directrice du Musée Meg Beckel au gala 2016 des prix Inspiration Nature. Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

  • Hommage : Neal Jotham a consacré plus de 50 ans de sa vie à combattre la cruauté envers les animaux, notamment à titre de directeur de la Fédération des sociétés canadiennes d’assistance aux animaux. Grâce à ses efforts pour mettre au point des techniques de piégeage indolore, il a éliminé les souffrances de millions d’animaux à fourrure sauvages en Amérique du Nord, en Russie et dans l’Union européenne et a considérablement réduit le piégeage des espèces non ciblées.


  • Organisations à but non lucratif (petites et moyennes): Natural Step Canada encourage l’instauration d’une société durable. Ses programmes fournissent des instructions sur la façon d’intégrer au mieux la durabilité dans les stratégies, le fonctionnement, les produits, les services et la planification des collectivités, des entreprises et des groupes. Ses programmes d’apprentissage ont tiré parti de la participation et des compétences de milliers de chefs de file et de praticiens.
  • Organisations à but non lucratif (grandes) : Situé à l’Université Dalhousie, l’Ocean Tracking Network est un projet de développement et une plateforme de recherche et de technologie internationale. Ce réseau de scientifiques facilite la gestion durable, à l’échelle nationale et internationale, d’animaux marins tels que mammifères, tortues, calmars, crustacés, requins, esturgeons, anguilles, thons, saumons et morues. Il atteint son but en fournissant des données sur les mouvements, les migrations, l’utilisation de l’habitat et la survie des espèces marines.
Une femme, un trophée à la main, se tient debout à côté d’un homme parlant à un podium, avec un écran à l’arrière.

Sara Iverson, Ph. D., et Fred Whoriskey, Ph. D. (au podium) reçoivent le prix Inspiration Nature 2016 au gala qui a eu lieu le 9 novembre 2016 au Musée canadien de la nature. Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

  • Entreprises (petites et moyennes) : SK Films se spécialise dans la création et la diffusion de productions multimédias de haute qualité sur l’histoire naturelle. Cette entreprise bien établie relie ses productions éducatives novatrices avec des actions de conservation en vue de renforcer et d’améliorer l’expérience du spectateur. SK collabore régulièrement avec des scientifiques et des éducateurs, tisse des liens avec les groupes scolaires et les familles et s’intéresse à la science citoyenne.
Un homme serre la main d’une femme qui reçoit un prix.

John Geiger, PDG à la Société géographique royale du Canada, décerne le prix Inspiration Nature 2016, catégorie Entreprises (petites et moyennes), à Wendy MacKeigan et Jonathan Barker de SK Films. Image: Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

  • Entreprises (grandes) : Teck Resources est une entreprise diversifiée du secteur des ressources qui prône une exploitation responsable des mines et des minéraux. Ses compétences s’étendent aux domaines de l’exploration, de l’exploitation, de l’extraction et du traitement des minéraux, ainsi qu’à ceux de la protection de l’environnement, de la recherche, de l’intendance et du recyclage des matériaux. Teck s’efforce de minimiser son empreinte et de limiter les effets de ses opérations, de façon à laisser aux générations futures un environnement productif.

Le Musée canadien de la nature adresse des félicitations bien méritées à tous les lauréats des prix 2016. Renseignez-vous sur ces héros et visionnez les vidéos sur leurs accomplissements à nature.ca. Puissent leurs réalisations et les pouvoirs de la nature vous inspirer!

Si vous connaissez une personne ou une organisation susceptible d’être candidate aux prix 2017, ne manquez pas l’appel de candidatures en février 2017.

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« Les squelettes sortent des placards » à l’édifice de la recherche et des collections du Musée

Chaque année, le Musée canadien de la nature ouvre au grand public son édifice de la recherche et des collections situé à Gatineau, au Québec (secteur d’Aylmer). Ces installations sont beaucoup plus grandes que le bâtiment familier du Musée au centre d’Ottawa. On y trouve plusieurs laboratoires de recherche ainsi que les collections du Musée.

Visiteurs regardant le squelette sur pied d’un mastodonte.

Dans l’entrée de l’édifice de la recherche et des collections, les visiteurs sont accueillis par un squelette de mastodonte. Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Aux « portes ouvertes » du Musée, les conservateurs, le personnel scientifique et les bénévoles sont à pied d’œuvre pour répondre aux questions et transmettre leurs connaissances. Cet événement, qui comporte plusieurs activités pour les familles avec enfants, connaît un vif succès et attire normalement quelque 3700 visiteurs.

On peut y admirer des présentations sur divers sujets : dinosaures, mammifères, insectes, minéraux, créatures aquatiques, botanique, ADN, Arctique. On y découvre aussi des objets très anciens et merveilleux rarement exposés.

Nous vous présentons en images quelques-uns des points saillants des dernières portes ouvertes du Musée, qui ont eu lieu en octobre 2016.

Collage : Gros squelettes de vertébrés; squelette et modèle d’un poisson à pattes; boeuf musqué naturalisé; crânes et os de dinosaures.

