Mousse et lichen : Mais quelle est la différence?

J’adore parler aux gens de mousses et de lichens, ces organismes aussi complexes et fascinants que méconnus. Une des questions que l’on me pose le plus souvent est : Quelle est au juste la différence entre une mousse et un lichen ?

Lichen sur un arbre

L’évernie mousse du chêne, Evernia prunastri, est en fait un lichen. Image : R. Troy McMullin © Canadian Museum of Nature.

Il n’est pas surprenant que les gens les confondent. Par le passé, on a d’ailleurs souvent appelé « mousses » des lichens. Après tout, il s’agit dans les deux cas de petites touffes qui poussent à l’ombre et ne ressemblent ni à une plante vasculaire ni à un champignon. Ils sont aussi tous deux cryptogames, c’est-à-dire qu’ils ne se reproduisent pas par graines et fleurs.

Alors, quelle est la différence? En bref, la mousse est une plante simple, tandis que le lichen est un sandwich algue-champignon.

La mousse est un organisme multicellulaire dont les folioles se composent de cellules photosynthétiques, comme les arbres, les fougères ou les fleurs sauvages.

Mais contrairement aux plantes vasculaires, la mousse n’a pas de tissus spécialisés qui transportent activement l’eau et les nutriments, comme la sève, du sol jusqu’au bout des feuilles et vice-versa.

La mousse absorbe simplement l’eau et les nutriments comme une éponge verte et feuillue. Elle ne peut donc pas croître en hauteur, car les parties supérieures risqueraient de sécher.

Un collage de mousses

Il existe de nombreuses formes de mousses. Elles sont généralement vertes, sauf quelques espèces jaunes, brunes ou pourpres. Image : Cassandra Robillard © Cassandra Robillard.

Les lichens, pour leur part, sont un assemblage d’au moins deux organismes différents : un champignon et une algue vivant ensemble comme un seul être.

Dans le cas le plus simple, un champignon entoure une colonie d’algues. Les cellules algales procurent la nourriture au champignon grâce à la photosynthèse, tandis que le champignon protège l’algue de la sècheresse et des effets nocifs du soleil.

Quand le lichen est mouillé, on peut voir l’algue à travers la couche superficielle de champignon, ce qui lui donne une teinte verte et peut le faire ressembler à une mousse. Mais sec, un lichen est rarement vert, il arbore diverses couleurs vives. Le lichen présente diverses formes de croissance, mais ne possède jamais de feuilles, ce qui le distingue des mousses.

(Au fait, les hépatiques sont apparentées aux mousses et ressemblent parfois à un lichen mouillé, mais laissons cela pour le moment…)

Un collage de lichens

Les lichens présentent une grande diversité de formes et de couleurs. Image : Cassandra Robillard © Cassandra Robillard

Alors, savez-vous maintenant faire la différence entre une mousse et un lichen ?

Le seul moyen de le savoir est d’essayer : partez à leur recherche dans votre cour ou dans un parc !

Lichen et mousse sur une branche

Pouvez-vous distinguer la mousse du lichen sur cette branche ? Image : Cassandra Robillard © Cassandra Robillard.

Texte traduit de l’anglais.

 

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À la recherche de mammifères fossiles dans le parc national des Prairies

Le parc national des Prairies dans le sud de la Saskatchewan est réputé pour son paysage vallonné, ses impressionnants badlands et ses chiens-de-prairie inquisiteurs. Une pancarte avertit les visiteurs de faire fuir les chiens-de-prairie avec véhémence. Mais le parc est aussi un des endroits au monde les plus propices pour étudier comment ce petit mammifère et tous ses parents mammaliens à fourrure sont parvenus à remplacer les dinosaures.

Une vue des badlands dans le bloc est du parc national des Prairies.

Une vue des badlands dans le bloc est du parc national des Prairies. À l’été 2017, une équipe dirigée par le Musée canadien de la nature a effectué une première incursion dans cette région à la recherche d’affleurements fossilifères prometteurs. Image : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature.

C’est parce que le parc est très riche en fossiles qui nous renseignent sur les changements environnementaux et fauniques prodigieux qui ont eu cours depuis la disparition des dinosaures.

L’été dernier, j’ai dirigé une petite équipe d’intrépides femmes paléontologues avec lesquelles j’ai exploré le parc dans le cadre de ma recherche sur l’évolution des mammifères.

Cinq chercheurs se tenant dans le parc national des Prairies

L’équipe 2017 du Musée à la recherche de mammifères éteints, de gauche à droite : Brigid Christison, étudiante à l’Université Carleton, Margaret Currie, technicienne du Musée, Danielle Fraser, scientifique du Musée et Abigail Hall, étudiante de l’Université de Calgary. À l’extrême droite se tient Emily Bamforth, adjointe à la conservation au T. Rex Discovery Centre à East End, en Saskatchewan, qui a aimablement fourni un aperçu de la stratigraphie et de la topographie du bloc est au début de l’expédition. Image : Joshua Erikson, © Joshua Erikson.

À chaque fois que nous sommes allées dans le bloc est (le parc se divise en deux parties, est et ouest), il était difficile de manquer la couche de charbon qui marque la frontière entre le Crétacé et le Paléogène, il y a environ 66 millions d’années, alors qu’ont disparu les dinosaures et qu’a débuté l’ère des mammifères. À certains moments, nous trébuchions littéralement sur le moment où les dinosaures se sont éteints.

Un petit affleurement de la couche de charbon

Un petit affleurement de la couche de charbon qui marque la frontière entre le Crétacé et le Paléogène (KPg) et l’extinction des dinosaures. Image : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature.

Les roches de cette frontière entre le Crétacé et le Paléogène (KPg) témoignent d’un environnement beaucoup plus tropical que l’actuel et d’une faune de mammifères très différente.

Au sommet des collines, nous avons mis au jour le premier site fossilifère du parc datant de 20 millions d’années. Ces formations beaucoup plus récentes révèlent un environnement qui nous apparaîtrait familier aujourd’hui, avec un mélange de forêts et de prairies. Ce milieu abritait une variété de mammifères à sabots, dont les chevaux tridactyles, les rhinocéros (oui, tout à fait!) et un parent de l’actuelle antilocapre.

