Comment ces moules se sont-elles rendues jusqu’à l’étang du Musée?

Vers 2005, Noel Alfonso, le coordonnateur du programme de surveillance environnementale du Musée canadien de la nature (PSE), avait déjà remarqué la présence de coquilles de moules autour de l’étang de l’édifice de la recherche et des collections du Musée à Gatineau, au Québec.

Ce n’est toutefois qu’en 2015 que ces grosses moules, appelées grandes anodontes, ont été officiellement recensées par les stagiaires du programme. Pendant deux étés consécutifs, nous avons fait des petits tours à l’étang à quelques semaines d’intervalle pour collecter les coquilles que les rats musqués avaient abandonnées sur les berges après s’en être régalé.

Cette collecte régulière et l’analyse des spécimens nous ont fourni une approximation de la population et de son âge.

Une coquille de moule vide, ouverte.

Grande anodonte, Pyganodon grandis, collectée sur les berges de l’étang du Campus du patrimoine naturel. Image : Carly Casey © Musée canadien de la nature

Comme l’étang du Campus du patrimoine naturel n’existait pas avant 1997, ces moules y sont apparues en un court lapse de temps compte tenu de l’âge de certains spécimens.

Cette découverte ne manque pas d’intérêt puisque, dans la collection du Musée, les spécimens de grandes anodontes, Pyganodon grandis, trouvées le plus près du Campus proviennent du lac des Fées dans le parc de la Gatineau.

Mais comment ces moules ont-elles bien pu se déplacer sur plusieurs kilomètres pour atteindre l’étang? Ce ne peut être une tâche facile pour ces animaux qui se traînent sur les fonds des lacs et des cours d’eau à l’aide de leur « pied extensible »!

Un étang entouré de végétation.

Cet étang se trouve sur le terrain du Campus du patrimoine naturel à Gatineau, au Québec, qui abrite les installations de recherche et de collections du Musée. Image : Carly Casey © Musée canadien de la nature

En fait, les moules se font aider! Les grandes anodontes libèrent dans l’eau des larves qui se fixent sur les branchies et les nageoires des poissons.

Une fois parvenues à l’état juvénile, les jeunes moules se détachent de leur hôte et s’installent sur le substrat où elles atteindront l’âge adulte.

La grande anodonte est une espèce généraliste, qui peut s’accommoder de faibles niveaux d’oxygène dissous et d’une variété de substrats. Et c’est la même chose pour le choix des poissons sur lesquels se fixent les larves.

Des 27 espèces hôtes potentielles, on en trouve cinq dans l’étang du Campus. Le scénario le plus probable est donc que les anodontes ont profité d’un transport gratuit sur certains de ces poissons.

De petits poissons nageant en eau peu profonde.

Des poissons nageant à contre-courant dans le fossé longeant le chemin Pink, sur lequel se trouve l’édifice de la recherche et des collections du Musée. Image : Geoffrey Carter © Musée canadien de la nature

Une excursion au lac des Fées nous a confirmé que les grands anodontes s’y trouvent encore. Mais même pour les poissons du lac des Fées, ce n’est pas une mince affaire de se rendre à l’étang.

Ils doivent d’abord monter le ruisseau Betty à contre-courant, puis prendre vers l’ouest, toujours contre le courant, dans le fossé du chemin Pink pour atteindre l’étang.

Ce fossé est en général inondé, mais il peut être difficile de naviguer en certains endroits surtout par un été sec comme celui qu’on vient de connaître.

La vidéo ci-desous vous montre un aperçu de ce parcours.

L’odyssée d’une larve de moule dans le fossé du chemin Pink

Une carte comportant des tracés de couleurs différentes.

Cette carte montre la route de colonisation la plus probable de la grande anodonte vers l’étang. Image : Geoffrey Carter © Musée canadien de la nature. Source : Esri, DigitalGlobe, GeoEye, Earthstar Geographics, CNES/Airbus DS, USDA, USGS, AEX, Getmapping, Aerogrid, IGN, IGP, swisstopo et les utilisateurs du SIG.

On peut estimer l’âge de ces moules assez facilement, un peu à la façon dont on compte les anneaux d’un arbre : une rayure foncée sur la coquille marque chaque saison de croissance.

Avec cette technique, on peut toutefois sous-estimer l’âge réel d’une moule de la moitié. Certains de nos spécimens pourraient donc avoir jusqu’à 20 ans. Ce qui signifie qu’il se serait écoulé très peu de temps entre la création de l’étang en 1997 et l’arrivée des premières moules.

Le tuyau d’un ponceau laissant passer un filet d’eau.

Un ponceau que les poissons auraient eu beaucoup de mal à franchir avec la sécheresse de cet été. Image : Carly Casey © Musée canadien de la nature

Tout un voyage ! On ne peut que s’émerveiller devant les efforts que déploient les poissons et les moules pour coloniser de nouveaux territoires.

Texte traduit de l’anglais.

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