Les squelettes sortent des placards :
En haut à gauche : Spécimens de la collection des vertébrés, dont des squelettes d’orignal, de bison et de phoque.
En haut à droite : Modèle de Tiktaalik roseae, un poisson à pattes fossile de 375 millions d’années mis au jour dans l’Arctique en 2004. C’est le premier poisson à s’être aventuré sur la terre ferme. Le conservateur de paléobiologie Kieran Shepard a répondu aux questions des visiteurs.
En bas à gauche : Deux boeufs musqués naturalisés, Ovibos moschatus. Originaire d’Eurasie, ce mammifère a probablement atteint l’Amérique du Nord par le détroit de Béring. Il est merveilleusement bien adapté aux conditions arctiques avec, notamment, sa silhouette compacte et son épaisse fourrure.
En bas, à droite : Crânes de dinosaures à cornes et autres os de dinosaures.
Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Des spécimens aquatiques dans des bocaux, disposés sur des tables dans un laboratoire.

Une exposition de spécimens aquatiques préservés dans des bocaux d’éthanol. Le laboratoire de poisson du Musée prête ses spécimens aux établissements de recherche du monde entier. Comme l’a expliqué Noel Alfonso, chercheur adjoint principal en zoologie, on retire le spécimen de son bocal, on l’enveloppe dans une étamine, on met le tout dans un sac et on l’envoie par avion à sa destination. Cela devient un « poisson volant »! Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Des rangées d’insectes dans une vitrine.

Aimez-vous les coléoptères? Le Musée possède des centaines de tiroirs remplis de milliers de coléoptères et d’autres insectes collectés dans le monde entier. Bob Anderson, Ph. D., chercheur en zoologie, a répondu aux questions des visiteurs. Des photos de scarabées en gros plans sont exposées à l’édifice principal du Musée à Ottawa. Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Collage : un homme discute avec des visiteurs devant des étagères contenant des gaines de plâtre; une carapace de tortue fossile (en avant-plan) et un adolescent (à l’arrière-plan); une femme assise derrière une table d’information; un homme assis près d’une table où repose un crâne de dinosaure fossile.

Spécialistes des fossiles répondant aux questions.
En haut à gauche : Le paléontologue Xiao-chun Wu, Ph. D., présente des crânes de dinosaures primitifs à de jeunes visiteurs. Sur les étagères derrière lui se trouvent des centaines de fossiles protégés par une gaine de plâtre. Ces spécimens provenant de fouilles n’ont pas encore été développés.
En haut à droite : Le bénévole William McDonald, dont le père Alan est technicien des collections au Musée, décrit la marche à suivre pour préparer les fossiles. À l’avant plan se trouve la carapace assemblée d’une tortue ancienne.
En bas à gauche : La technicienne des collections Margaret Currie expose l’origine des glaciations et compare le mammouth laineux au mastodonte et aux éléphants modernes.
En bas à droite : Le chercheur en paléobiologie Jordan Mallon, Ph. D., décrit un crâne et une griffe de dinosaure (et un crâne de T-Rex, qui n’est pas sur la photo).
Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Collage : Un visiteur touchant un fossile; un homme à côté d’un modèle d’escargot géant.

À gauche : Le visiteur Ed Gregory touche un os fossile de dinosaure ornithopode herbivore vieux de 70 millions d’années sous l’oeil attentif de deux bénévoles. Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature
À droite : Joe Holmes, bénévole au laboratoire des diatomées du Musée, se tient à côté d’un modèle d’escargot géant dans le corridor de l’aire des collections et de la préservation. Dans cette zone, il est interdit d’apporter des boissons ou de la nourriture afin de prévenir l’introduction d’insectes, lesquels pourraient s’attaquer aux collections. Image : Ed Gregory © Musée canadien de la nature

Collage : outils préhistoriques, météorites et une roche lunaire.

Outils, météorites et une roche lunaire.
À gauche : Scott Rufolo, Ph. D., assistant de recherche en paléobiologie, parle des sites archéologiques dans l’Arctique et notamment de celui de l’expédition de Franklin. Sur la table sont exposés des outils préhistoriques mis au jour dans l’Arctique.
Au milieu : Le bénévole Christian Rochford montre des météorites et une roche lunaire à des visiteurs curieux.
À droite : Une plaque avec une roche lunaire recueillie lors de la mission Apollo 17 dans la vallée Taurus-Littrow, ainsi qu’un drapeau canadien comme celui qui avait été transporté lors de cette même mission. Les inscriptions contiennent un souhait de paix dans le monde de la part du peuple américain et une dédicace de la plaque à la population canadienne signée par le président américain Richard Nixon en 1973.
Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Images: À l’intérieur du laboratoire de l’ADN.

À l’intérieur du laboratoire de l’ADN : « Un renard en vitrine ». L’affiche au-dessus montre une partie du code génétique qui distingue le renard roux des autres mammifères. À gauche, Roger Bull, assistant de recherche principal en botanique et coordonnateur du laboratoire de la biodiversité moléculaire, qui dirige le laboratoire de l’ADN. Le Musée effectue des analyses génétiques sur les plantes, les animaux, les algues et les diatomées. Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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« Arachnophilie » : les araignées du campus de recherche du musée

Les araignées forment un groupe diversifié et étonnant d’arthropodes qui composent l’ordre des Araneae. Ce ne sont pas des insectes. Elles suscitent souvent de fortes réactions chez les gens, mais les morsures d’araignées dangereuses sont très rares. 

Cette année, le Programme de surveillance environnementale du Musée canadien de la nature a commencé à répertorier les araignées sur le terrain de 76 ha qui entoure le campus des collections et de la recherche à Gatineau au Québec. Les araignées ont des styles de vie très diversifiés; certaines creusent des tunnels, beaucoup utilisent des toiles pour capturer leurs proies et d’autres se servent de leur soie comme voile pour se mouvoir. Certaines espèces vivent même sous l’eau!

Une araignée au milieu de sa toile.