L’équipe du Musée sur une colline ans le parc national des Prairies

L’équipe du Musée est à la recherche de fossiles sur une colline de roches postérieures à la frontière Crétacé-Paléogène (KPg). L’été prochain, la scientifique du Musée Danielle Fraser poursuivra ses recherches dans le cadre d’un projet pluriannuel consistant à mettre au jour et à décrire des fossiles de mammifères dans le parc national des Prairies. Image : Danielle Fraser, © Musée canadien de la nature.

Dans nos prochaines expéditions dans le parc national des Prairies, nous continuerons de chercher les roches datant d’une période immédiatement postérieure à la frontière KPg qui contiennent des fossiles des premiers mammifères ressemblant à des primates (Plésiadapiformes) et d’autres lignées éteintes de mammifères.

À gauche : Un modèle du mammifère primitif. À droite : Dent d’un cheval tridactyle fossile couverte de lichen.

À gauche : Un modèle du mammifère primitif disparu Plesiadapis. De la taille d’un écureuil, ce petit mammifère appartient à un groupe éteint qui était peut-être précurseur des primates, dont l’humain fait partie. Image : M. De Stefano © MUSE-Museo delle Scienze (CC BY-SA 3.0).
À droite : Dent d’un cheval tridactyle fossile couverte de lichen. Ce fossile appartient vraisemblablement à un membre du genre Archaeohippus, un petit cheval à peu près de la taille d’un chien moyen, qui vivait il y a quelque 20 millions d’années. Numéro de terrain : GNP2017-WM2-18-1. Image : Brigid Christison © Musée canadien de la nature.

En comparant ces spécimens avec des fossiles provenant de couches supérieures plus récentes, nous tenterons de découvrir comment les mammifères ont réagi à l’extinction des dinosaures et aux changements environnementaux extrêmes qui se sont produits  au cours de ces 66 millions d’années.

Nous apprendrons alors comment tout cela s’est combiné pour donner naissance à ce curieux petit chien-de-prairie.

Texte traduit de l’anglais.

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Lever le voile sur le mystère de la structure cristalline

Portrait de l'auteur dans le laboratoire

Joachim de Fourestier. © Musée canadien de la nature

L’été dernier, j’ai effectué un stage à titre de boursier Harry Reid de l’Université Carleton avec le chercheur du Musée canadien de la nature Aaron Lussier, Ph.D. Le travail consistait à étudier de quelle manière des éléments communs comme le silicium et le fer se combinent pour former la structure d’un grand nombre de minéraux.

Le but ultime de cette recherche en cours est de déterminer pourquoi certaines structures cristallines sont plus communes que d’autres. Est-ce parce qu’elles sont plus stables ou en raison d’autres facteurs ?

C’est une question déterminante en sciences minérales. Croyez-le ou non, on ne comprend pas encore entièrement ce qui explique la forme, la structure atomique et la composition chimique de la plupart des minéraux.

Ainsi, les origines de la structure cristalline constituent une importante lacune dans notre connaissance du fonctionnement du système de la Terre.

Nous savons par contre que les minéraux possèdent une structure cristalline interne fascinante.

Les minéraux se composent d’atomes parfaitement ordonnés qui forment des cristaux. Même un cristal suffisamment gros pour que vous puissiez le prendre dans votre main, comme un de ceux exposés dans la Galerie de la Terre du Musée, comprend des milliers de milliards d’atomes dont chacun occupe une place bien précise dans la structure.

Fait intéressant, des minéraux n’ayant en apparence aucun lien entre eux peuvent partager certains aspects structuraux, par exemple des atomes de silicium en feuilles ou encore des atomes d’aluminium faisant partie d’une chaîne qui semble sans fin (voir Figure 1).

la structure d’un minéral

Figure 1. On représente souvent la structure d’un minéral à l’aide de polyèdres fermés avec un atome de métal au centre et des atomes d’oxygène aux angles. Cette image montre comment les chaînes (a) formées d’octaèdres partageant un côté s’unissent pour former des feuilles (b). Ce type de structure en chaîne se trouve dans plus de 50 espèces minérales naturelles et dans des dizaines de composés synthétiques. Image: Aaron Lussier © Musée canadien de la nature.

Expliquer pourquoi les minéraux présentent une certaine structure atomique pourrait donner lieu à de nombreuses applications pratiques.

On pourrait créer de meilleurs matériaux synthétiques dotés de propriétés spécialisées. On serait en mesure de mettre au point des matériaux dont l’interaction avec la géologie locale serait prévisible ou qui contribueraient à la remise en état de milieux contaminés par des toxines dangereuses, comme le plomb ou le mercure, et même à l’élimination des déchets radioactifs.

Tout comme la diversité des structures minérales, les possibilités d’applications pourraient être infinies !

Un morceau de chromite

Un morceau de chromite provenant de Tiébaghi, en Nouvelle-Calédonie. La chromite est la principale source du chrome, élément métallique  utilisé dans la fabrication de l’acier inoxydable. Sa structure atomique contient des fragments de la chaîne présentée à la Figure 1. Catalogue # CMNMC 59740. Image : Joachim de Fourestier © Musée canadien de la nature.

Un morceau de Magnetite

Un magnifique spécimen de Russie présentant des cristaux octaédriques très bien formés de magnétite. Catalogue # CMNMC 85016. Image : Joachim de Fourestier © Musée canadien de la nature.

 

Texte traduit de l’anglais.

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Une nouvelle murale révèle mille et une anecdotes sur la collecte de spécimens

Une nouvelle murale ornant le hall d’entrée du campus de la recherche du Musée canadien de la nature dépeint un écheveau extrêmement dense et coloré de noms enchevêtrés.

Tous ces noms forment le vaste réseau social de collecteurs qui sont partis à la recherche de trésors naturels, à pied, à la rame, dans les tourbières, jusqu’au Grand Nord ou dans des lieux très reculés du Canada.

Une murale

La murale dans le hall du campus de la recherche du Musée – rue Pink à Gatineau, au Québec –  révèle les liens entre quelques-unes des milliers de personnes qui ont contribué à la collecte de spécimens du Musée. Image : David P. Shorthouse © Musée canadien de la nature

De loin, la murale ressemble à de l’art abstrait. Mais lorsqu’on l’observe de plus près, chaque bulle est le nom d’un collecteur et chaque ligne entre les noms représente le type de spécimen qui relie les deux personnes.

En 2010 par exemple, la botaniste du Musée Laurie Consaul a travaillé avec des habitants de Sanikiluaq, au Nunavut, pour étudier la diversité locale des plantes, ce qui crée la grappe de noms apparaissant ci-dessous.

