Le mois des oignons arctiques et des bouleaux occidentaux : Botanique dans l’Arctique 2014

Notre équipe de botanistes est de retour après une expédition de quatre semaines le long du fleuve Coppermine au Nunavut. Vous trouverez à la fin de cet article, les liens vers les précédents billets de Paul Sokoloff.

Le long vol de retour aux multiples escales nous a donné tout le temps de réfléchir au mois d’herborisation le long du fleuve Coppermine. Et me voici rédigeant ce blogue à des milliers de mètres au-dessus du sol (je l’avoue : j’ai terminé tous les livres que j’avais emportés et je dois m’occuper à quelque chose).

Un spécimen de lichen sur une roche.

Des lichens comme ce Masonhalea richardsonii aux allures de virevoltant compose une grande partie du butin de cette année. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

En ce qui touche le nombre de spécimens recueillis, notre expédition de la limite des arbres à la côte arctique est un retentissant succès : nous avons collecté près de 1400 spécimens de plantes vasculaires, mousses, lichens et algues – un nouveau record pour chacune des quatre divisions de l’Herbier national du Canada et donc pour toute la famille photosynthétique!

Nous avons été frappés d’une folie de mousses et de lichens. Lors de chaque expédition, nous cueillons quelques-uns de ces minuscules organismes, mais cette année nous en avons collecté à la pochetée avec la ferme intention de mieux comprendre ces éléments essentiels de tout écosystème arctique.

Mousse verdoyante poussant près d'une roche.

Mousses (Bryum sp. et Myurella julacea) sous un surplomb au parc territorial Bloody Falls. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Au cours des prochains mois, nous examinerons aussi les échantillons de plantes vasculaires au laboratoire et les comparerons aux spécimens de la littérature et à ceux de la collection du Musée pour déterminer et confirmer leur identité. Ceci dit, cette expédition nous a réservé plusieurs moments d’émerveillement, surtout à la découverte d’une espèce dont nous connaissions l’importance.

Grassette poussant parmi d'autres plantes près d'un cours d'eau.

Pouvant passer inaperçue, cette minuscule grassette (Pinguicula villosa) est l’une des nombreuses plantes dont nous avons découvert la présence au Nunavut. Jusqu’à présent, cette espèce n’était connue que plus au sud le long du fleuve Coppermine dans les Territoires du Nord-Ouest. Nos collectes indiquent qu’elle croît profondément dans la toundra arctique dans l’ouest du Nunavut. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Deux autres intéressantes découvertes concernent l’oignon sauvage (Allium schoenoprasum) et le bouleau occidental (Betula occidentalis), deux espèces boréales communes sous la limite des arbres, que nous avons collectées dans la toundra sur les berges du fleuve Coppermine.

Vue d'un cours d'eau avec des oignons sauvages (Allium schoenoprasum) au premier plan.

Nous devons dépouiller la documentation scientifique pour le confirmer, mais il semble que ces plantes soient les premiers oignons sauvages recensés au Nunavut. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Une branche de bouleau occidental (Betula occidentalis) avec ses feuilles.

Grâce à nos découvertes le long du fleuve Coppermine, le bouleau occidental voit son aire de distribution connue s’étendre vers le nord du Grand lac de l’Ours dans les Territoires du Nord-Ouest jusqu’à l’ouest du Nunavut. Image: Roger Bull © Musée canadien de la nature

Nos découvertes confirment une extension appréciable de l’aire de distribution de ces deux espèces. Nos collectes repoussent vers le nord la limite de tous les spécimens connus de ces plantes et les placent résolument dans le domaine du projet de Flore arctique du Canada et de l’Alaska.

Il en va ainsi d’autres plantes boréales comme la linnée boréale (Linnaea borealis) et la grassette (Pinguicula villosa). Cela vient conforter notre hypothèse de départ à l’effet que la vallée du Coppermine et sa zone de transition forêt-toundra abriteraient une diversité rarement rencontrée dans le bas Arctique.

Linnée boréale (Linnaea borealis) en fleur.

Nous avons déniché des plants de linnée boréale le long de quelques falaises exposées au sud dans la portion résolument arctique du fleuve Coppermine. Ces endroits, qui sont les premiers à dégeler au printemps, reçoivent un ensoleillement plus direct que n’importe où ailleurs dans l’Arctique. Grâce à ce microclimat plus doux, ces écosystèmes abritent de nombreuses espèces qui seraient autrement incapables de survivre dans la toundra. Image : Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Évidemment, les épinettes blanche figurent au nombre de nos plus intéressantes collectes. En bosquets interreliés ou en sentinelles solitaires au delà de la limite des arbres, Picea glauca domine le paysage au sud du parc territorial Bloody Falls.

Quelques épinettes blanche (Picea glauca) avec des tentes en arrière-plan.

Épinettes blanche à proximité de notre campement près du fleuve Coppermine. Image: Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Dans mon premier article sur cette expédition, j’expliquais que nous espérions (bien naïvement) collecter des échantillons des arbres apparaissant sur des photographies datant d’un siècle du campement de l’Expédition canadienne le long du fleuve.

Photo d'archive montrant un petit abri au pied d'un bosquet d'épinette.

Prise en février 1915, cette photo montre le campement de l’Expédition canadienne dans l’Arctique, dans le peuplement d’épinettes le plus septentrional le long du fleuve Coppermine. Image : Fritz Johansen © Musée canadien de l’histoire

Comme vous pouvez le constater sur cette photo des rapides Sandstone le long du fleuve Coppermine, si nous avions décidé de trouver ces arbres en utilisant comme unique référence la photo historique, nous y serions encore.

Les rapides Sandstone du fleuve Coppermine.

Section bien connue du Coppermine, les rapides Sandstone sont un défi recherché par les nombreux canoteurs qui affrontent le fleuve chaque année. Cette photo illustre bien la transition entre la zone arborée et la toundra commune dans cette région sub-arctique. Image: Paul Sokoloff © Musée canadien de la nature

Billets précédents

Texte traduit de l’anglais.

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