Une araignée orbitèle (famille des Araneidae) trouvée près de l’édifice des collections et de la recherche à Gatineau au Québec. Image : Carly Casey & Geoff Carter © Musée canadien de la nature

Les étudiants du Programme de surveillance environnementale ont commencé à recueillir des araignées, en plus de poursuivre l’enrichissement des collections de coléoptères. Elles ont été collectées à l’aide des mêmes pièges à fosse que nous utilisons pour recueillir des carabes. Le gaulage est une deuxième méthode de capture d’araignées que nous avons essayée cette saison. La technique consiste à tenir une feuille de papier sous un arbre pendant qu’on secoue celui-ci vigoureusement. Les araignées qui tombent sur la feuille doivent être rapidement aspirées à l’aide d’un aspirateur. Ceci demande beaucoup plus de temps et d’énergie que les pièges à fosse au fonctionnement passif.

Collage de deux photos : Un homme debout regarde une feuille de papier. Un homme accroupi place une installation au sol.

Geoff Carter examine sa feuille après avoir secoué les arbres (à gauche) et tendu un piège à fosse (à droite) sur le campus de la recherche du musée. Le piège à fosse, utilisé également pour piéger des coléoptères, guide les bestioles le long d’un plexiglas dans des verres remplis de propylène-glycol, une substance qui les tue et les préserve. Images : Carly Casey © Musée canadien de la nature

Les observations scientifiques indiquent que les assemblages d’araignées changent avec l’évolution de leur environnement. Une modification dans la composition des espèces d’araignées reflète un changement environnemental dans notre forêt.

Une fois recueillis, nos spécimens ont été préservés dans de l’éthanol et rapportés au labo pour être triés. Lorsqu’on identifie les familles d’araignées, il y a quelques caractéristiques essentielles à surveiller. Souvent, la disposition des yeux indique la famille d’appartenance. La famille des araignées-loups, Lycosidae, par exemple, possède quatre grands yeux postérieurs qui, vus de haut, forment un rectangle. Les quatre yeux antérieurs beaucoup plus petits forment une rangée vue de face.

Plan rapproché de la tête et du corps d’une araignée.

Vue de face d’une araignée-loup mâle (famille des Lycosidae) recueillie par les étudiants du Programme de surveillance environnementale pendant la campagne sur le terrain 2016. Image : François Genier © Musée canadien de la nature

Les spécimens de la famille des araignées-crabes sont faciles à reconnaître par leur forme corporelle et leurs premières et deuxièmes pattes qui ressemblent à celles d’un crabe. D’autres familles peuvent s’avérer plus difficiles à identifier, exigeant de compter le nombre de grands poils, macrosetae, sur un segment d’une patte en particulier.

Plan rapproché, vu de haut d’une araignée.

Vue dorsale d’une araignée-crabe mâle (famille des Thomisidae) recueillie par les étudiants du Programme de surveillance environnementale pendant la campagne sur le terrain 2016. Image : François Genier © Musée canadien de la nature

Pour identifier l’espèce d’une araignée, il faut examiner les organes sexuels de plus près, car ces structures sont très spécifiques à chaque espèce.

Avant de s’accoupler, les mâles tissent une toile sur laquelle ils déposent leur sperme, puis recueillent celui-ci et l’emmagasinent dans leurs organes sexuels secondaires, appelés les pédipalpes, près de la tête. Ces pédipalpes sont des structures très spécialisées, ressemblant à de délicates verreries ou à des confiseries, qui sont introduites dans l’épigyne de la femelle lors de l’accouplement. Les organes sexuels fonctionnent à l’image d’une clef ne pouvant ouvrir qu’une serrure.

Après la reproduction, certains mâles se sauvent en laissant un palpe derrière eux. Ceci permet effectivement d’empêcher tout autre mâle de s’accoupler avec la femelle.

Plan rapproché du dessous d’une patte d’araignée.

Vue ventrale d’un pédipalpe d’une araignée-patineuse mâle (famille des Pisauridae) recueillie par les étudiants du Programme de surveillance environnementale pendant la campagne sur le terrain 2016. Image : François Genier © Musée canadien de la nature

Il y a plus de 100 familles et 35 000 espèces d’araignées dans le monde. Si vous les examinez de plus près sous un microscope, vous pouvez observer à quel point ces espèces diffèrent entre elles. Les araignées ne sont peut-être pas appréciées par tous, mais les étudiants du Programme de surveillance environnementale posent maintenant sur elles un regard passionné, curieux et admiratif.

Texte traduit de l’anglais.

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« L’ère des affaires durables »

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) figure parmi les organisations non gouvernementales les plus anciennes et les plus respectées dans le domaine de la conservation de la nature. Tous les quatre ans, l’UICN (site en anglais) rassemble ses membres dans le cadre du Congrès mondial de la nature, auquel sont aussi conviés tous les autres défenseurs de la nature qui souhaitent participer aux innombrables activités concernant la conservation des espèces et des habitats.

Un édifice sur les rives d’un cours d’eau.

Le Centre des congrès à Honolulu, à Hawaï, aux États-Unis. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

À la réunion de septembre à Honolulu, la portion « autres défenseurs de la nature » tient une place appréciable; 10 000 délégués de 184 pays, représentant 1300 organisations non gouvernementales, s’y sont inscrits.

Immense salle de conférence.