Le réseau de collecte formé par la botaniste sur la murale

Le réseau de collecte formé par la botaniste du Musée Laurie Consaul et les habitants de Sanikiluaq, au Nunavut. Image : David P. Shorthouse © Musée canadien de la nature

Les gens du Musée utilisent le terme « patrimoine naturel » pour désigner les objets hérités des générations passées, conservés aujourd’hui et tendus aux générations à venir. Le campus de recherche du Musée abrite 14,6 millions de spécimens d’histoire naturelle, allant des dinosaures fossiles aux algues microscopiques, tous minutieusement conservés pour les générations futures de Canadiens.

À chaque spécimen correspond une étiquette où sont consignés l’identité du spécimen, le lieu et la date de collecte, le nom du collecteur et toute information utile à l’étude de la biodiversité.

page d'herbier

Un spécimen de potentille des neiges (Potentilla nivea) collecté par Laurie Consaul et les habitants de Sanikiluaq, au Nunavut.  Numéro de catalogue : CAN 599404. © Musée canadien de la nature

Mais cette étiquette ne témoigne pas de l’immense effort requis pour constituer et entretenir cette impressionnante collection ni des vifs sentiments qui y sont rattachés.

Le terme de patrimoine naturel implique une notion de fierté, une responsabilité et engage notre propre identité au regard des merveilles naturelles du Canada. Votre patrimoine personnel peut comprendre les heureux souvenirs d’une promenade, d’une sortie de camping ou de votre participation au bioblitz alors qu’un spécialiste vous a aidé à identifier un papillon au vol ou une mousse délicate.

Les milliers de collecteurs qui ont apporté des spécimens au Musée ressentent ce même sentiment d’appartenance et d’interdépendance.

Un chercheur et un étudiant regardent la murale

L’étudiante au Programme de formation scientifique du Musée, Teresa Neamtz, et le lichénologue et chercheur émérite Irwin Brodo se rappellent une anecdote en examinant le réseau des collecteurs. Image : Susan Goods © Musée canadien de la nature

Vous apprécierez encore plus la murale si vous avez la chance de la regarder avec un membre du personnel du Musée pendant notre journée Portes ouvertes qui se tient une fois l’an au campus de la recherche.

En lisant les noms des autres collecteurs, des anecdotes de leurs propres expéditions remonteront immanquablement à la surface. Ils raconteront des épisodes amusants de leur voyage, des faits intéressants sur les spécimens ou autres découvertes d’histoire naturelle.

Du même coup, vous vous sentirez vous aussi partie prenante de ces histoires qui forment notre patrimoine naturel.

Les gens debout dans la rivière

Depuis le début des années 1970, l’herpétologue et chercheur adjoint du Musée Frederick W. Schueler (à droite) a apporté au Musée un nombre impressionnant de spécimens aussi divers que des amphibiens, des reptiles, des poissons, des invertébrés et des plantes du Canada. Ici, Frederick Schueler et ses collègues récoltaient des larves de lamproie par électropêche dans la rivière des Outaouais, le 26 mai 1987. Image : © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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De la plante à l’article : la suite de l’histoire

Dans un blogue précédent, j’expliquais qu’une recherche n’ayant pas fait l’objet d’une communication (c’est-à-dire d’une publication) restait inachevée; au Musée, cela implique souvent de faire connaître notre découverte au grand public et dans le milieu scientifique. Dans le premier cas, cela prend la forme d’expositions, de présentations et de blogues; dans le second, l’article soumis à un comité de lecture s’impose.

Un bosquet d’épinettes dans la toundra en été.

Notre expédition au fleuve Coppermine nous a conduits à la limite des arbres, où les épinettes blanches (Picea glauca) parsèment la toundra de transition. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Notre dernier article de groupe publié dans Open Access (en anglais) comprend une liste détaillée et beaucoup de photos couleur des plantes vasculaires du cours inférieur du fleuve Coppermine, destination de notre expédition sur le terrain en 2014. En combinant les plus de 1200 spécimens collectés récemment et ceux des herbiers de tout le pays, nous avons relevé 300 espèces de plantes vasculaires le long de ce segment du fleuve, ce qui en fait une des régions les plus riches en espèces du Nunavut continental que l’on connaisse à ce jour.

Une rivière serpente entre des collines, dans la toundra en été.

Le parc territorial Kugluk (Bloody Falls) qui chevauche le cours inférieur du fleuve Coppermine possède une flore riche et diversifiée. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Beaucoup des nouvelles observations de plantes vasculaires (56) sont attribuables à l’extension des aires de distribution. On a ainsi pu compléter les travaux précédents et circonscrire les nouvelles aires de distribution de ces plantes.

On a repéré la présence de sept nouvelles espèces au Nunavut continental et de 14 autres qui n’avaient jamais été observées dans l’ensemble du territoire.

Collage de trois images montrant des plantes différentes.

Au nombre des espèces dont il est question dans cet article figurent Carex gynocrates, nouvelle au Nunavut continental (en haut à gauche), Allium schoenoprasum, nouvelle au Nunavut (à droite) et Botrychium tunux, nouvelle au Nunavut (en bas, à gauche). Images : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Nous avons trouvé 207 taxons de plantes vasculaires (espèces, sous-espèces et variétés) au parc territorial Kugluk (Bloody Falls) situé juste au sud de Kugluktuk. En plus de son rôle de récréation et de préservation d’une région à l’histoire ancienne et parfois sanglante, le parc peut aussi être considéré comme une aire protégée importante pour les plantes vasculaires indigènes du Bas-Arctique.

Collage de trois images montrant des plantes différentes.

D’autres espèces notables observées au Nunavut. À gauche : Carex capitata, nouvelle au Nunavut; à droite en haut : Cryptogramma stelleri, nouvelle au Nunavut continental; à droite en bas : Eremogone capillaris sous-espèce capillaris, nouvelle au Nunavut. Images : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Grâce à la publication de cet article, les données et les interprétations qu’il contient sont à la disposition des autres scientifiques du monde. Ceux-ci peuvent en prendre connaissance, en faire mention, les citer et, nous l’espérons, s’en servir sur le terrain.

Le projet est terminé, mais les spécimens collectés et les connaissances accumulées serviront pendant plusieurs décennies. Une fois la saison de collecte terminée dans l’Arctique, l’équipe de botanique du Musée s’affaire à presser les plantes, à les examiner au microscope, à en extraire des séquences d’ADN, à publier des résultats et à diffuser largement le fruit de son travail à l’intention de tous les intéressés.

Après tout, les collections du Musée et le savoir ne nous appartiennent pas : ils sont à tout le monde.

Un homme assis dans un hélicoptère regarde dehors.

Jeff Saarela, Ph. D., chef d’expédition et auteur principal de l’étude qui en résulte, examinant la toundra à la recherche de sites riches en végétation où l’hélicoptère pourrait atterrir. À titre de directeur du Centre de connaissance et d’exploration de l’Arctique, ce scientifique poursuit la tradition d’excellence de recherche dans l’Arctique du Musée. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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Sur les pas du pèlerin : la collecte de diatomées en Terre sainte

En novembre 2016, j’ai passé un merveilleux séjour de deux semaines en Terre sainte avec mon frère Russell. Nous avons visité Israël, la Palestine et l’Égypte. J’ai saisi cette occasion pour recueillir des diatomées d’eau douce du Moyen-Orient pour le Musée canadien de la nature.

Les diatomées sont des algues unicellulaires microscopiques couvertes d’une coquille de silice que l’on trouve dans les sédiments. Elles produisent de l’énergie et de l’oxygène qu’utilisent d’autres organismes du réseau alimentaire. Les scientifiques s’en servent pour étudier les changements climatiques et la qualité de l’eau. J’avais obtenu un permis de collecte de sédiment de plusieurs réserves naturelles d’Israël.

Collage : vue de Jérusalem; intérieur de l’église de la Nativité, un homme sur une terrasse surplombant une ville; une forteresse sur une montagne.

Israël : En haut, à gauche : vieille ville de Jérusalem; en haut, à droite : lieu de naissance de Jésus, dans l’église de la Nativité à Bethléem; en bas, à gauche : Joe sur le mont Carmel, Haïfa; en bas, à droite : forteresse de Massada. Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Itinéraire de voyage
En Israël et en Palestine, nous avons visité les sites suivants : Jérusalem, Bethléem, Qumrân, Massada, la mer Morte et la ville de Tibériade sur le lac du même nom; le fleuve Jourdain, Haïfa, Tel Dan, Nazareth, Césarée, Tel-Aviv, le Néguev et Eilat.

En Égypte, nous nous sommes rendus au mont Sinaï, à Charm el-Cheikh, puis avons pris l’avion jusqu’au Caire pour voir les pyramides, le Sphinx et le Musée égyptien. Quel merveilleux voyage!

Collage : une plage; un homme devant le Sphinx et une pyramide; des urnes sculptées; des bateaux sur l’eau.

Égypte : en haut, à gauche : la mer Rouge, Charm el-Cheikh; en haut, à droite : Joe devant le Sphinx et la grande pyramide de Guizèh; en bas, à gauche : urnes funéraires au Musée égyptien du Caire; en bas, à droite : croisière sur le Nil. Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Sites de prélèvement en Israël
Note : On peut trouver les diatomées représentées dans de nombreux sites.
Le mot hébreu Nahal signifie ruisseau.
1 µm = 1 micron = 1 millionième de mètre.

Collage : une chute d’eau; trois photos de diatomées vues au microscope.

Nahal David, réserve naturelle Ein Gedi près de la mer Morte. Au milieu : Navicula radiosa (73 µm × 10 µm); à droite, de haut en bas : Cymatopleura elliptica (80 µm × 45 µm); espèce du genre Biddulphia (70 µm × 56 µm). Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Collage : une plage; quatre photos de diatomées vues au microscope.

Rive sud du lac de Tibériade avec le plateau du Golan au fond. À droite, du haut vers le bas : Anomoeoneis sphaerophora (47 µm × 15 µm); Navicula crytocephala (20 µm × 5 µm); Nitzschia obtusa (57 µm × 4 µm); Mastogloia smithii (30 µm × 10 µm). Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Collage : un ruisseau; trois photos de diatomées vues au microscope.

Fleuve Jourdain, au sud du lac de Tibériade. À droite, de haut en bas : Placoneis clementis (17 µm × 7 µm); Staurosirella pinnata (10 µm × 5 µm); Aulacoseira granulata (25 µm × 12 µm). Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Collage : des marches menant à un bassin clôturé; trois photos de diatomées vues au microscope.

Site de baptême de Yardenit au bord du fleuve Jourdain. Diatomées collectées dans le fossé de dérivation. De gauche à droite : Navicula capitatoradiata (31 µm × 7 µm); Pinnularia kneuckeri (23 µm × 4 µm); Amphora coffeaeformis (27 µm × 4 µm). Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Collage : un homme au bord d’un étang; quatre photos de diatomées vues au microscope.

Joe prélevant des échantillons dans le réservoir nord de Mezuda, dans la réserve naturelle d’Ein Afek près de la ville d’Acre. Au milieu : Nitzschia acicularis (80 µm × 7 µm); à droite, de haut en bas : Nitzschia compressa (21 µm × 11 µm); Rhoicosphenia curvata (22 µm × 7 µm); Cocconeis placentula (50 µm × 30 µm). Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Collage : un ruisseau près d’un pont en pierre; trois photos de diatomées vues au microscope.

Réserve naturelle Banias Nahal Hermon, au Golan. Au milieu : Navicula tripunctata (45 µm × 8 µm); à droite, de haut en bas : Achnanthes lanceolata (11 µm × 5 µm); Amphora pediculus (9 µm × 6 µm). Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Collage : un homme près d’une fontaine au sol; trois photos de diatomées vues au microscope.

Joe à côté d’une fontaine sur le mont des Béatitudes, en Galilée. Diatomées collectées dans un canal de drainage. De gauche à droite : Navicula recens (25 µm × 6 µm); Nitzschia amphibia (27 µm × 4 µm); Cymbella silesiaca (32 µm × 9 µm). Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Sites de prélèvement en Égypte
J’ai collecté de la boue non sédimentaire dans un plan d’eau du Musée égyptien du Caire, qui contenait quelques diatomées.

Collage : la façade d’un musée; quatre photos de diatomées vues au microscope.

Plan d’eau devant le Musée égyptien du Caire. Au milieu, de gauche à droite : Encyonopsis subminuta (14 µm × 4 µm); Achnanthidium minutissimum (15 µm × 4 µm); à gauche, de haut en bas : Fragilaria construens (5 µm × 3 µm); Cyclotella kuetzingiana (11 µm × 11 µm). Images : Joe Holmes © Musée canadien de la nature

Conclusion
J’avais déjà vu plusieurs des espèces de diatomées présentées dans ce blogue dans des échantillons prélevés récemment à Ottawa (Ontario) et à Vancouver (Colombie-Britannique).