Beaucoup des organisations membres et autres ont des kiosques d’information dans le cadre de cette réunion. Des pavillons offrent aussi un espace plus grand pour des présentations thématiques. Cofinancé par le Musée canadien de la nature, le pavillon Nature pour tous présente des activités visant à rallier les jeunes et les moins jeunes. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

Meg Beckel, Robert Anderson et Mark Graham du Musée canadien de la nature ont assisté à la rencontre, où l’on présentait certains de nos programmes (comme Nature Nocturne) soit dans le pavillon Nature pour tous ou par une présentation électronique sur l’importance de la recherche en taxonomie.

Petite foule dansant dans un stand.

Durant la rencontre, le Musée a organisé, dans le pavillon Nature pour tous, trois soirées Nature Nocturne qui ont remporté un vif succès. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

Nous avons assisté aux réunions de la commission sur la gestion environnementale à titre de membres du thème sur l’Arctique; nous avons présidé le comité de gouvernance de l’assemblée et participé à l’assemblée des membres au sein de la délégation canadienne.

Personnes assises dans une salle de conférence.

Des centaines de membres réunis pour prendre des décisions sur les activités et la gouvernance de l’UICN. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

C’est une assemblée populeuse et dynamique et il y aurait beaucoup de choses à raconter. Mais, au cours d’une séance, une intervention a eu, pour moi, un écho remarquable sur la contribution des musées d’histoire naturelle. De telles rencontres attirent forcément des décideurs de haut niveau. Et l’un d’eux était Sally Jewell, la Secrétaire à l’Intérieur des États-Unis (responsable de la commission géologique, des parcs nationaux et de la gestion des terres). Elle a déclaré que le gouvernement des États-Unis intégrait maintenant la durabilité de l’environnement dans son processus de prise de décision, parce que les services d’un écosystème sain sont garants de notre survie. « Nous entrons dans l’ère des affaires durables » (We are in the forever business), a-t-elle ajouté, ce qui représente un pas en avant très positif et, à mon avis, un signe d’espoir.

Le commentaire de Sally Jewell me rappelle que les musées aussi sont entrés dans l’ère des affaires durables. Demandez à nos conservateurs et à nos restaurateurs combien de temps dureront, à leur avis, leurs collections une fois préparées. Ils répondront sans doute « des centaines d’années ». C’est beaucoup plus que dans bien des domaines. Et ce qui est intéressant, c’est que ces collections et les données qui s’y rattachent jouent souvent un rôle de premier plan pour aider Sally Jewell, et d’autres, à réaliser leurs propres affaires durables. Les collections d’histoire naturelle et les données que l’on échange à leur sujet forment une partie dynamique et intégrante de la communauté scientifique et jouent un rôle essentiel dans les efforts de conservation des décideurs non gouvernementaux et gouvernementaux.

Collage : Plan rapproché d’une femme assise et plan éloigné d’elle entourée de quatre personnes.

Jane Goodall s’adresse à l’assemblée pour souligner l’importance de rallier les jeunes à la cause de la conservation de la nature. Image : Mark Graham © Musée canadien de la nature

Le Congrès mondial de la nature de l’UICN a attiré aussi des héros de l’environnement. L’inventeur du terme « diversité biologique », E. O. Wilson, par exemple, a donné une allocution et a montré avec force que, à l’âge de 87 ans, il demeure un des phares qui guident notre pensée sur ces questions complexes. Nous avons également écouté avec un vif intérêt Jane Goodall qui, à 82 ans, continue d’inspirer les jeunes et de les inciter à s’engager dans le mouvement de conservation grâce à l’Institut Jane Goodall et au programme Roots and Shoots.

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Où pousse donc la phippsie des neiges? Partie 2

Lisez la première partie de Où pousse donc la phippsie des neiges?

Nous sommes donc reparties à la recherche de ma petite phippsie arctique à Naujaat (autrefois appelé Repulse Bay), un village du Nunavut situé exactement sur le cercle arctique.

Nous avons trouvé la première population de phippsies arctiques quelques heures après notre arrivée. Les plants étaient considérablement plus gros que ceux d’Arviat et se rencontraient dans une plus grande diversité d’habitats.

Montage montrant des gens assis sur le sol ou accroupis en train de travailler.

Les habitats autour de Nujaat où nous avons trouvé la phippsie arctique :
• En haut à gauche : une région côtière sableuse dans le village
• En haut à droite : le long d’une route de gravier
• En bas à gauche : complètement submergé dans une petite mare sur un affleurement rocheux (une situation inhabituelle sans doute attribuable aux pluies abondantes qui ont précédé notre arrivée)
• En bas à droite : au pied d’un banc de neige qui a tardé à fondre.
Images : Lynn Gillespie, Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

Mais où pousse donc la phippsie des neiges? Les spécimens susceptibles d’être des phippsies des neiges sont, à première vue, très semblables à ceux de la phippsie arctique. Privées de microscope, nous devions nous en remettre à notre loupe et aux observations générales de la forme et de l’habitat.

Nous avons trouvé plusieurs plantes avec des tiges qui se dressaient à moitié plutôt que de s’étendre au sol, ce qui est une caractéristique de la phippsie des neiges. Toutefois, l’examen à la loupe a révélé des fleurons qui semblaient typiques de la phippsie arctique.

Montage d'images montrant des spécimens de plantes, dont certains sont tenus par une personne.