Les diatomées que je n’avais jamais rencontrées auparavant sont les suivantes : Achnanthidium minutissimum, Amphora coffeaeformis, Cyclotella kuetzingiana, Mastogloia smithii, Nitzschia acicularis, Nitzschia compressa, Pinnularia kneucker et Biddulphia sp.

Il serait intéressant de revisiter ces pays du Moyen-Orient afin de recueillir davantage d’échantillons et de les analyser.

Lisez ces autres blogues de Joe Holmes sur ses récoltes de diatomées dans d’autres endroits:
Des diatomées canadiennes « royales » de l’étang de Rideau Hall, à Ottawa
À la recherche de diatomées « urbaines » à Vancouver : partie 1
À la recherche de diatomées « urbaines » à Vancouver : partie 2
Mes diatomées irlandaises : partie 1
Mes diatomées irlandaises : partie 2

Texte traduit de l’anglais.

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Co-extinction : le cas du châtaignier d’Amérique et du charançon Curculio caryatrypes.

Avec l’augmentation de la population humaine, qui exige davantage d’espace et de ressources alors même que les deux sont de plus en plus limités, les autres créatures qui occupent la planète disparaissent.

Les gens sont généralement sensibilisés au sort malheureux des animaux les plus gros et les mieux connus tels les oiseaux et les mammifères et aux facteurs qui en sont souvent à l’origine comme la perte d’habitat ou l’introduction d’espèces exotiques. Mais ils ignorent la plupart du temps que beaucoup de créatures plus petites et plus discrètes sont en voie de disparition ou déjà éteintes. Le plus souvent, ces petites bêtes sont menacées d’extinction pour les mêmes raisons que les gros animaux, sauf dans une situation : la co-extinction.

Feuillage.

Feuillage et bogues immatures du châtaignier d’Amérique. Image : Daderot © Domaine public

On parle de co-extinction quand une espèce s’éteint en raison de la disparition d’une autre espèce dont elle est tributaire. Ce phénomène est mal compris, car peu de cas ont été étudiés. Malgré tout, on estime que la co-extinction pourrait devenir une des plus grandes menaces à la biodiversité actuelle en raison du lien très étroit qui unit de nombreux parasites à leurs plantes hôtes et de nombreux insectes aux plantes dont ils se nourrissent. Les effets de la co-extinction ne concernent pas uniquement les insectes et les parasites dépendant des plantes, mais risquent de se répercuter sur les réseaux alimentaires et d’entraîner la disparition d’organismes non reliés directement, mais appartenant à la chaîne de dépendance. Il s’agit d’un problème que l’on devrait prendre très au sérieux.

Deux hommes au pied d’immenses arbres.

Photo spectaculaire de châtaigniers d’Amérique prise en 1910 en Caroline du Nord. On a surnommé ces arbres gigantesques les « séquoias de l’est ». Avec la gracieuse permission de la Forest History Society, Durham, Caroline du Nord, États-Unis.

Examinons le cas du châtaignier d’Amérique Castanea dentata. Au tournant du XXe siècle, Castanea dentata était l’une des essences les plus répandues des forêts de l’est de l’Amérique du Nord. À pleine maturité, l’arbre atteignait une hauteur de 30 m et un diamètre de plus de 3 m. On l’appelait le « séquoia de l’est ».

En 1904, un champignon pathogène, Cryphonectria parasitica, ou chancre du châtaignier, a été introduit au parc zoologique de la ville de New York (aujourd’hui le zoo Bronx). En quelques décennies, ce parasite s’est rapidement répandu dans tout l’est des États-Unis, y éliminant la presque totalité des châtaigniers.

Le chancre continue d’infecter les nouvelles pousses qui sortent des racines des arbres morts et les tuent avant qu’elles n’aient le temps de croître et de se reproduire. Quelques arbres de bonne taille ont survécu dans l’aire de répartition originale peut-être en raison de leur isolement ou d’une résistance partielle au chancre, mais le cycle de reproduction de ces arbres n’est pas bien connu.

Feuilles et noix.

Feuilles et fruits du châtaignier d’Amérique, Castanea dentata. Image : Timothy Van Vliet © Timothy Van Vliet (CC BY-SA 3.0)

Comme la plupart des espèces d’arbres, le châtaignier d’Amérique est l’hôte de plusieurs insectes qui se nourrissent exclusivement sur lui ou presque, notamment quelques espèces de papillons de nuit et au moins deux espèces de charançons : Curculio caryatrypes et Curculio sayi.

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’extinction du châtaignier d’Amérique, due à l’impossibilité de se reproduire, a entraîné la perte simultanée d’au moins deux papillons de nuit Ectodemia castanea et Ectodemia phleophaga, ainsi que vraisemblablement d’au moins cinq autres espèces dont certaines ont été observées pour la dernière fois en 1936.

Le cas des charançons n’a pas fait l’objet d’étude jusqu’à maintenant. On sait que Curculio sayi existe toujours. Il se reproduit dans les fruits d’autres espèces du genre Castanea, comme le châtaignier de Chine (Castanea mollissima) qui a été introduit, ainsi que le chinquapin indigène (Castanea pumila) et ses parents du sud.

Collage de deux photos d’insectes.

Curculio caryatrypes : le mâle (à gauche) et la femelle (à droite). On reconnaît ce charançon du genre Curculio à sa grande taille et au second segment du funicule de l’antenne (partie située sous le coude) bien plus long que le premier segment. La femelle se sert de son rostre, très long, pour creuser des trous profonds dans les châtaignes et y déposer ses oeufs. Images : Francois Genier © Musée canadien de la nature

Lors de la dernière étude taxonomique du genre Curculio portant sur des milliers de spécimens de musée, il a été impossible de trouver un seul spécimen de Curculio caryatrypes collecté après 1956. Pareillement, les efforts de collecte de cette espèce sur les châtaigniers d’Amérique survivants ont été vains.

Aiguillonné par cette absence, j’ai récemment réuni nombre de collections d’insectes provenant de l’aire de répartition du châtaignier d’Amérique pour voir si on avait ajouté, depuis, des spécimens de cette espèce de charançon qui se distingue par sa taille. Malheureusement, après 1950, seuls deux spécimens ont été recueillis : ils l’ont été au printemps 1987 par le spécialiste des lépidoptères d’Ottawa Eugene Munroe, aujourd’hui décédé, et sa femme Isobel, sur les fruits d’un grand châtaignier d’Amérique (aujourd’hui mort) dans le comté de Prince George au Maryland.

Il existe de nombreuses observations de charançons sur des châtaigniers exotiques et sur les chinquapins indigènes, mais il s’agit toujours du plus petit des charançons du châtaignier : Curculio sayi. En dépit de commentaires affirmant le contraire dans de vieux documents d’agriculture, il est vraisemblable que Curculio caryatrypes ait été associé uniquement à Castanea dentata et qu’il ait donc subi le même sort que la plante qui assurait sa survie.

Quelques insectes sur deux fruits piquants.

Curculio caryatrypes mâles et femelles sur des bogues de châtaignier d’Amérique. On comprend la raison d’être du long rostre chez la femelle qui doit se frayer un chemin parmi les piquants pour creuser son trou de ponte. Image : © Brooks et Cotton 1929, ministère de l’Agriculture des États-Unis

Il est toujours malheureux d’annoncer la disparition d’une espèce. Aujourd’hui, je crois qu’il faut ajouter le charançon Curculio caryatrypes aux deux espèces de papillons de nuit déjà sur la liste des créatures éteintes. On devrait se préoccuper sérieusement, avant qu’il ne soit trop tard, de la menace de co-extinction qui pèse sur le frêne et sur ses insectes associés en raison de l’introduction de l’agrile du frêne, Agrilus planipennis.

Texte traduit de l’anglais.

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Des armoires, encore des armoires : la suite de l’histoire

par Kathlyn Stewart et Michelle Coyne

Le transfert de certaines collections nationales de la Commission géologique du Canada (CGC) de leurs locaux de la rue Booth, à Ottawa, jusqu’au campus de la recherche et des collections du Musée canadien de la nature se poursuit!

Spécimens de plantes fossilisées dans un tiroir d’entreposage.

Certains des spécimens types de plantes fossiles qui se trouvent maintenant dans les installations du Musée. Image : Kathy Stewart © Musée canadien de la nature

Dans un blogue précédent, j’évoquai l’arrivée des États-Unis d’un premier lot de 225 armoires Lane au Campus du patrimoine naturel, à Gatineau, au Québec. C’est ici que l’on conserve les collections du Musée et que se déroulent les activités de recherche.

Ces armoires abriteront une partie des immenses collections de plantes et d’invertébrés fossiles de la Commission. Nous avons trouvé de l’espace et rebaptisé les lieux « réserve de la Commission géologique du Canada ». Depuis cet envoi initial, nous avons reçu 225 armoires de plus et disposons donc d’un total de 450 cabinets dans nos réserves.

Une plaque sur une porte.

Nouvelle plaque de la réserve 2 de notre édifice de la recherche et des collections, qui abritera la collection nationale de plantes fossiles types de la Commission géologique du Canada. Image : Michelle Coyne © Commission géologique du Canada

Mais il était impossible de les placer dans la réserve avant d’y terminer les travaux, alors où les mettre en attendant? La photo ci-dessous montrant une rangée infinie d’armoires le long d’un corridor répond à la question!

Des armoires alignées le long d’un corridor.

Des centaines d’armoires alignées dans les principaux corridors de l’édifice de la recherche et des collections du Musée, à Gatineau, au Québec. Image : Kathy Stewart © Musée canadien de la nature

Sous la supervision experte de Martin Leclerc et de Pascale Sénéchal du Musée, la réserve a subi plusieurs modifications : installation d’équipement pour maximiser l’entreposage, la sécurité, le contrôle de paramètres environnementaux, ainsi qu’une nouvelle couche de peinture. Le tout garantit les meilleures conditions de conservation.

Un système d’entreposage en voie d’installation.

L’installation du système d’entreposage dans la réserve de la CGC. Image : Michelle Coyne © Commission géologique du Canada

Pendant les rénovations, les premières collections nationales de la Commission sont arrivées de la rue Booth. Deux collections petites mais précieuses, celle des météorites et des tectites et celle des plantes fossiles types, plus une collection de coquillages du Quaternaire ont été emballées et expédiées en camion à notre édifice à la fin de 2015 et au début de 2016.

Ce premier arrivage était en partie un projet pilote permettant de mettre à l’essai l’empaquetage, les exigences de conservation et les méthodes de déménagement des autres collections.

Météorites! La collection de roches et de fragments de fer provenant de l’espace de la Commission a suscité l’intérêt de la population et des scientifiques depuis ses débuts. La naissance de la collection date de 1855 alors que Sir W. E. Logan faisait l’acquisition d’une masse de 167,8 kg de la météorite de Madoc, la première reconnue au Canada.

Un morceau de météorite sur un socle de pierre.

Le principal morceau de la météorite de Madoc, acquise par W. E. Logan. Image : Michelle Coyne © Commission géologique du Canada

Très peu de temps après sa découverte, la météorite fut présentée à l’Exposition universelle de Paris de 1855, en France, ce qui lui conféra une réputation internationale.

Cette météorite restera à la salle Logan de la Commission, à la rue Booth, pendant les célébrations du 175e anniversaire de cette institution. Elle sera ensuite transportée dans nos réserves de Gatineau.

La collection des météorites de la Commission s’est considérablement développée depuis ses débuts. Elle comprend aujourd’hui plus de 3000 échantillons issus de 1035 météorites provenant de 87 pays.

La collection comprend 52 météorites canadiennes, dont les récentes acquisitions de Buzzard Coulee, en Saskatchewan, et du lac Tagish près d’Atlin, en Colombie-Britannique, attribuables à R. Herd, Ph. D, ancien conservateur.

Les tectites, c’est-à-dire les débris causés par l’impact de la météorite, font aussi partie de cette collection.

Un homme insère un tiroir d’échantillons dans une armoire.

Ian Beitz, étudiant de l’Université Carleton et bénévole à la Commission, range un tiroir d’échantillons de météorites dans une des nouvelles armoires. Image : Michelle Coyne © Commission géologique du Canada

La collection des plantes fossiles types a aussi effectué le trajet entre la rue Booth et nos installations de Gatineau. Les spécimens ont été déballés par le personnel et les bénévoles de la Commission. Ils ont été rangés dans 22 armoires avec la collection de paléobiologie en attendant leur place dans la réserve de la CGC. Comme toutes les autres collections du Musée, elles sont accessibles aux scientifiques et au public.