Plants de phippsie arctique de Naujaat :
• En haut à gauche : la plus petite plante récoltée
• En haut au milieu : la plus grosse plante observée
• À droite : la racine incroyablement longue d’un des plants
• En bas à gauche : une population mélangée de plants vert vif et de plants violacés
• En bas au milieu : gros plan d’une inflorescence (fleur).
Images : Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

Sur la toundra, nous cherchions aussi des ostioles (éminences de boue), un habitat plus favorable à la phippsie des neiges, mais nous sommes rentrées bredouilles. Nourrissant de plus en plus de doutes à propos de la présence de la phippsie des neiges au Canada, nous avons quitté Naujaat pour notre destination finale : la capitale du Nunavut.

Ne disposant que de trois jours de recherche à Iqaluit, il nous fallait planifier soigneusement les habitats à explorer. Le premier jour, nous avons découvert plusieurs populations de phippsies arctiques dans des habitats perturbés, humides et sableux, autour et à l’intérieur de la ville. Les plantes étaient de bonne taille avec des inflorescences (fleurs) denses, mais rien qui ressemblait à de potentielles phippsies des neiges.

Montage d'images montrant une personne accroupie qui prend une photo ainsi que des spécimens de plantes.

La dernière collecte de phippsies arctiques à Iqaluit :
• À gauche : photographie de la population
• Au milieu : plante typique de la population
• À droite : gros plan d’une inflorescence (fleur).
Images : Lynn Gillespie, Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

Le jour suivant, j’enserrai (avec quelque réticence) un chercheur que nous venions de rencontrer et qui, avec d’autres VTT, nous emmenait au bout de la Route vers Nulle Part. Nous avons marché dans la toundra vallonnée, scrutant chaque banc de neige et tous les habitats humides et sableux, mais nous n’y avons repéré ni phippsie des neiges ni phippsie arctique. Comment était-ce possible?

Comme il nous restait peu de temps, nous avons occupé le dernier jour à passer au peigne fin les rivages de la baie juste à l’est d’Apex, un village près d’Iqaluit. J’étais presque sûre d’y dénicher tout au moins de la phippsie arctique. Mais à mesure que nous avancions de plus en plus loin dans la baie, mes espoirs s’amenuisaient. Hélas, le temps était venu de retourner à Ottawa.

Une femme faisant une grimace.

Photo prise à notre retour à Apex, en sueur et les mains vides. Cet autoportrait s’intitule La botaniste la plus malheureuse du monde. Image : Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

Et maintenant? Probablement quelques longues nuits à s’arracher les yeux sur un microscope pour distinguer une graminée d’une autre. Heureusement, les spécimens empruntés à divers herbiers du monde commençaient à arriver. L’envoi de Svalbard, en Norvège, où la phippsie des neiges et la phippsie arctique sont morphologiquement distinctes sera un atout précieux.

Je vais séquencer plusieurs régions d’ADN de ces spécimens pour trouver des marqueurs génétiques pouvant être utilisés pour identifier les deux espèces de façon certaine. Je pourrai ensuite repérer ces marqueurs sur les spécimens que j’ai récoltés pendant mon voyage, ainsi que sur d’autres provenant d’Amérique du Nord et du Groenland.

Alors seulement pourrais-je répondre à la question « Où pousse donc la phippsie des neiges? ».

Feuilles de papier au sol couvertes de spécimens de plantes.

Collection de phippsies arctiques de notre voyage au Nunavut, pressées et prêtes à être étudiées au microscope. Les rangées contiennent, de gauche à droite, les spécimens d’Iqaluit, de Naujaat et d’Arviat. Image : Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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Où pousse donc la phippsie des neiges? Partie 1

Une graminée est une graminée, n’est-ce pas?

En fait, les graminées font partie d’une famille comprenant plus de 12 000 espèces! En tant que botaniste en herbe, je risque d’en perdre mon latin!

Un diagramme.

Anatomie des inflorescences d’une graminée (l’inflorescence est la partie de la plante qui fleurit). L’élément de base de l’inflorescence est l’épillet (en rouge ici), qui contient un ou plusieurs fleurons (en bleu). Les principales parties sont les suivantes :
a) glume supérieure
b) glume inférieure
c) lemme
d) paléole
e) barbe
f) anthère
g) filet
h) stigmate
i) ovaire (qui mûrit dans le fruit appelé grain ou caryopse).
Image : Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

La famille des graminées, ou des poacées, se caractérise par des fleurs réduites et des feuilles simples linéaires. Ajoutez à cela une très forte tendance à l’hybridation, et vous obtenez de longues nuits à vous arracher les yeux au microscope pour distinguer une espèce d’une autre (j’exagère un peu, mais n’empêche…).

Quand on choisit de faire une maîtrise en botanique avec la spécialiste des graminées du Musée canadien de la nature Lynn Gillespie, Ph. D., on peut s’attendre à chausser ses bottes pour découvrir ces plantes sur le terrain.

Et me voici donc, en train d’étudier un petit genre composé de deux espèces : phippsie arctique (Phippsia algida) et phippsie des neiges (Phippsia concinna). Elles sont très étroitement apparentées. Il s’agit dans les deux cas de petites graminées pérennes touffues que l’on rencontre dans les endroits où la neige fond tard et dans les milieux sableux et humides. Elles se reproduisent principalement par autopollinisation; il existe donc peu de variation génétique pour distinguer les deux espèces.

Montage : Deux feuilles de papier sur lesquelles sont fixées des plantes séchées.