La collection des plantes fossiles types comprend des espèces fossiles qui ont été nommées et illustrées et qui ont fait l’objet d’une publication scientifique. Walter A. Bell (1889–1969) a été à la Commission de 1920, alors qu’il était encore étudiant, jusqu’en 1954, date de sa retraite. Ce paléobotaniste a aussi occupé le poste de directeur de la Commission. En 1962, il a publié le premier catalogue exhaustif des spécimens types et de spécimens figurés de mégaplantes et microplantes fossiles de la collection de la CGC.

Deux femmes près d’une rangée d’armoires de collections.

Michelle Coyne, conservatrice de la Commission, et Alexandria Gaucher-Loksts, bénévole, avec la collection de plantes fossiles types nouvellement arrivée. Image : Kathy Stewart © Musée canadien de la nature

La collection de plantes fossiles types de la Commission revêt un grand intérêt pour le Musée car beaucoup de ces spécimens végétaux proviennent des mêmes sites que les fossiles de vertébrés de la collection du Musée et fournissent donc des renseignements sur l’environnement dans lequel évoluaient ces vertébrés.

Aujourd’hui, plus d’un an après le précédent blogue, nous avons accompli beaucoup mais la tâche est loin d’être terminée. Il faut mettre constamment à jour les bases de données en ligne et les bases de références des collections de la Commission. Il reste encore beaucoup de préparation en prévision du « grand » déménagement. On prévoit qu’en 2017 le reste des collections de minéraux et d’invertébrés fossiles commenceront à remplir les 450 armoires.

Texte traduit de l’anglais.

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À la chasse aux charançons au Texas

En mars de cette année, j’ai rendu visite à mon collègue à la retraite Charlie O’Brien, chez lui en Arizona, pour consulter son exceptionnelle collection de charançons. Alors que j’identifiais des spécimens d’un groupe que j’avais étudié pour ma thèse de Ph. D. dans les années 1980, j’ai rencontré une série de cinq insectes collectés au lac McKenzie dans le comté de Gaines, au Texas, en octobre 2004. Comme je connaissais bien ce groupe, j’ai immédiatement reconnu qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce, voire d’un nouveau genre.

Un insecte.

Nouveau genre? Une espèce non décrite (et vraisemblablement un genre non décrit) de Cleonini du comté de Gaines, au Texas. Image : François Génier © Musée canadien de la nature

Connaissant le site et la date de la collecte, je me suis rendu le mois dernier sur les lieux afin de découvrir d’autres renseignements sur la biologie et peut-être les plantes hôtes de ces charançons. J’ai réservé la semaine du 19 octobre (qui correspond à la date de collecte en 2004) et me suis envolé vers le Texas pour une partie de chasse.

Paysage semi-désertique.

Rives sableuses. Les terres basses salées et sableuses de la rive nord du lac McKenzie. Les taches blanches sont des dépôts de sel laissés lors des montées des eaux. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

À Dallas, j’ai loué une auto pour me rendre dans le comté de Gaines, situé dans les hautes plaines de l’ouest du Texas. Après des kilomètres de champs de coton, je suis arrivé dans la région du lac McKenzie, véritable oasis naturelle de quelque 1600 hectares de prosopis, d’armoise, de gutierrézie faux-sarothra et d’une myriade d’autres plantes se plaisant dans les milieux arides.

Comme les charançons avaient été collectés par Dave Brzoska, un passionné des cicindélidés, je passai la majeure partie du premier jour à scruter les habitats sablonneux ouverts qu’affectionnent ces prédateurs volants aux couleurs vives, dans l’espoir de rencontrer des charançons.

Rive sablonneuse d’un plan d’eau.

Un bon territoire de chasse? Les berges du lac McKenzie. Les insectes (dont des charançons) et autres débris s’accumulent le long des rives avec le vent. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Après cinq heures de recherche et cinq litres d’eau, j’ai trouvé mon premier spécimen, mort parmi les débris et autres insectes échoués sur le rivage. Malheureusement, j’ai passé trois autres longues journées à examiner diverses plantes et à arpenter les rives du lac sans trouver un seul autre spécimen.

Champ de coton.

Champ de coton. Un des nombreux champs de coton entourant l’habitat naturel bordant le lac. Dans l’ouest du Texas, on peut rouler pendant des heures dans les champs de coton. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

J’avais aussi prévu de passer quelques jours chez un entomologiste de mes amis, Darren Pollock, à Portales, au Nouveau-Mexique, pour examiner sa collection. J’ai eu la chance d’y découvrir un spécimen de la même espèce. Il l’avait collecté en mars dernier dans le comté de Quay, au Nouveau-Mexique.

Bien que je n’aie pas réussi à me renseigner davantage sur la biologie ou les plantes hôtes de ce charançon, j’ai obtenu un deuxième spécimen et je sais maintenant que son aire de distribution excède la région du lac McKenzie et qu’il est actif au printemps et en automne. Avec sept spécimens connus, je possède maintenant une série suffisante pour entamer une description de l’espèce et pour me faire une idée du genre auquel elle appartient.

Broussailles.

Idéal pour les charançons. L’habitat d’arbustes de prosopis qui borde le lac. On a collecté de nombreux charançons lorsqu’ils viennent se nourrir sur les petits buissons à fleurs jaunes dans la fraîcheur et l’humidité de la nuit. Image : Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Bien que je n’aie obtenu que deux spécimens de l’espèce visée, j’ai aussi collecté, au lac McKenzie, des centaines d’autres charançons fort intéressants de diverses espèces, la majorité avec un filet alors qu’ils venaient, dans l’air plus frais et moins sec de la nuit, se nourrir sur des plantes dégageant de l’humidité.

Beaucoup ont une aire de distribution limitée aux hautes plaines occidentales du Texas et sont rares dans les collections. Pour les collecter, il me fallait simplement veiller à ce que ma lampe frontale ne tombe pas en panne. Je devais aussi ne pas me laisser distraire par les charançons ou les coyotes qui hurlaient au loin au point de mettre le pied sur un serpent à sonnette.


Une oasis naturelle dans une mer de coton. Une brève vidéo panoramique du lac McKenzie et des alentours, dans le comté de Gaines au Texas. Vidéo: Robert Anderson © Musée canadien de la nature

Texte traduit de l’anglais.

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Des héros de la nature récompensés par les prix Inspiration Nature

Il importe de célébrer nos héros. Ils méritent notre reconnaissance, non seulement pour leurs réalisations bénéfiques mais pour la considérable inspiration qu’ils procurent. Certains d’entre eux usent de leur talent pour créer des oeuvres d’art capables de susciter l’émotion par leur pure beauté ou leur incroyable imagination. D’autres nous émerveillent par leur capacité physique à littéralement flotter au-dessus de la glace d’une patinoire ou à remonter en trombe un terrain de soccer.

Il y a aussi les héros de la nature, beaucoup moins connus mais néanmoins capables de changer le monde autour d’eux grâce à leurs réalisations, aux raisons qui les motivent et à la passion qui les anime.

Les finalistes et les lauréats des prix Inspiration Nature debout dans un escalier.

Les finalistes, les lauréats et les membres du jury des prix Inspiration Nature 2016 rassemblés dans le cadre du gala de remise des prix. Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

Ces héros de la nature sont des particuliers, des groupes ou des organisations. Ils sont jeunes ou vieux. Ils se perçoivent comme une partie intégrante du monde naturel. Leur enthousiasme à l’égard de la nature et à la perspective d’une plus grande durabilité les a poussés à créer de nouvelles façons de prendre part à la vie. Ils le font pendant toute leur vie ou s’assurent que ces valeurs s’inscrivent au cœur de leur organisation. Ils entraînent de nombreuses autres personnes dans leur sillage.

Le Musée a trouvé le moyen de récompenser certains de ces héros grâce à ses prix Inspiration Nature. Chaque année, nous sommes confrontés au choix difficile de désigner, parmi une longue liste de candidats méritants, les lauréats qui seront récompensés lors du gala. La découverte des accomplissement des postulants a de quoi étonner. Le fait de prendre connaissance de cette grande variété d’activités et de réalisations procure une nouvelle perspective sur nos capacités en tant qu’êtres humains et inspire un sentiment d’humilité.

Le gala de cette année a eu lieu le 9 novembre. Les lauréats des prix Inspiration Nature 2016 sont les suivants :

  • Jeunes : Ta’Kaiya Blaney, une dynamique adolescente, qui est à la fois figure de proue des Premières Nations, actrice, chanteuse-compositrice et jeune ambassadrice de l’organisme Native Children’s Survival. Dans le cadre de ses diverses fonctions, elle prend souvent la parole sur la scène internationale. Son tout dernier projet musical et visuel intitulé Earth Revolution est une démarche forte visant à susciter le respect envers la Terre Mère.


  • Adulte : John Lounds, président et PDG de Conservation de la nature Canada, organisme qu’il a transformé en une importante force nationale. Cette organisation sans but lucratif a permis de préserver plus d’un million d’hectares (2,8 millions d’acres) de terres présentant un intérêt écologique au Canada.
John Lounds, tenant un trophée, debout à côté de  Meg Beckel.

John Lounds en compagnie de la présidente-directrice du Musée Meg Beckel au gala 2016 des prix Inspiration Nature. Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

  • Hommage : Neal Jotham a consacré plus de 50 ans de sa vie à combattre la cruauté envers les animaux, notamment à titre de directeur de la Fédération des sociétés canadiennes d’assistance aux animaux. Grâce à ses efforts pour mettre au point des techniques de piégeage indolore, il a éliminé les souffrances de millions d’animaux à fourrure sauvages en Amérique du Nord, en Russie et dans l’Union européenne et a considérablement réduit le piégeage des espèces non ciblées.


  • Organisations à but non lucratif (petites et moyennes): Natural Step Canada encourage l’instauration d’une société durable. Ses programmes fournissent des instructions sur la façon d’intégrer au mieux la durabilité dans les stratégies, le fonctionnement, les produits, les services et la planification des collectivités, des entreprises et des groupes. Ses programmes d’apprentissage ont tiré parti de la participation et des compétences de milliers de chefs de file et de praticiens.
  • Organisations à but non lucratif (grandes) : Situé à l’Université Dalhousie, l’Ocean Tracking Network est un projet de développement et une plateforme de recherche et de technologie internationale. Ce réseau de scientifiques facilite la gestion durable, à l’échelle nationale et internationale, d’animaux marins tels que mammifères, tortues, calmars, crustacés, requins, esturgeons, anguilles, thons, saumons et morues. Il atteint son but en fournissant des données sur les mouvements, les migrations, l’utilisation de l’habitat et la survie des espèces marines.
Une femme, un trophée à la main, se tient debout à côté d’un homme parlant à un podium, avec un écran à l’arrière.

Sara Iverson, Ph. D., et Fred Whoriskey, Ph. D. (au podium) reçoivent le prix Inspiration Nature 2016 au gala qui a eu lieu le 9 novembre 2016 au Musée canadien de la nature. Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

  • Entreprises (petites et moyennes) : SK Films se spécialise dans la création et la diffusion de productions multimédias de haute qualité sur l’histoire naturelle. Cette entreprise bien établie relie ses productions éducatives novatrices avec des actions de conservation en vue de renforcer et d’améliorer l’expérience du spectateur. SK collabore régulièrement avec des scientifiques et des éducateurs, tisse des liens avec les groupes scolaires et les familles et s’intéresse à la science citoyenne.
Un homme serre la main d’une femme qui reçoit un prix.

John Geiger, PDG à la Société géographique royale du Canada, décerne le prix Inspiration Nature 2016, catégorie Entreprises (petites et moyennes), à Wendy MacKeigan et Jonathan Barker de SK Films. Image: Martin Lipman © Musée canadien de la nature.

  • Entreprises (grandes) : Teck Resources est une entreprise diversifiée du secteur des ressources qui prône une exploitation responsable des mines et des minéraux. Ses compétences s’étendent aux domaines de l’exploration, de l’exploitation, de l’extraction et du traitement des minéraux, ainsi qu’à ceux de la protection de l’environnement, de la recherche, de l’intendance et du recyclage des matériaux. Teck s’efforce de minimiser son empreinte et de limiter les effets de ses opérations, de façon à laisser aux générations futures un environnement productif.

Le Musée canadien de la nature adresse des félicitations bien méritées à tous les lauréats des prix 2016. Renseignez-vous sur ces héros et visionnez les vidéos sur leurs accomplissements à nature.ca. Puissent leurs réalisations et les pouvoirs de la nature vous inspirer!

Si vous connaissez une personne ou une organisation susceptible d’être candidate aux prix 2017, ne manquez pas l’appel de candidatures en février 2017.

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