Planches d’herbier de la phippsie arctique (à gauche; Phippsia algida) et de la phippsie des neiges (à droite; Phippsia concinna) provenant de Svalbard, en Norvège. Pour distinguer les deux espèces, on regarde normalement la forme de l’inflorescence (partie fleurie) de la plante : étroite et dense chez la phippsie arctique et diffuse et ramifiée chez la phippsie des neiges. Image : Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

La phippsie arctique croît dans l’Arctique circumpolaire, mais compte des populations isolées dans les Rocheuses du Colorado, du Montana et du Wyoming, aux États-Unis.

La phippsie des neiges est bien documentée en Eurasie, mais sa présence au Groenland et en Amérique du Nord fait l’objet de débats depuis les années 1950. Où pousse donc la phippsie des neiges?

Pour répondre à cette question brûlante, je me suis jointe à une équipe de quatre botanistes pour entreprendre un voyage de 30 jours qui a comporté huit vols d’avion et de la recherche sur le terrain dans trois localités du Nunavut : Arviat, Naujaat et Iqaluit.

La chasse à mes deux graminées a commencé à Arviat, la collectivité la plus méridionale du Nunavut continental. Aucune de ces espèces n’avait auparavant été signalée dans cette localité, mais une collection de phippsies arctiques à environ 60 km plus au nord me donnait bon espoir.

Nous avons découvert la précieuse plante quelques jours seulement après notre arrivée. J’avoue que je n’avais aucune idée de ce que je tenais dans les mains malgré les semaines passées à examiner ces fameuses plantes au microscope.

Montage : Une main tenant un spécimen de plante; la même plante au sol.

Phippsie arctique d’Arviat. À gauche : Notre tout premier spécimen. Au milieu : 2e population, commune localement et dominante dans le sable humide. À droite : gros plan d’une inflorescence. Image : Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

La phippsie arctique d’Arviat était petite — environ de la taille d’une pièce de 2 $ ou à peine plus grande — ce qui surprend compte tenu de la latitude méridionale. Nous en avons collecté des spécimens de trois populations, toutes dans des habitats côtiers et sablonneux.

Une femme assise au sol.

En train de photographier la minuscule phippsie arctique sur le rivage sablonneux de la baie d’Hudson à Arviat. Image : Lynn Gillespie © Musée canadien de la nature

Lynn Gillespie et moi-même sommes ensuite parties pour le nord dans deux régions où on avait apparemment déjà récolté les deux espèces de phippsie.

Avons-nous fini par découvrir cette mystérieuse phippsie des neiges dans l’Arctique canadien? Vous le saurez en lisant la prochaine la deuxième partie de ce blogue.

Un panneau souhaitant la bienvenue à Naujaat en inuktitut, en français et en anglais, avec un hélicoptère et un édifice en arrière-plan.

L’aventure se poursuit à Naujaat. Image : Samantha Godfrey © Musée canadien de la nature

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Une visite des serres de Rideau Hall pour les botanistes du Musée

Le matin du 16 août 2016, un groupe de 14 chercheurs et bénévoles de l’équipe de botanique du Musée canadien de la nature ont participé à une visite guidée spéciale de Rideau Hall et de ses serres. Situé à Ottawa, Rideau Hall est la résidence principale du gouverneur général, Son Excellence le très honorable David Johnston, et de son épouse, Son Excellence Mme Sharon Johnston.
La visite a été organisée par Roger Bull, coordonnateur du Laboratoire de biodiversité moléculaire (laboratoire d’ADN) du Musée et membre de l’équipe de botanique qui étudie la diversité végétale dans l’Arctique canadien. Pendant ses études secondaires, Roger a travaillé pendant un été dans les serres de Rideau Hall.

Vue de l’édifice à travers des clôtures temporaires.

Rideau Hall subit actuellement des rénovations extérieures en préparation pour les célébrations de 2017 entourant le 150e anniversaire du Canada. Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

À l’intérieur de la résidence
Pendant la première partie de la visite, le groupe a parcouru les salles de bal et les salons de la résidence. On y trouve de nombreux magnifiques tableaux, dont des portraits de la reine Victoria, de la reine Elizabeth II et d’anciens gouverneurs généraux. On y trouve également d’intéressants tableaux de paysages et de l’art autochtone.

Une salle tapissée d’un papier peint comportant de larges rayures.

Le groupe à l’intérieur de la « Salle de la Tente », ainsi nommée parce qu’elle imite une tente extérieure. Une copie du portrait de la reine Victoria (à l’origine par l’artiste George Hayter) se trouve sur le mur du fond. On y trouve également des portraits d’anciens gouverneurs généraux, dont Lord Stanley, célèbre pour la Coupe Stanley (non montrés). Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Une salle ornementée, comportant de très hauts plafonds.

La principale salle de bal avec un portrait récent de la reine Elizabeth II. Les membres du cabinet du gouvernement sont assermentés ici. Le plafond est orné d’un lustre en cristal de Waterford de fabrication irlandaise muni de 12 000 pendeloques. Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Un homme pose près d’une peinture exposée sur un mur.

Joe Holmes avec un portrait de l’ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson, par l’artiste terre-neuvienne Mary Pratt. Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Dans les serres
La deuxième partie de la visite s’est déroulée à l’intérieur des serres du gouverneur général. Elles sont remplies de plantes de partout au Canada et d’ailleurs vivant dans un milieu contrôlé. Les serres sont administrées par la Commission de la capitale nationale (CCN). Un membre du personnel était présent pour discuter du fonctionnement et répondre aux questions.

Des gens se promenant dans une serre.

Intérieur de la serre du gouverneur général, avec de nombreuses plantes du Canada et d’ailleurs dans le monde. Certaines ont été soigneusement taillées pour représenter des formes intéressantes. Photo : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Des fougères en pot et dans une plate-bande.

Des fougères de Boston parmi d’autres plantes luxuriantes et des arbustes taillés. Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Des palmiers dans une serre.

Plus loin à l’intérieur de la serre, on trouve des palmiers. Il y a également un grand bol contenant des plantes aquatiques (non montré). Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Les terrains extérieurs
À l’extérieur, les membres du groupe ont parcouru l’arboretum où de nombreux dignitaires ont planté des arbres au fil des ans à l’occasion d’une visite à Ottawa. Au moment de la plantation, il s’agissait sans doute de chicots, mais ceux-ci sont devenus plutôt grands avec le temps.

Le tronc massif d’un arbre.

Cet arbre spécial, un chêne rouge, Quercus rubra, a été planté par le président John F. Kennedy il y a plus de 55 ans, le 16 mai 1961. On trouve également un arbre planté par sa femme Jacqueline Kennedy (non montré). Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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Comment ces moules se sont-elles rendues jusqu’à l’étang du Musée?

Vers 2005, Noel Alfonso, le coordonnateur du programme de surveillance environnementale du Musée canadien de la nature (PSE), avait déjà remarqué la présence de coquilles de moules autour de l’étang de l’édifice de la recherche et des collections du Musée à Gatineau, au Québec.

Ce n’est toutefois qu’en 2015 que ces grosses moules, appelées grandes anodontes, ont été officiellement recensées par les stagiaires du programme. Pendant deux étés consécutifs, nous avons fait des petits tours à l’étang à quelques semaines d’intervalle pour collecter les coquilles que les rats musqués avaient abandonnées sur les berges après s’en être régalé.

Cette collecte régulière et l’analyse des spécimens nous ont fourni une approximation de la population et de son âge.

Une coquille de moule vide, ouverte.

Grande anodonte, Pyganodon grandis, collectée sur les berges de l’étang du Campus du patrimoine naturel. Image : Carly Casey © Musée canadien de la nature

Comme l’étang du Campus du patrimoine naturel n’existait pas avant 1997, ces moules y sont apparues en un court lapse de temps compte tenu de l’âge de certains spécimens.

Cette découverte ne manque pas d’intérêt puisque, dans la collection du Musée, les spécimens de grandes anodontes, Pyganodon grandis, trouvées le plus près du Campus proviennent du lac des Fées dans le parc de la Gatineau.

Mais comment ces moules ont-elles bien pu se déplacer sur plusieurs kilomètres pour atteindre l’étang? Ce ne peut être une tâche facile pour ces animaux qui se traînent sur les fonds des lacs et des cours d’eau à l’aide de leur « pied extensible »!

Un étang entouré de végétation.

Cet étang se trouve sur le terrain du Campus du patrimoine naturel à Gatineau, au Québec, qui abrite les installations de recherche et de collections du Musée. Image : Carly Casey © Musée canadien de la nature

En fait, les moules se font aider! Les grandes anodontes libèrent dans l’eau des larves qui se fixent sur les branchies et les nageoires des poissons.

Une fois parvenues à l’état juvénile, les jeunes moules se détachent de leur hôte et s’installent sur le substrat où elles atteindront l’âge adulte.

La grande anodonte est une espèce généraliste, qui peut s’accommoder de faibles niveaux d’oxygène dissous et d’une variété de substrats. Et c’est la même chose pour le choix des poissons sur lesquels se fixent les larves.

Des 27 espèces hôtes potentielles, on en trouve cinq dans l’étang du Campus. Le scénario le plus probable est donc que les anodontes ont profité d’un transport gratuit sur certains de ces poissons.

De petits poissons nageant en eau peu profonde.

Des poissons nageant à contre-courant dans le fossé longeant le chemin Pink, sur lequel se trouve l’édifice de la recherche et des collections du Musée. Image : Geoffrey Carter © Musée canadien de la nature

Une excursion au lac des Fées nous a confirmé que les grands anodontes s’y trouvent encore. Mais même pour les poissons du lac des Fées, ce n’est pas une mince affaire de se rendre à l’étang.

Ils doivent d’abord monter le ruisseau Betty à contre-courant, puis prendre vers l’ouest, toujours contre le courant, dans le fossé du chemin Pink pour atteindre l’étang.

Ce fossé est en général inondé, mais il peut être difficile de naviguer en certains endroits surtout par un été sec comme celui qu’on vient de connaître.

La vidéo ci-desous vous montre un aperçu de ce parcours.

L’odyssée d’une larve de moule dans le fossé du chemin Pink

Une carte comportant des tracés de couleurs différentes.

Cette carte montre la route de colonisation la plus probable de la grande anodonte vers l’étang. Image : Geoffrey Carter © Musée canadien de la nature. Source : Esri, DigitalGlobe, GeoEye, Earthstar Geographics, CNES/Airbus DS, USDA, USGS, AEX, Getmapping, Aerogrid, IGN, IGP, swisstopo et les utilisateurs du SIG.

On peut estimer l’âge de ces moules assez facilement, un peu à la façon dont on compte les anneaux d’un arbre : une rayure foncée sur la coquille marque chaque saison de croissance.

Avec cette technique, on peut toutefois sous-estimer l’âge réel d’une moule de la moitié. Certains de nos spécimens pourraient donc avoir jusqu’à 20 ans. Ce qui signifie qu’il se serait écoulé très peu de temps entre la création de l’étang en 1997 et l’arrivée des premières moules.

Le tuyau d’un ponceau laissant passer un filet d’eau.

Un ponceau que les poissons auraient eu beaucoup de mal à franchir avec la sécheresse de cet été. Image : Carly Casey © Musée canadien de la nature

Tout un voyage ! On ne peut que s’émerveiller devant les efforts que déploient les poissons et les moules pour coloniser de nouveaux territoires.

Texte traduit de l’anglais.

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Des diatomées canadiennes « royales » de l’étang de Rideau Hall, à Ottawa

Un homme posant devant une fontaine et un édifice.

Joe Holmes devant la résidence du gouverneur général. Le drapeau canadien flottant au sommet de l’édifice indique que le gouverneur se trouve à l’extérieur de la ville. Autrement, c’est l’étendard royal (pourpre avec un lion) qui s’y déploie.
Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

En tant que bénévole au Musée canadien de la nature, je participe depuis le printemps 2016 à un projet visant à collecter des échantillons de diatomées dans plus de 80 sites dans la région d’Ottawa.

Nous avons visité lacs, rivières, canaux et étangs pour y collecter des diatomées. Celles-ci ont ensuite été traitées, photographiées et ajoutées à la collection du Musée qui compte déjà quelque 120 000 échantillons.

La préparation des échantillons, l’identification des espèces et la saisie des données et des photos dans la base de données de phycologie du Musée sont en cours.

Visite de Rideau Hall, la résidence du gouverneur général

Dans le cadre de ce projet, nous avons collecté des diatomées dans d’intéressants sites de la ville. En juin, j’ai visité Rideau Hall, la résidence principale du gouverneur général, Son Excellence le très honorable David Johnston, et de son épouse, Son Excellence Mme Sharon Johnston.

Une porte ouverte dans une grille de fer forgé au bord d’une route.

À Rideau Hall, la porte sud de la rue MacKay offre un accès public au terrain.
Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Alors que je faisais le tour de la propriété (qui fait 31,6 hectares), j’ai appris d’un membre du personnel qu’il y avait un étang sur le terrain. Il se trouvait toutefois dans la section privée et il fallait une permission spéciale pour y accéder. Comme Rideau Hall est un endroit d’intérêt national, je suis allé de l’avant et j’ai demandé au centre des visiteurs l’autorisation de me rendre à l’étang pour y recueillir des diatomées.

Une diatomée vue au microscope.

Cette diatomée a été collectée à Rideau Hall. Il s’agit de Caloneis silicula (taille : 47 µm × 7 µm). Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Les diatomées sont des algues unicellulaires microscopiques qui ont une coquille de silice. Il en existe de nombreuses espèces qui arborent des tailles et des formes diverses. On les trouve dans les boues des lits de tous les plans d’eau. Situées au bas du réseau alimentaire, les diatomées convertissent la radiation solaire et le CO2 en oxygène. Elles constituent la principale source d’alimentation de petites créatures, qui transmettent l’énergie aux échelons supérieurs du réseau.

Les scientifiques et les botanistes utilisent les diatomées pour étudier l’ADN, les changements climatiques, l’évolution, la qualité de l’eau et la salubrité de l’environnement.

Peu de temps après avoir déposé ma demande, on me proposa une visite de l’étang pour collecter mes échantillons de diatomées. En juillet, un aimable employé m’a escorté vers un étang en forme de fer à cheval situé dans un boisé appelé l’Érablière à sucre. Cela se trouve juste à l’ouest de l’endroit où l’on installe la patinoire extérieure chaque hiver. L’étang semble isolé, il est donc vraisemblablement alimenté par les eaux de pluie ou par la nappe phréatique.

Un étang.

L’étang de Rideau Hall, situé dans un boisé dans la section privée de la propriété.
Image : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Résultats de l’échantillonnage

De retour au laboratoire, j’ai traité les échantillons de boue et préparé des lamelles pour microscope. J’ai photographié les diatomées avec un appareil monté sur microscope optique avec grossissement allant jusqu’à 1600. Dans l’ensemble, nos résultats ont été très satisfaisants; certaines diatomées correspondaient même à des espèces que j’avais recueillies en Irlande et à Vancouver, en Colombie-Britannique.

Ensemble de diatomées vues au microscope.

Certaines diatomées trouvées dans l’étang de Rideau Hall (1 µm = 1 micron = 1 millionième d’un mètre):
1. Diploneis ovalis (17 µm × 7 µm)
2. Gomphonema acuminatum (51 µm × 10 µm)
3. Gomphonema insigne (44 µm × 10 µm)
4. Pinnularia viridis (73 µm × 15 µm)
5. Rhopalodia gibba (65 µm × 7 µm)
6. Placoneis abiskoensis (44 µm × 10 µm)
7. Reimeria sinuata (36 µm × 7 µm)
8. Frustulia rhomboides (59 µm × 15 µm).
Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Comme le gouverneur général est le représentant de la reine Elizabeth II au Canada, les diatomées de Rideau Hall apporteront une « touche royale » à notre projet de diatomées d’Ottawa, qui englobe d’autres sites, notamment le canal Rideau, les rivières des Outaouais et Rideau, les lacs Mud et MacKay et la Mer bleue.

Notre projet bénéficiera aux étudiants et aux scientifiques du monde entier qui s’intéressent aux diatomées de la région d’Ottawa et de l’Amérique du Nord. Le Musée collabore souvent avec des étudiants de botanique de l’université Carleton, de l’Université d’Ottawa, ainsi que d’autres établissements qui étudient les diatomées.

Texte traduit de l’anglais.

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